LE MARQUIS , M— CATAU
LB MABQUTS.
Voici l'occasion que je cherche depuis longtemps : je te trouve seule , et je veux profiter du moment. Allons , embrassons-nous pour nous réconcilier.
M"» CATAU
Ah ! vraiment , j'ai des affaires bien plus pressées.
LE MARQUIS
Ou je t'embrasserai , ou tu m'embrasseras : choisis.
H** CATAU
Ni l'un , ni l'autre. Ah ! fi donc , point de jeux de main, monsieur le Marquis.
LB MARQUIS. '
Parbleu! tu fats autant de façons que si tu n'avoîs que quinze ans. Je rais gager que tu es trop sage pour l'être toujours.
M."" CATAU
Et moi, je rais gager.. ..que tous serez toujours aussi fou que tous l'êtes. Laissez-moi, je vais chercher notre intendant ; Madame le demande.
LE MARQUIS
Je viens de le rencontrer à deux pas d'ici ; il se promène avec an vieux roquentin qui a la barbe plus longue que ma chevelure : apparemment c'est encore quelque domestique de la maison; car, excepté ta maltresse , ou ne voit ici que de vieilles faces. Cela soit dit sans te fâcher, ma pauvre Catau : tu n'es plus jeune , mats tu es encore bien piquante.
Mou CATAU, 1 pirl.
Quel est le dessein de cet homme-là? je crois qu'il veut me gagner, pour que je le serve auprès de ma maîtresse. S'il me paie bien , nous Terrons.
LE MARQUIS
Oh ça! ma bonne, parle-moi sincèrement. Pourquoi u 'es-tu pas de mes amies ?
H0" CATAU
Eh 1 mais.... c'est parce que j'aime ma maîtresse.
- LE MARQUIS
Réponse obligeante. Mais quelle mouche te pique?
Vois-tu quelque chose d'irréysher dans ma personne? Ai-je quoique défaut qui te choque!1
Croyez-moi , n'excitez point ma sincérité ; tous n'y trouveriez pas votre compte ,
LE MARQUIS
Allons , allons , mon enfant , point de mauvaise humeur. Je Veux te faire plaisir ; et, pour te le prouver....
(il met net gant* duu a podie. ) M« CATAU, 1 pârL
Je crois qu'il m ntBonner de l'argent.
Il faut que je t'applique un baiser sur chaque joue.
■■• CATAU
Je suis votre servante. Si vous ne payez qu'en cette monnoie-la , vous pouvez garder vos espèces.
LE MARQUIS
Tu as beau faire la prude , j'en passerai mon envie, (u ii baba.) Ah 1 l'appétissante créature que madame Catau 1 Sur mon honneur, si je ne craignais de fâcher ta maltresse, je deviendrais amoureux de toi.
■"".GATAIT. '
Fort bien , monsieur, divertissez- vous à mes dépens.
LE MABQUTS.
Dieu me damne, si je plaisante! Le beau bras! la belle main 1 Ah ! je baiserai tout cela assurément,
HP>* CATAU, à part.
Cet homme -là est plus dangereux que je ne cro yois. Si je n'y prends garde, il s'emparera de ma maltresse.
LE MABQUTS.
Oh ça ! ma chère Catau , j'ai une proposition à te faire.
U<" CATiU, t put.
Il me fait des propositions I mais cela devient sérieux. (Elfe prend on afrgncieni.) Eh bien ! monsieur le Marquis , de quoi s'agit-il ?
Mon enfant, il s'agit de te donner un mari.
M"* CATAU
A moi ?
LE H AB'QDIS.
A toi-même. Veux-tu le prendre de ma main ? C'est un hardi compère, un vert galant ,-uu homme tel qu'il te le faut -, tu en seras contente.
Mm CATAU, à part.
Voila une proposition bien séduisante, (mot.) Peut-on savoir qui est celui dont tous me parlez ?
LE HARQUIS.
Ah ! c'est un gentilhomme de mes unis.
H™ CATAD, d'an dnif.
Un gentilhomme de vos amis ?
LE MÀBQOIB,
Oui, vraiment. Je ne lui trouve qu'un défaut.
M» CATAU-
Qui est?
LE MÀHQTTIS.
Quiestjqii'iln'aqueviiigt-cinqans. Ceht te dégoûtera peut-être.
M* CATAD.
Oh ! l'âge n'y fait rien , pourvu que d'ailleurs ît soit bien rage, bien élevé.. A
LE KABQOS. *
Comment, bien élevé! je ne commis personne qui ait de plus belles manières. Il peut passer vingtquatre heures à table; il joue tous les jeux en perfection; il prend une livre de tabac par jour; il jure -de la meilleure grâce du monde. Ah! ma chère, ai tu le voyois , ton coeur serait bien malade ! M» caïàI! , d'nn tir «riens.
Eh 1 comment , s'il vous plaît , s'appelle cet aimable gentilhomme qui est tant de vos amis ?
' LE STABQCIS.
Il s'appelle monsieur de la Fleur.
M*" CATAD.
Votre valet de chambre ?
LE MABQDIS.
Justement. ■ ' .
H™ CATAD.
Voha an gentilhomme de grande condition ! Mais passons là-dessus. A-t-it beaucoup de bien ?
LB MABQUIH. .
Pas un son.
M™ CATAD.
Allez voua promener avec votre gentilhomme. { a pirL ) J'ét»ia bien folle d'écouter cet homme-là.
LE MAKQDIS.
Mais j'y suppléerai.
■ M™ CATAD.
Ah! c'est une antre affaire. Que lui
LB MABQUI».
Je lui ferai sa fortune.
M»» CATAD.
Et de quelle manière ?
LI BMBOOlS.
Rien de pns sise. Dès que j'aurai épousé M maîtresse , je chasserai d'ici ee vieux fou d'intendant qui me déplaît fort , et je dénierai sa placé au gentilhomme que je te propose.
X«* CATAtL
Ne ptuvez-vous -faire que cela pour hii P
' LB'MABQUn,
N'est-ce pas beaucoup?
«•» GATAIT, M Dttmt an* prof
Je vous donne le bonsoir.
LE HABQVIS.
Hais écotrte donc.
M™ CATAO.
Mes baisemains à votre gentilhomme.
(KHemt.)
LE MARQUIS, ml.
Ces vieilles filles sont diantrement dégourdies. Il n'j a pas moyen de les amadouer ; et je vois que J'aurai bien de la peine à gagner celle-ci.