LE BARON, LA BARONNE, ANGÉLIQUE
LA BARONNE, launt dm lettre I 11 mtin.
Ali ! ma fille, que vous allez être heureuse I monsieur des Masures sera ici dans un moment ; préparez-vous à le recevoir comme un homme que nous destinons à l'honneur de vous épouser : il me prévient sur son arrivée, par une lettre en vers que je trouve admirable. Tenez , mademoiselle , Useznous cette lettre, et apprenez-la par cœur. Vous, monsieur le Baron , écoutez de toutes vos oreilles.
ANGELIQUE lit.
• Pour vous voir au plus tût, cousine incomparable, « J'accours et par monts et par vaux... »
LA B ABONNE
C'est de moi qu'il parle , au inoins.
ANGÉLIQUE
Je le vois bien , madame.
LA B ABONNE
Cousine incomparable! En vérité , ce garçon-là écrit bien!
ANGÉLIQUE Ut
« Pour tous voir au plus tût , cousine incomparable,
« J'accours et par monts et par vaui, « Brûlant d'être aux genoux du soleil adorable - Dont la possession guérira tous mes maux. >
( bUant U réiérence. )
Est-ce vous aussi , madame , qui êtes son soleil ?
Non, mademoiselle; cet article-là vous regarde.
ANGÉLIQUE
Et do quels maux votre cousin veut-il que je le guérisse?
' LA BARONNE
Cela est bien difficile à deviner! ses maux sont l'absence , l'impatience , les inquiétudes , les peines, les tourments de l'amour. N'est-il pas vrai , morLsieur le Baron?
U BARON
Cela s'entend, ni'amour.
t,puia-
AttOÉLIQUE.
Comment puis-je lui causer tous ces n qu'il ne m'a jamais vue?
LA BARONKR.
Quelle absurdité pour une fille d'esprit! Sur le récit que nous lui avons fait , il s'est formé devons une? idée^charmante : cette idée le presse , l'agite, le met tout en feu ; et , quand une personne est tout en feu, vous m'avouerez qu'elle n'est pas à son aise. Je sais ce que c'est que ces états-là : {reginUnt tendrement la Biron) j'y ai passé, mon cher Baron.
LE BARON , rtmbruHnt.
Et moi aussi , mon aimable Baronne.
Continuez.
ANGÉLIQUE lit.
■ L'amour jour et nuit me lutine, ° Et m'a tout criblé de ses traits;
■ Mais l'épouse qu'os me destine
■ Va «se mettre à couvert de sa maki assassine,
■ Sous le retranchement de ses divins attraits. »
LA BARONNE
Cet endroit-ci n'est pas clair; mais c'est ça qui en fait la beauté.
■ LE BAKOU
Assurément. Quand je Ils quelque chose , et que je ne l'entends pas , je suis toujours dans l'admiration.
LA BARONNE, 1 AngellqtK.
Achevez.
ANGÉLIQUE
Dispensez- m 'en , s'il voua plati.
LA BAHONNH.
Achevez , vons dis-je. Il semble que vous ayez perdu le goût des bonnes choses.
ANGÉLIQUE Ht.
■ La charmante Angélique est si spirituelle ,
■ Qu'on est charmé, dit-on, de tout ce qu'elle dit.
■ Ainsi, puisque l'hymen va m'unir avec elle,
■ J'épouse non un corps, mais j'épouse un esprit, »
LA B ABONNE
En vérité, voilà une pointe admirable; etjen'ai rien lu de plus fin dans le Mercure galant.
L2 BARON
Oh! cela est divin, cela est divin!
V LA BARONNE
Je voudrais bien savoir si vos beaux esprits de
Paris sont capables de produire d'aussi joli es choses?
ANGÉLIQUE
Non,, en vérité, madame; ils ont le goût trop simple pour raffiner delà sorte.
LA BARONRB.
Vous m'avouerez qu'un homme de qualité qui
fait de si beaux vers doit trouver bientôt le chemin
ANGÉLIQUE
Je vous jure qu'il n'en approchera pas, s'il n'a point d'autre mérite, que celui-là.
LA BAHONNE.
Ji me parait que l'air de Paris tous a donné bien de la fcuÛJsance. *
Won , madame , mais il m'a formé le goût.
LA B ABONNE
Vous nous prenez donc pour des grues ^noiis, autres-gens de province?
ASeÉLIQUE.
A Dieu ne plaise! mais vous êtes si prévenue pour monsieur des Masures, qu'il se peut que vous lui trouviez des perfections qu'il n'a point. '
LA BA.BONNE
Je <ré6e Paris et la cour de produire un cavalier plus accompli; vous allez en juger par vous-même. La plus grande preuve que je puisstf-vous donner de son esprit, c'est qu'il ne vous épouse que parce qu'il vous en croit infiniment, ANOÉUQUB,
Il sera bientôt détrompé de lu bonne opinion qu'il a de moi.