LA BARONNE. M™ CATAU
M"* CATAU
Ah! madame, est-ce tous qui frappiez si fort? Le cuwr me bat. Vous m'avez mit une frayeur mor-
teire. J'ai cru que-c' était l'Esprit qui jouoit de son tambour.
LA B ABONNE
Je viens défaire quelques tours de jardin avec le Marquis. Il a employé toute son éloquence à me convaincre que l'histoire du tambour est un conte des plus ridicules.
C'est un petit impertinent de médire des Esprits. Ils pourraient bien se venger de lui. En vérité, madame, je crois que ce sont ses fréquentes visites qui troublent le repos de feu monsieur votre mari, et qui l'obligent a revenir de l'autre monde.
LA BABONKE.
Je ne lesaurois croire ; quoique après m'étre moquée de la frayeur des autres , je commence à trembler moi-même.
M™ CATAU
Cependant ce rCest que depuis que le Marquis vient dans ce château, que ce maudit tambour nous fait tant de frayeur. Tant que Léandre vous a fait l'amour, on n'a pas entendu ici trotter une souris.
LA BABONNE , * pai'I.
Elle revient toujours à son Léandre , et je m'aperçois qu'elle veut me prévenir en sa faveur ; ruais elle n'y réussira pas. ( mut. ) Il me semble que tu as bien du penchant pour Léandre.
M™ CATAU. ,
C'est que je suis sûre qu'il vous convient, et vous l'auriez épousé en secondes noces, si vous eussiez voulu suivre mes conseils. Que lui manque-t-il pour vous plaire? Il n'est ni fat, ni indiscret, ni présomptueux comme votre Marquis. Il joint à tous les agréments de la jeunesse tout le phlegme et toute la solidité des vieillards. C'est un homme plein d'honneur et de sentiments , et qui vous aime de tout son cœur. Ah lie pauvre garçon, qu'il m'a fait pleurer de fois, en m'exprimant la tendresse ' qu'il avoit pour vous, et la douleur que vos mépris lui causoient! Sur mon -Dieu, H pousse it des soupirs qu'on auroit entendus de deux cents pas. Enfin, je voudrais être aussi sûre de gagner trois cents pistolet que je suis sûre que vous feriez bien de vous marier avec lui.
LA BARONNE
A te dire le vrai , je ne je haïssois point, et je l'ai considéré comme mon ami jusqu'au moment où je me suis aperçue' qu'il" voutott être mon amant.
L'excès' de sa passion m'a révoltée contre lui.- -
Mais enfin le Marquis vous -eu conte aussi.
Oui; mais c'est atec un certain air d'indifférence, d'impolitesse., de amQance et deiatujté qui me ré-
TSft
jouit. On dit que ee sont là les airs des jeunes gens de la cour. Il faut avouer qu'ils sont bien ; veaux pour moi, qui ne l'ai point fréquentée, et qui ne suis jamais sortie de la province. Ils me paraissent même impertinents; et le plus aimable homme du monde qui me ferait l'amour sur ce tonlà ne feroit pas en dix ans le moindre progrès sur mou cœur.
Mort de ma vie ! madame , ne vous, y jouez pas. Ce ton-là est à la mode; et la mode la plus extravagante plaît aux femmes par sa nouveauté. Pour moi , si j'étois à votre place, je n'écouterais plus ce jeune godelureau , je le bannirais de céans , et j'y recevrois ceux qui m'aimeroient de bonne foi, et qui me le diroient d'une manière tendre et respectueuse.
LA BARONNE , I part.
Elle veut encore me parler de Léandre. Pour la .punir, je vais feindre que j'ai quelques vues sur le Marquis.
M™ CATAU
Vous rfvez, madame? '
LA BARONNE
Oui, je songe que si je l'épousois , je 'pourrais bien le oorriger de ses défauts. ,
U™ CATAD.
Qui? Léandre?
LA baronne.- Laisse la ton Léandre : je parle du Marquis.
«■"* catad. . Vous le corrigeriez de ses défauts? Je vous garantis i moi , que vous le rendriez encore plus impertinent , si la chose est possible.
Et pourquoi ?
Pourquoi? Étant votre amant, il vous étale toutes ses imperfections ; il en fera gloire, quand il sera votre mari.
LA BARONNE
J'avoue qu'il est un peu libre dans ses expressions.
M™ CATAD.
TJn peu libre ! dites qu'il est très-grossier, -tneskapoli.
LA BARONNE
Tu traites d'impoli&sse ce qui n'est qu'un excès de sincérité. Ce que je blâme le plus en lui, c'est - qu'il fait l'esprit fort.
■■*• CAT&TJ.
Il fait l'impie bien plutôt. TJn homme qui ne croit pas aux Esprits est un réprouvé.
Je conviens de plus qu'il pvlc beaucoup, et qu'il dit fort peu ■Je choses.
'. M"V GATAI).
Au contraire, je trouve qu'il dit beaucoup de sottises.
- LA BABONNB.
C'est le style des jeunes geos.d'nqoura'hoi;<t je me souviens que feu monsieur le Ban» m'a ait mille fois que toutes fes conversations du beat monde ne r ouloient jamais que sur des médisance! ou sur des fadaises. Veux-tu que je t'avoue « qui me révolte contre le Marquis? c'est qu'il est trop décisif.
M» CATAU
Il l'est jusqu'à l'impudence , et ne cesse point dt vous contredire.
LA BARONNE
Oh ! s'il me contredit , c'est peur de m'enraya. Rien n'est si fastidieux qu'une conversation eu Pou est toujours d'accord.
*■» CATAU
Fort bien. Vous citez ses défauts pour les justifier. Est-il possible qu'une femme raisonnable lit pu s'entêter d'un petit freluquet comme celui-là ?
LA BARONNE
Mais je crois que tu le bais.
M0" CATAU
Mais je crois nue vous l'aimez'.
LA BÀ-KONKK.
Tais-toi , le volet qui vient.