‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 270 sur 1244 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CUTANDRE, MERLIN.

MEBI.IH.

Eh bien! monsieur, vous allez donc épouser? Vous voici , grâce au Ciel , bientôt à la conclusion de votre amour, et à la fin de votre argent. C'est vraiment bien fait, de terminer ainsi toutes ses affaires. Hais, s'il vous plaît , qu'allons-nous faire en attendant le retour de monsieur votre père , qui est en Espagne depuis un an pour les affaires de son commerce, et que ferons-nous quand il sera revenu?

■ ■ CLITANDRB.

Que tu es impertinent avec tes réflexions! Hé! mon ami , jouissons du présent; n'ayons point de regret au passé, et ne lisons point des choses fâcheuses dans l'avenir. N'as-tu pas reçu* de l'argent pour moi ces jours passés ?

MERLIK.

H n'y a que trois semaines que j'ai touché une demi-année d'avance de ce fermier à qui vous avez donné quittance de l'année entière.

CLITANDEE.

Bon.

ME RI. m.

J'ai reçu, l'autre semaine, dix-huit cents livres de ce curieux, pour ces deux grands tableaux dont votre père avoit refusé deux mille écug quelque temps avant que de partir.

CLTTATTDHS.

Bon.

UBBLlir.

Bon? J'ai encore eu deux cents louis d'or de ce tripier, pour cette tapisserie que monsieur votre père avoit achetée , il y a deux ans , cinq mille francs, à un inventaire.

CIXXJJIDIK.

Bon.

MERLIN

Oui, oui, nous avons fait de bons marchés pendant son absence, n'est-ce pas ?

CLIT AKDRE. .

Voila un petit rafraîchissement qui nous mènera quelque temps, et nous travaillerons ensuite sur nouveaux trais.

HEBLIN.

Travaillez-y donc vous-même ; car pour moi je fais conscience d'être l'instrument et la cheville ouvrière de votre ruine : c'est par mes soins que vous avez trouvé le moyen de dissiper plus de dix mille cens, sans compter douze ou quinze mille francs que vous devez encore a plusieurs quidams, usuriers ou notaires [c'est presque la même chose) , qui nous vont tomber sur le corps an premier jour.

CLITAHDEE.

Celui qui m'embarrasse le plus, c'est ce persécutant monsieur A ndré'; et si, je ne Lu* dois que trois mille cinq cents livres.

MBKLIfl.

Il ne vous a prêté que- cela ; mais vous avez fait le billet de deux mille écus. Il a , depuis quatre jours, obtenu contre vous nne sentence des consuls ; et il ne serott pas plaisant que, le jour de la noce, il vous fit coucher au Chatelet.

CLlTANDRE.

Nous trouverons des expédients pour nous parer de cet inconvénient.

MERLIN

Hé! quel expédient trouver? Nous avons fait argent de tout; les revenus sont touchés d'avance ; la maison de la ville est démeublée à faire pitié ; nous avons «battu les bois de la maison de cam-

OEUVRES DE REGNARD

pagne , sous prétexte d'avoir de la vue. Pour moi , je tous avoue que je suis à bout.

CLITAHDBB.

Si mon père peut être encore cinq ou six mois sans venir, j'aurai tout te temps de réparer, par mon économie, les premiers désordres de ma jeunesse.

HBBLtH.

Assurément. Et monsieur votre père, de son cfité, ne travaille-t-il pas à reboucher tous ces trous-là ?

CLITAÎIDBE.

Sans doute.

KEBLIIV.

Il vaut mieux que vous fassiez toutes ces sottises-là de son vivant qu'après sa mort ; il ne seroit plus en état d'y remédier.

CLITANDBE.

Tu as raison, Merlin.

MEBLIH.

Allez, monsieur, vous n'avez pas tant de tort qu'on diroit bien. Monsieur votre père fera un gros profit pendant son voyage; vous aurez fait une grosse dépense pendant son absence : quand il reviendra, de quoi aura-t-il à se plaindre? Ce sera comme s'il n'avoit bougé de chez lui; et , au pis aller, ce sera lui qui 'aura eu tort de voyager. .

Que tu parles aujourd'hui de bon sens , mon pauvre Merlin!

KBBLIK.

Entre nous, ce n'est pas un grand génie que monsieur votre père ; je l'ai mené autrefois par le nez, comme voussavez ; je lui fais accroire ce que je veux : et quand il reviendroit présentement , je me sens encore assez de vigueur pour vous tirer des affaires les plus épineuses. Allons, monsieur, grande chère et bon feu; le courage me revient. Combien serez-vous a table aujourd'hui?

/. CLITAHDBB.

Cinq ou six.

MBBLIR.

Et votre bon ami le marquis, soi-disant tel , qui vous aide à manger si généreusement votre bien , et qui n'est qu'un fat au bout du compte, y serat-il?

CLITAHDBB.

Il me l'a promis.

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