SCÈNE VII
CLÉANTHIS, STRABON.
STBABOK , k pur.
Ouf! je suis bien guedé ! Par ma foi , la science Ne s'acquiert point du tout à force d'abstinence. C'est mon système à moi 1 l'esprit croit dans te viu ; Je m'en sens déjà plus trois fois que ce matin. Je me venge à longs traits de la philosophie.
OEUVRES DE REGNARD
(I CléanlhLi.;
Hé ! tous voilà , princesse , infante de ma vie ! Vous voyez un seigneur fort satisfait de soi , Un convive échappé de la table du roi : Il tient bon ordinaire , et je l'eu félicite.
CLKASTHI8.
Au disciple fameux du savant Démocrite,
Plus qu'à nul autre humain , cet honneur étoit dû.
STHABQB.
C'eut un petit repas que le roi m'a rendu : Nous nous traitons parfois.
CliAUTHIS.
Vous ne sauriez mieux faire :
Rien lie fait des amis comme la bonne chère , Quoiqu'on embrasse ici des gens de tons métiers , Bien moins pour l'amour d'eux que de leurscuisiniers.
STBABOM.
Cet honneur, quoique grand , ne me toucherait guère, Si je n'étoîs bien sûr du bonheur de tous plaire. Vous aimer est un bien pour moi plus précieux Qu'être admis à la table et des rois et des dieux; Et l'on ne leur sert point, même en degjours de fêtes, De morceau si friand à mon goût que tous l'êtes.
CLÉANTHI9.
N'êtes-vous point de ceux dont l'usage est connu , Qui ne sont amoureux que quand ils ont bien bu ; A qui beaucoup de vin fait sortir la tendresse; Qui vont en cet état aux pieds de leur maîtresse Exhaler les transports de leurs brûlants désirs, Et pousser des hoquets en guise de soupirs ? De nos jeunes seigneurs c'est assez la manière.
8TBABON.
Ma tendresse n'est point d'un pareil caractère. Baechus n'est point chez moi l'interprète d'amour. J'ai près du sexe, enfin, l'air de la vieille cour. MonCŒurs'est laissé prendre', en vous voyant paroi- Et de ses mouvements n'a plus été le maître, [tre, L'esprit, la belle humeur, la grâce, ta beauté, Tout en vous s'est uni contre ma liberté.
CLÉANTH1S.
Ce n'est point un retour de pure complaisance Qui me fait hasarder la même confiance; Hais je vous avouerai qu'à vos premiers regards Mon foible cœur s'est vu percé de toutes parts. Je ne sais quel attrait, et quel charme invisible En un instant a pu me rendre si sensible ; Et je n'ai point senti de transports aussi doux Pour tout autre mortel que j'en ressens pour vous.
STB A BON.
En tous réciproquant , tous êtes , je vous jure , De ces heureux transports payée avec usure. L'on n'a jamais senti des feux si violents Que ceux qu'auprès de vous et pour vous je ressens.
Maïs ne puis-je savoir, en voyant tant de charmes , Quel est l'aimable objet à qui je rends les armes ?
CLRANTHI8.
Bon! que vous servirait de savoir qui je suis? Ce nous serait peut-être une source d'ennuis , Après vous avoir fait l'aveu de ma faiblesse.
STBABOB.
Ah ! que cette pudeur augmente ma tendresse !
CLBAHTHIS.
Je devrais bien plutôt songer a me cacher.
STKABOK.
Rien devons découvrir ne doit vous empêcher.
CLBANTH1S.
L'homme est d'un naturel si volage et si traître... Qui le sait mieux que moi ?
SIBABOS.
Vous en avez peut-être Été souvent trahie t Ici , comme en tous lieux , La femme , à mon avis , ne vaut pas beaucoup mieux. J'en ai , pour mes péchés , quelquefois fait l'épreuve.
Êtes- vous fille?
CLÉASTHIS.
Non.
BTBOOIf.
Femme?
CLÉAPITHI8.
Point du tout.
Veuve?
Je ne sais.
Oh 1 parbleu , vous vous moquez de nous. De quelle espèce donc, s'il tous plaît, étes-vous?
CLÉAKTHIS.
Je fus fille autrefois, et pour telle employée.
Je le crois.
CLKAHTH1S. '
A quinze ans je me suis mariée :
Mais , depuis le long temps que sans époux je vis , Je ne saurais passer pour femme, à mon avis-, JNi pour veuve non plus, puisqu'en effet j'ignore
Si le mari que j'eus est mort, ou vit encore.
5TBABOH.
Ce discours , quoique abstrait , me parait assez bon . Je ne suis, comme vous, homme, veuf, ni garçon; Et mon sort, de tout point, est si conforme au vôtre, Qu'il semble que le Ciel nous ait faits l'un pour i'au -
CLBANTHIS. t pirt. {tre'.
Homme, veuf, ni garçon !
STRABON , I [urt
Fille, femme, ni veuve!
• Aprtect
m manque Jeun de rime mucoUoi: .