‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 1188 sur 1244 · H. FINCH · texte numérisé non relu

H. FINCH

Ma foi , madame , ce n'est pas trop pour régaler tant de gens que la curiosité attire céans. Après qu'ils ont entendu le tambour , on ne peut pas les renvoyer sans souper. ,

En effet , cela serait incivil.

M.rad.

Item. Deux quart* utn de vin de Bourgogne... Ces gens-là ne peuvent pas souper sans boire.

LA BARONNE

Il y aurait conscience, fi faut avouer, monsieur

Pincé, que vous faîtes des commentaires merveilleux sur tous les articles de votre dépense.

H. PINCÉ

Hem. Donné aux gens de monsieur le Marquis soixante bouteilles de vin -nouveau... Cela s'est fait par votre ordre. Item. Une bouteille de ratafia à

madame Ca tan.

LA BARONNE

Oh! pour cet article-là, c'est viMavrnérne qui vous êtes donné l'ordre.

Vous observerez , s'il tous plaît , madame , qu'après avoir grondé tout le jour, elle a besoin de quelque liqueur qui lui restaure la poitrine. Le ratafia est un cordial innocent qui enflamme le zèle de madame Catau pour vos intérêts , et qui lui donne la force de crier, et de retenir vos domestiques dans le devoir. Hé, hé, hé ! Pardonnez-moi cette petite saillie de gafté; hé, hé, hé!

LÀ BARONNE

Hum ! monsieur Pincé , tous avez toujours de bonnes raisons pour justifier madame Catau. Je prévois qu'à la fin vos vieilles amours aboutiront au mariage.

M. PINCÉ

Hé, hé, hé... item. Douze livres de chandelles aux domestiques ; c'étoit pour briller pendant la nuit.

la babonwe. , Pondant la nuit! Comment! ces canailles-là ne peuvent plus dormir sans lumière? Eu vérité, cela devient trop violent. Quel remède apportée à ce désordre-là? je vous demande conseil.

H. PINCÉ

Madame, il y a deux thosesà faire pour y remédier : 1" C'est de ne plus régaler Jes personnes du voisinage que la curiosité attire céans tous les soirs ; 2° C'est de chasser d'ici cet Esprit invisible

et son tambour.

LA BABONNE.

Voilà une division fort savante, mais je n'en suis pu plus avancée.

m. Pincé. ' Ayez la bonté dé m 'écouter.

., LA BABONNE.

Et vous, ayez pitié de moi, et ne m'ennuyez point par un long discours.

H. PINCÉ

Je serai bref. Il est arrivé ici depuis peu un rare personnage, qui a une mine très-vénérable , et une barbe blanche qui lui descend jusqu'à la ceinture : le peuple l'appelle astrologue, magicien, nécromancien, sorcier, devin, diseur de bonne aventure....

LA B ABONNE

Laissons là ces titres. A quoi voulez-vous venir?

H. PIKCB,

Encore une fois, madame, ayez la bonté de m'étonter. Or cet homme prétend être fort profond dans les sciences occultes : le bruit que notre Tambour noctambule fait ici, l'y a attiré; et il se vante, non-seulement de parler aux Esprits, mais même d'avoir l'art de les chasser des maisons où ils reviennent.

LA EABONNE.

De bonne foi , me croyez- vous assez simple pour donner dans de pareilles charlataneries? cela ne peut être d'aucune utilité.

*. pihcé.

Cela ne peut nous faire aucun mal-

LA B ABONNE

Je suis sûre que vous-même vous n'ajoutez pas foi aux discours de ce prétendu devin.

M PINCE

Je ne voudrois pas les garantir ; mais je ne vois aucun danger à en faire l'expérience. Essayez cet homme-là: s'il réussit, nous voilà délivrés de l'Esprit , s'il ne réussit point , nous ne laisserons pas de publier qu'il l'a chassé, et ce bruit suffira pour nous défendre de cette afOuence de curieux qui nous assassinent , et qui nous jettent dans* une dépense excessive, Ainsi, de manière ou d'autre.

ce que je vous propose ne peut tourner qu'à votre avantage.

Ohl pour cette fois-ci, vous parlez raison , et vous me persuadez. Hais où est ce magicien , ou ce devin, comme il vous plaira? Je ne sauce que cela signifie : mais je sens tout d'un coup une vive impatience de le voir, je crois que je m'en trouverai bien. .

m. putcé, riant.

Je le crois aussi , hl , hi , hi. Je viens de lui parler; il est sorti pour un moment, et doit venir me trouver dans ma chambre, où je vais l'attendre. Vous noterez., s'il vous plaît, qu'il n'exige de vous aucune récompense , qu'après que son entreprise aura réussi.

LA BABONNB.

Voilà une circonstance qui me rend presque aussi crédule que vous. Je commence à me flatter que je pourrai faire un bon usage de cet homme-là. Je vous assure que, s'il est aussi habile qu'il se vante de l'être , je lui rendrai bien le plaisir qu'il me fera. Allez , et me l'amenez au plus tôt. Je vais faire deux ou trois tours dans mon petit jardin , et vous me trouverez ici.

H. PINCE

Je pars, rna très-honorée dame, pour mettre vos ordres en exécution.

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