LE BA*OH
Il n'est pas possible qu'elle soit assez folle pour vouloir l'épouser?
H. PINCÉ
D est bien bâti, cependard là.
LE BABON.
O femmes '. 6 femmes ! voilà quelle est votre constance; voila le fond qu'il faut fairesux votre amour. Encore je lui pardonnerais, si ellemedestinoitun plus digne successeur ; mais le marquis du Tour ! mais te plus fat et le plus impertinent de tous les hommes 1 Ingrate , infidèle! est-ce ainsi que vous m'avez aimé I Est-ce là l'honneur que vous faites à ma mémoire!
H. PINCÉ
Mon cher maître, vous ne faites pas réflexion qu'il y a dix-huit mois que, vous êtes mort. LB BARON . i part Que la peste t'etouffe , pédant insupportable !
H. PINCÉ
Et que , pendant tout ce temps-là , die n'a pas cessé de dire qu'elle ne trouverait jamais un homme tel que vous.
■ LB BAH ON
Quoi 1 sérieusement ?
M. PINCÉ
Rien n'est pins véritable.
LB BABON.
Il n'est donc pas possible qu'elle se soit coiffée
H. Fines.
Ma foi, je l'ai toujours soupçonné. Hé, hé, hé, hé !
LB BABON.
Comme elle a toujours eu beaucoup d'ascendant sur l'esprit de sa maltresse, elle est au fait de cette Intrigue , sur ma parole, il faut que vous tâchiez
de la faire parler. Je sais que vous avez eu autrefois dessein de l'épouser, et qu'elle en étoit ravie. Je vous prie de recommencer à lui faire l'amour, et
même des propositions.
M. PINCÉ
Elle a toujours écouté fort amiablement celles que je lui ai laites, hé, hé, bé 1 et j'espère qu'elle ne sera pas moins complaisante aujourd'hui : car je vais lui parler d'un style pathétique.
LB BABON.
Venez m'enfermer dans votre chambre , où vous me rendrez compte de ce qui se passera, x. PINCÉ.
J'entends Madame; allez m'y attendre, et je vous rejoins à l'instant.
( Le Banni sort . «prêt "'être i habillé. )
SCÈKE IV.
LA BA&QïfNE, M. PINCÉ.
LA BABONNB.
Oh cà! tandis que me voilà débarrassée des importuns, lisons un peu votre mémoire; mais dépéchez-vous.
M. PINCÉ
Avec votre permission, madame, une affaire pressée m'obligea sortir; mais j.' aurai l'honneur de venir vous retrouver dac
W** CATAU
Votre impertinent de Marquis.
Allez , je vous attends.
LA BARONNE, malt, du» un rmtcull.
Les femmes qui ont été heureuses avec leur premier mari sont toujours les plus disposées à en prendre un second. Pour moi, qui aîmois le mien de tout mon cœur, et qui le trauvois digne de toute ma tendresse, il faudra que je l'oublie absolument, avant que je puisse me résoudre à me remarier ; et je sens bien que je ne l'oublierai jamais. Il y a dixhuit mois que je suis veuve. Combien de prétendants de toute espèce se sont présentés pour m'épouser ! Ils m'estimoient , ils m'aimoient , ils m'adoroient; mais mon bien leur paroi ssoit encore plus adorable que mol : c'étoit leur objet favori. Ils voulaient me persuader le contraire ; et ma délicatesse, qui pénétrait jusqu'au fond de leur cœur, y voyoit l'intérêt bien plus vif que l'inclination. Pour ce qui est du Marquis , je le trouve plus sincère ; il m'avoue librement qu'il est au moins aussi touché de mon bien que de ma personne. Son impudence et sa vanité méritent châtiment. Pour le mieux punir , je veux animer sa passion par l'espoir ; et quand il se croira sur le point d'être heureux, le bannir de ma- présence avec éclat et d'une manière qui puisse l'humilier. C'est une vengeance queje me dois; et le plaisir que je vais me donner suspendra peut-être pendant quelque temps la juste douleur qui m'accable. Voici Catau, qui se flatte , de son coté , qu'elle disposera de moi ; je vais la désabuser peu à peu , et me divertir à la mortifier.