DEMOCRITE, ACTE II, SCENE III
Ta bouche avoit déjà pria soin de m'en instruire
El rient justifier le trouble de mon cœur. Vas-tu point remarqué qu'au retour de la chaste , Le roi, rêveur, distrait , a paru tout de glace ? Ses regards inquiets m'ont dit son embarras : Il semblait m 'éviter et détourner ses pas. [ velle Ah ! Qéanthis , je crains que quelque autour nonne loi fasse...
CI,ÉANTH1S.
Ah ! voila l'ordinaire querelle.
C'est une étrange chose ! il faut que les amants Soient toujours de leurs maux les premiers instru- Quuo homme par hagard ait détourné la vue [meots. Sur quelque objet nouveau qui passe dans la rue ; Qu'il ait paru rêveur, enjoué, gai, chagrin; Qu'il n'ait pas ri , pleuré, parlé , que saîs-je enfin? Voilà la jalousie aussitôt en campagne.
D'une mouche on lui fait une grosse montagne : Cert un traître, un ingrat; c'est un monstre odieux, Et digne du courroux de la terre et des deux. Il faut aller pi us doux dans le siècle où nous sommes. Onfoit.uirfoti, paver sjd(|bjm fredaine aux homme». Fermer souvent les yeux; bien entendu, pourtant, Que tout cela se fait à la charge d'autant.
ISMÈNH.
four uu cœur délicat qu'un tendre amour engage, l'n calme si tranquille est d'un pénible usage. Toujours quelque soupçon rouait pour l'alarmer. Ad! sue tu eonnola nul ce que c'est que d'aimer !
CLÉANTHIB.
Oiu* ! je me suis d'aimer parfois licenciée ; l'ai fait pis ; dans Argos je me suis mariée ».
tttttn.
Toi, mariée I
CLBAflTHIS.
Oui , mol , mais à mon grand regret.
AnUnt que je le puis , je tiens le cas secret. Avant que les destins, touchés de ma misère, Eussent fixé mon sort auprès de votre mère , J Mois fait ce beau coup ; mais , à vous dire vrai , Ce mariage-là b'étoir. qu'un coup d'essai. J'avois pris un mari brutal, jaloux, bizarre, Gueux , joueur , débauché , capricieux , avare , Comme ils sont presque tous : je l'ai tant tourmeo- Eicédé, maltraité, rebuté, molesté, [té,
Qu'enfin il m'a privé de sa vue importune • ;
■ Ce Ten ett conforme à l'eaukn originale , 1 celle de I T» et 1 nfle de 1730. Comme, nilvanl la cwulnictlon du vera, on ni poaiull pu mettre au féminin le participe ptleé, dam ha iUI- , .. i, on a>«permbi» changement:
Le diable l'a mené chercher ailleurs fortune.
1SKBJW.
Est-Il mort?
clbahthis.
Autant vaut. Depuis vingt ans et plus Qu'il a pris son parti, nous ne nous sommes vus Et quand même en ces lieux il viendroit à paraître, Nous nous verrions j ecrois,tousdeuxsansnous con- J'ai bien changé d'état ; et, lorsqu'il s'en a Ma, [noltri Je n'étois qu'un enfant haute comme cela.
ISMÈNE
Ta belle humeur pourrait me sembler agréable, Si de quelque plaisir mon creur étoit capable.
CLSANTHIS.
Pourchasser le chagrin, madame, où je vous voi. Consentez, je vous prie, à venir avec moi , Pour voir un animal qu'en ces lieux on amène , Et que le prince a pris dans la forêt prochaine. Il tient, à ce qu'on dit, et de l'homme et de l'ours; Il parle quelquefois , et rit presque toujours. On appelle cela , je pense ,. un Déraocrite.
isxskb.
Tu rends assurément peu d'honneur au mérite. L'animal dont tu lais un portrait non commun Est un grand philosophe.
CLBAHTHIS.
Eh! n'est-ce pas tout un>?
ISMRMK.
Tu peux aller le voir; mais pour moi , je te prie,. Laisse-moi quelque temps toute à. ma rêverie; J'en fais mon seul plaisir: Tout ce que tu m'as dit , Et mes jaloux soupçons , m'occupent trop l'esprit.
CLEÂNÏHIS.
Quelqu'un s'avance ici. Je m'en vais voua conduire,
Et reviendrai pour voir cet homme qu'on admire.