‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 198 sur 1244 · DORANTE, PASQUIN · texte numérisé non relu

DORANTE, PASQUIN

Poub m'explîquer en termes plus clairs , j'ai avancé la dépense du voyage depuis notre garnison jusqu'à ce village-ci; noua y avons déjà séjourné quinze jours sur mes crochets . je vous prie que nous comptions ensemble , et je vous demande mou congé.

Oh! palsambleu, tu prends bien ton temps!

Hé ! puis-je le mieux prendre, monsieur? Vous venez d'être réformé; il faut bien que vous réformiez votre train.

DOBANTB.

Pasquîn , quitter le service d'un officier , c'est se brouiller avec la fortune.

Ha foi, monsieur, je me suis brouillé avec elle dès le jour que je suis entré chez vous : mais, Dieu merci , je suis au-dessus de la fortune ; je veux me retirer du monde.

DOSANTE.

Le fat I A le fat 1

Oui, monsieur, j'ai fait depuis peu des réflexions morales sur la vanité des plaisirs mondains : je suis las d'être bien battu et mal nourri ; je suis las de passer la nuit à la porte d'un lansquenet , et le jour à vous détourner des grisettes ; je suis las ei\ fin d'avoir de la condescendance pour vos débauches , et de m' enivrer au buffet , pendant que vous vous enivrez à table. II faut faire une fin, monsieur. Je vais me rendre mari d'une certaine Lisette1, qui est le bel-esprit de ce village-ci. Les plus jolies filles du Poitou la consultent comme un oracle , parce qu'elle a fait ses études sous une coquette de Paris ; c'est là où elle est devenue amoureuse de moi.

DOBAKTB.

Hé I je n'ai point encore trouvé en mon chemin cette Lisette si aimable ; j'en sais mauvais gré à mon étoile.

Ce n'est pas votre étoile, monsieur; c'est moi qui ai pris soin de vous cacher Lisette : je l'ai trouvée trop jolie pour vous la faire connoltre. Mais

• On Ut . dam l'édition orlglnile i II faut faire une fin, moniteur, et je vau me rendre ; je va y me rendre mari d'une certaine risette, etc. cette répétition peut être une bute rtu l'iui-

cette digression vous fait oublier qu'il s'agit entre vous et moi d'une petite règle d'arithmétique. U v a huit ans que je vous sers : à vingt-cinq écus de gages , somme totale, sixeents livres; surquoi j'ai reçu quelques coups de canne, coups de pied au cul ' ; par ta ut" reste toujours six cents livres , que je vous prie de me donner présentement. DORANTE , d un ton de colère.

Quoi ! j'ai eu la patience de garder huit ans un coquin comme tôt!

Tout autant , monsieur.

DOBANTB.

Un maraud !

Oui, monsieur.

DOSANTE.

Huit ans , un valet à pendre.

Ah!

DOBANTE.

A noyer, à écraser !

Il y a du malheur à mon affaire. Vous avez été jusqu'à présent très-content de mon service, et vous cessez de l'être dans le moment que je vous demande mes gages.

DOBANTE, se radoucissant.

Pasquin, ce n'est pas d'aujourd'hui que je suis la dupe de ma bonté. Va, mon cher, je veux bien encore ne te point chasser de chez moi.

Vraiment, monsieur, ce n'est pas vous qui me chassez; c'est moi qui vous demande mon congé, et les six cents livres.

DOBAKTB.

Non, mon cœur, tu ne me quitteras point. Tune sais ce qu'il te faut. La vie champêtre ne convient point à un intrigant , à un fourbe.

Je sais bien que j'ai tous les talents pour faire fortune à la ville; mais je borne mon ambition à Lisette , à qui j'apporte en mariage les six cents livres, dont je vais vous donner quittance.

(Il tire de sa poche on papier.) DORANTE . lui arrêtant II miln.

Peste soit du faquin! Tu n'as que tes affaires en tête : parlons un peu des miennes. J'épouse demain la petite fermière Agathe. J'ai si bien fait, par

■ Cette leçon esl conforme à réditton originale. Due IVSdttioe detTMon Ut, Quelques coups de canne *T coups de pird au cul; dani celle de ITSO, Quelque* coups de canne, q%telq*es coups de pied au rit/; et dam lesMilinoi moderna, Quelques coup* de canne et quelque* ampt de pied au cul-

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