SCÈNE VII
LËAISDRE, CARLIN.
CABLIN.
Tous avez fort bien fait de lui river son clou. C'est bien à faire à lui de vous appeler fou ; Et vous deviez encor lui mieux laver ta tête.
lbandbb.
J'ai bien un autre soin qui m'occupe et m'arrête. Tu t'imagines bien que Clarice en courroux Se livre tout entière à ses transports jaloux. Et m'accable des noms d'ingrat et d'infidèle. D'une autre part aussi que peut dire Isabelle ?
CABLIN.
Vous avez tort. Faut-il que chaque Instant du jour Votre distraction noua fasse quelque tour ? Vous avez de l'esprit et de la politesse; Vous raisonnez parfois comme un sagede Grèce; Et d'autres fois aussi vos faits et vos raisons Vous font croire échappé des Petites-Maisons.
LBANDRE.
Hais sa is- tu bien , maraud , qu'avec ta remontrance. Tu te feras chasser?
CABLIIt.
Monsieur, en conscience, Je ne veux point du tout ici vous corriger.
lr ardre, [ger.
Ma manière est fort bonne, et n'en veux point chan- Je ne ressemble point aux hommes de notre âge , Qui masquent en tout temps leur cœur et leur visage. Mon défaut prétendu, mon peu d'attention , Fait la sincérité de mon intention. . f
Je ne prépare point avec effronterie Dans le fond de mon cœur d'indigne menterie; Je dis ce que je pense, et sans déguisement ; Je suis, sans réfléchir, mou premier mouvement ; Un esprit naturel me conduit et m'anime : Je suis un peu distrait, mais ce n'est pas un crime.
CABLIN.
Ce n'est pas un grand mal. Pour être bel-esprit, Il faut avec mépris écouter ce qu'on dit, Rêver dans un fauteuil, répondre en coq-à-1'anes , Et voir tous les mortels ainsi que des profanes. Au suprême degré vous avez ce défaut, Et bien d'autres encor.
LÉANDBE.
( FeodiDl ce eotiplat , il Me la crante k son valet par d»tncilon. ]
Te tairas-tu , maraud?-. ■
OEUVRES DE REGNARD
Un cerveau foible, étroit, qui ne tient qu'une chose, , Peut répondre en tout temps à ce qu'on lui propose; Hais celui qui comprend toujours plus d'un objet Peut bien Être excusjé s'il est un peu distrait.
CARLIN remet M cr«iilc.
Je tous excuse aussi. Hais permettez, de grâce, Que je remette ici chaque chose en sa place , Il n'est pas encor temps que je m'aille coucher.
LtUNnB8 dclxjulonua MO «Jet
C'est le moindre défaut qu'on puisse reprocher. . Est-il juste , après tout, que l'on s'assujettisse A répondre à cent sots selon leur sot caprice ? Ce qu'on pense vaut mieux cent fois que leurs dis- J'irois de ma pensée interrompre le cours, [cours. Pour un jeune étourdi qui me rompt les oreilles De ses travaux fameux d'amour et de bouteilles ; Pour un plaisant qui vient de son bruit m'enivrer, Qui croit me faire rire , et qui me fait pleurer ; Pour un fastidieux qui n'a , pour l'ordinaire, 71 i le don de parler', ni l'esprit de se taire !
CABL1N, remetLaul «on Jutinoorpi.
Hais voyez , s'il vous plaît ', quelle distraction !
LÉANDBE.
Je crains pour mon amour quelque altération. La belle est en courroux; toute mon innocence Ne me rassure pas , et je crains sa présence.
Je vous dirai , monsieur, pour sortir d'embarras , Comme ordinairement j'en use en pareil cas. Il faudrait qu'une lettre, écrite d'un beau style, Put vous rendre près d'elle un accès plus facile. Mandez-lui que tantôt ce que vous avez fait n'est qu'un coup d'étourdi.
LÉANDBE.
Je serai satisfait , Si la lettre, Carlin, a l'effet que j'espère :
CABLIN.
Une lettre', monsieur, remet bien une affaire ; Et trois ou quatre mots , en hâte barbouillés ,
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Font souvent embrasser des amants bien brouillés.
LBANDBE.
En cette occasion, Carlin , je te veux croire. Va vite me chercher la table et l'écritoire.
Je vais, je cours, je vole, et je reviens à vous.