‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 280 sur 1244 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

GÉRONTE , MERLIN

GBBONTB.

Et, dis-moi un peu, dans quel endroit de la ville mon fils a-t-il acheté cette maison? .

MEBEIlV.

Dans quel endroit? ■

GÈBOHTB.

Oui * Il y a des quartiers meilleurs les uns que les autres; celui-ci, par exemple...

MEBL1N.

Mais vraiment , c'est aussi dans celui-ci qu'il Ta achetée.

Bon , tant mieux. Où cela?

HEBLIN.

Tenez, voyez- vous bien cette maison couverte d'ardoise , dont les fenêtres sont reblanchies depuis peu.

GÉBOEITS.

Oui. Eta bien ?

HEBLIIf. ,

Ce n'est pas celle-là; mais un peu plus loin, à gauche, là... cette grande porte cochère qui est vis-à-vis de cette autre qui est vis-à-vis d'elle , là... dans cette autre rue.

GBBONTE.

Je ne saurois voir cela d'ici.

MEBLÏN.

Ce n'est pas ma faute.

GSBOKT8.

Ne seroit-ce point .la maison de madame Ber-

HBBUN.

Justement , de madame Bertrand ; la voilà : c'est

une bonne acquisition, 'n'est-ce pas?

4 GÉBOBTB.

Oui vraiment. Hais pourquoi cette femme-là vend-elle ses héritages?

MEBLrs.

On ne prévoit pas tout ce qui arrive. H lui est survenu un grand malheur; elle est devenue folle.

GpBONTE.

Elle est devenue folle!

'. Sa famille l'a fait interdire; et son fils, qui est un dissipateur, a donné sa maison pour moitié de ce qu'elle vaut. [«.part) Je m'embourbe ici de plus en plus.

Elle n'en avoit point ?

OBBOJITE.

Non assurément. ' - '

MEKL1S.

H faut donc que ce Boit sa fllle. -

«ÉBOKTE.

Je 'suis fSché'deson accident. Mais je m'amuse ici trop long-temps ; .fais-moi ouvrir la porte.

ktERLtN, à part.

Ouf! nous voilà dans la crise.

Mais elle n'avoit point defilsquand jesuisparti.

Te voilà bien consterné ! seroit-il arrivé quelque accident à mon fils ? ■

MEBLIN.

Non , monsieur.

GÉHOKTE-

M'auroit-on volé pendant mon absence?

MEBLIN.

Pas tout-à-fait... (Apari.) Que lui dirai-je?

GÉnONTE.'

Explique-toi donc ; parle.

MEBLtl*.

J'ai peine à retenir mes larmes. N'entrez pas, monsieur. Votre maison, celte chère maison que vous aimez tant... depuis six mois...

GÉBONTE,

Eh bien I ma maison, depuis six mois...

MEBLIN.

Le diable s'en est emparé, monsieur ; il nous a fallu déloger à mi-terme.

OÉBOSTE.

Le diable s'est emparé de ma maison ?

mbblin. .

Oui , monsieur : il y revient des lutins si ■ lutinants... C'est ce qui a obligé votre fils à acheter cette autre maison j nous ne pouvions plu» demeurer dans'celle-là.

GÉBONTB-

Tu te moques de mol ; cela o'est pas croyable. .

HEBLtn. (

Il n'y a sorte de niches qu'ils ne m'aient faites : tantôt ils me chatouill oient, la plante des pieds , tantôt ils me faisoient la barbe avec un fer chaud; et, toutes les nuits régulièrement, ils medonnoient des camouflfets. qui puoient le soufre...

■ On iw (roare es mat ri que <u™ l'édition originale. Din» toute» [et lutres étililnn», ou fi tnpprtiné , en cOMervant lo» a iprë» Minants. Je pautr que ce»l uns nantie «1, Ira pointa de nupemion devlen- J'il cru devoir comener la leçon de redjtlua

GBBONTB.

Hais , encore une fois , je crois que tu te moques

Point du tout, monsieur: qu'est-ce qu'il m'en reviendroit ? Nous avons tu là-dessus les meilleures devineresses de Paris , la Duverger. même ; il n'y a pas moyen' de les fait», déguerpir : ce diable-là est furieusement tenace ; c'est celui qui possède ordinairement les femmes , quand elles ont, le diable au corps.

. GÉBOTJTE.

Une frayeur soudaine commence à me saisir. Et dis-moi, je te prie, n'onî-ils point été dans ma cave?

HEBLIN.

Hélas! monsieur, il s -ont fourragé partout.

fiBBÔNTB.

Ah ! je suis perdue j'ai, caché en terre un sac de cuir où il y a viiua\ mqle francs.

MSB Lin Vingt mille francs ! Quoi ! monsieur , il y a vingt mille francs dans votre maison ?

MMOITM.

Tout autant , mon pauvre Merlin.

, MBRLIN.

Ah ! voila ce que c'est ; (es diables cherchent les trésors , comme vous savez. Bt en quel endroit ?

OÉ80HTR.

Dans la cave.

HBBLIN.

Dans la cave ? Justement, c'est là où ils font leur sabbat, (a pin.) Ahl si nous l'avions su plus tôt... (mut.) Et de quel côté, s'il vous plaît?

8BBONTB.'

A gauche, en entrant, sous une grande pierre noire qui est a coté de la porte.

Sous une grande pierre noire I vingt mille francs ! Vous deviez bien nous en avertir; vous nous eussiez épargné bien de l'embarras. C'est à gauche en . entrant , dites-vous?

GÉBOSTE.

Oui ; rendrait n'est pas difficile à trouver: 1IEBL1N , i pan.

Je le trouverai bien. (Haut.; Mais savez-vous bien, monsieur , que vous jouiez là à nous faire tordre le cou ? et toute la somme est-elle en or ?

GÉBONTB.

Tout en louis vieux.

. MEHL1N , 1 part Bon, elle en sera plus aisée à emporter. (h«i.)

, 'Cette tefon M confera» * l'MlUun originale H 1 celle de tTM. Dam Imiulret éditions, en Itt: Il n'y a pat ni mefm.etc.

Oh cà , monsieur', puisque nous savons la cause du mal, il ne sera pas difficile d'y remédier ; je croîs que nous en viendrons à bout : laissez -moi faire.

GBBOHTE

J'ai peine à me persuader tout ce que tu me dis : cependant on ait tant de contes sur ces matièreslà, que je ne sais qu'en croire. Je m'en vais audevant de mes bardes, et je reviens sur mes pas , pour voir ce qu'il faut faire en cette occasion. Qu'il y a de traverses dans la vie 1 On ne saurait avoir un peu de bien que les hommes ou le diable ne cherchent à vous l'attraper.

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