LE JOUEUR, ACTE III, SCENE VI
HECTOH, à pari.
Li flotte est arrivée avec les galions ;
Cela va diablement hausser nos actions.
(Haut) J'ai vu pareillement, par votre ordre, Angélique; Elle m'a dit...
VALÈRE, frappant du pied.
Morbleu! ce dernier coup me pique ; Sans les cruels revers de deux coups inouïs , J'aurois encor gagné plus de deux cents louis.
HECTOH.
Cette Elle , monsieur , de votre amour est folle.
VALÈRE, S put
Damon m'en doit encor deux cents sur sa parole
HECTOH, le tirant par la manche.
Monsieur, écoutez-moi ; calmez un peu vos sens, Je parle d'Angélique, et depuis fort long-temps. valèhe , avec dlalractko.
' Ah ! d'Angélique ? Eh bien I comment suis-je avec hectoh. [elle?
On n'y peut être mieux. Ah ! monsieur, qu'elle est El que j'ai de plaisir à vous voir raccroché 1 [ belle !
VALÈRE, itec dlatracboa.
A te dire le vrai , je n'en suis pas fâché.
HECTOH.
Comment ! quelle froideur s'empare de votre âme ! Quelle glace! Tantôt vous étiez tout de flamme. Ai-je tort quand je dis que l'argent de retour Vous (kit faire toujours banqueroute à l'amour ? Vous ïous sentez en fonds , ergo plus de maltresse.
VALÈRE
Ah ! juge mieux , Hector , de l'amour qui me presse, faune autant que jamais ; mais sur ma passion Tai fait, en te quittant, quelque réflexion. U ne rois point du tout né pour le mariage. I>n parents , des enfants , une femme , un ménage ^ luut cela me fait peur. l'aime la liberté. 'i
HECTOR
It le libertinage.
VALERE
Hector , en vérité , .
Il n'est point dans le monde un état plus aimable I Que celui d'un joueur : sa vie est agréable ; Ses jours sont enchaînés par des plaisirs nouveaux \
'tnëdie , opéra , bonne chère , cadeaux : ■ 1 traîne en tous les lieux la joie et l'abondance. Ou voit régner sur lui l'air de magnificence ; Tabatières , bijoux : sa poche est nn trésor : Sous ses heureuses mains le cuivre devient or.
HECTOH.
Et l'or devient à rien.
VALÈHE.
Chaque jour mille belles
Lui font la cour par lettre , et l'invitent chez elles : La porte , k ton aspect , s'ouvre à deux grands battant». La vous trouvez toujours des gens divertissants ; Des femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche. Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche ; Des oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon scandaleux ; Des Lticrèces du temps, là, de ces filles veuves, (Qui veulent imposer et se donner pour neuves; De vieux seigneurs toujours prêts à vous cajoler; Des plaisants qui font rire avant que de parler. Plus agréablement peut-on passer la vie ?
HECTOH.
D'accord. Hais qnandonperd, tout cela vous ennuie. [>
VALÈEE.
Le jeu rassemble tout ; il unit à la fois
Le turbulent marquis , le paisible bourgeois.
La femme du banquier , dorée et triomphante , .-.
Coupe orgueilleusement la duchesse indigente. < '
Là, sans' distinction , on' voit aller de pair
Le laquais d'un commis avec un duc et pair ,
Et quoi qu'un sort jaloux nous ait fait d'injustices ,
De sa naissance ainsi l'on venge les caprices.
HECTOH.
A ce qu'on peut juger de ce discours charmant , Vous voilà donc en grâce avec l'argent comptant. Tant mieux. Pour se conduire en bonne politique, Il faudrait retirer le portrait d'Angélique.
VALÈHE.
Nous verrons.
HECTOH.
Vous savez...
VALERE
Je dois jouer tantôt.
HECTOH.
Tirez-en mille écus.
VALBBB.
Oh 1 non , c'est un dépôt...
HECTOH.
Pour mettre quelque chose à l'abri des orages , S'il vous plaisoit du moins de me payer mes gages.
Quoi I je te dois ?
HECTOH.
i Depuis que je suis avec vous ,
;Je n'ai pas, en cinq ans, encor reçu cinq sous.
VALÈRE
Mon père te paiera; l'article est au mémoire.
HBCTOH.
Votre père ? Ah ! monsieur , c'est une mer à boire. Son argent n'a point cours , quoiqu'il soit bien de VALÈEE. [ poids.
Va , j'examinerai ton compte une autre fois. J'entends venir quelqu'un.
ŒUVRES DE REGNARD
HE CTO H.
Je vois votre sellière Elle a flairé l'argent.
VALERB , mettant promptenient no argent dîna sa poche H faut nous en défaire.
HECTOR
Et monsieur Galonier , votre honnête tailleur.
VALUE
Quel contre-temps I