‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 201 sur 1244 · SCÈNE T · texte numérisé non relu

SCÈNE T

LISETTE, PASQUIN

LISBTTB.

Oh! nous voilà délivrés de lui. Ça, il s'agit de guérir Agathe de l'entêtement où elle est pour ton maître.

Honl quand l'amour s'est une fois emparé d'un ccenr aussi simple que celui d'Agathe , il est difficile de l'en chasser ; il se trouve mieux logé là que chez une coquette.

■ LISBTTB.

J'avoue que les grands airs de ton maître ont saisi la superficie de son imagination ; mais le fond du cœur est encore pour Colin. Finissons. Il faut empêcher Agathe de sortir de chez elle , afin qu'elle ne vienne point rompre les mesures que nous avons prises. Comment nous y prendrons-nous?

Bon t attendez. Nous lui avons fait venir des habits de Parts. Si j'allois lui dire que mon maître vent qu'elle les mette.... la coiffure seule suffit pour amuser une femme toute la journée.

LISETTE

La voici qui vient ; songe à la renvoyer chez elle.

AGATHE, LISETTE, PASQUIN

AGATHE

Où est donc ton maître, Pasquin? il y a deux heures que je l'attends chez moi.

Voua vous trompez, madame; mon maître est trop amoureux pour vous faire attendre.

LISETTE, à À&lhe.

Je vous avois bien dit que ses empressements ne dureraient pas.

AQATHB.

Oh ! c'est tout le contraire , Lisette. Dorante doit être aujourd'hui amoureux de moi à la folie; car il m'a promis que son amour augmenterait tous les jours , et il m'aimoit déjà bien hier.

LISETTE

En une nuit, il arrive de grandes révolutions dans le cœur d'un François.

Oui , sur la fin de ce siècle-ci , les amants et les saisons se sont bien déréglés; le chaud et le froid n'y dominent plus que par caprice.

LISETTE

Oh! en Poitou nous avons une règle certaine : c'est que le jour des noces , le thermomètre de la tendresse est à son plus haut degré ; mais le lendemain il descend bien bas.

AGATHE

Vous voulez me persuader tous deux que Dorante sera inconstant; mais il faudrait que je fusse folle pour craindre qu'il change. Quoi! quand Colin me disoit tout simplement qu'il me seroit fidèle , je le croyois ; et je ne croirois pas Dorante , qui est gen* tiïhomme, et qui fait des serments horribles qu'il m'aimera toujours.

PABQUIN.

En amour, les serments d'un courtisan ne prouvent rien ; c'est le langage du pays.

LISETTE, à AKtlbe.

Si vous vouliez m' écouter une fois en votre vie, je vous ferois voir que Dorante....

Parlons d'autre chose , Lisette.

pasquin, t Luette.

Elle a raison. ( à Agathe.) Parlons des beaux habits que mon maître vous a fait venir.

Ah I Pasquin, j'en suis charmée.

A propos, mon maître vouloit vous voir aujourd'hui parée.

AGATHE

Je voudrais bien l'être aussi; mais je ne sais pas lequel je dois mettre des deux habits. Dis-moi , Pasquin , lequel nimera-t-il mieux de l'innocente ou de la gourgandine • ?

La gourgandine a toujours été du goût de mon maître.

AGATHE

Il faut que les femmes de Paris aient bien de l'esprit pour inventer de si jolis noms.

Malepeste! leur imagination travaille beaucoup. Elles n'inventent point de modes qui ne servent à cacher quelque défaut. Falbala par haut pour celles qui n'ont point de hanches ; celles qui en ont trop le portent plus bas. Le col long et les gorges creuses ont donné lieu à la steinkerque ; et ainsi du reste.

AGATHE

Ce qui m'embarrasse le plus , c'est la coiffure. Je

u d'hibll* 1 le mode en IBM.

OEUVRES DE REGNARD

ne pourrai jamais venir à bout d'arranger tant de machines sur ma tête; il n'j a pas de place pour en mettre seulement la moitié.

Oh ! quand il s'agit de placer des fadaises , la tête d'une femme a plus d'étendue qu'on ne pense. Mais tous me faites souvenir quej'ai ici le livre instructif que la coiffeuse a envoyé de Paris. Il s'intitule :

Les Éléments de la Toilette, ou le Système harmonique de la Coiffure d'une Femme.

Ah I que ce livre doit être joli I

LISETTE

Et savant ' !

PASQUIN , tirant un (ivre da a poche.

Voici le second tome. Pour le premier, il ne contient qu'une table alphabétique des principales pièces qui entrent dans la composition d'une commode, comme:

= La duchesse, le solitaire;

• La fontange, le chou;

• Le tête-à-tête, la culbute;

• Le mousquetaire, le croissant; « Le firmament, le dixième ciel; ■ La palissade et la souris. ■

AGATHE

Ah! Pasquin, cherche-mai l'endroit où le livre dit que se met la souris. J'ai un nœud de ruban qui s'appelle comme cela.

C'est ici quelque part; attendez....

« Coiffure pour raccourcir le visage. » Ce n'est pas cela. *

« Petitstoursblondsabouclesfringantespour

• les fronts étroits et les nez longs. ■ Je n'y suis pas.

« Suppléments ingénieux qui donnent du re-

■ lief aux joues plates. > Ouais !

- Cornettes fuyantes pour faire sortir les yeux « en avant. ■ Ah ! voici ce que vous demandez.

« La souris est un petit nœud de nompareille

• qui se place dans le bois. — iVolo. On ap-

■ pelle petit bois un paquet de cheveux hé-

■ risses , qui garnissent le pied de la futaie « bouclée. »

Mais vous lirez cela k loisir. Allez vite arranger

■ Je n'ai trouve cet àan m

st locatif,' mu par tiwlte.

votre toilette. Je vous enverrai mon maître aussitôt qu'il aura uni une petite affaire.

AGATHE

Qu'il ne me fasse pas attendre au moins. Adieu , Lisette.

LISETTE

Adieu, Agathe.

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