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LES POLIES AMOUREUSES, ACTE I, SCENE III

Allons, faisons la paix, vivons d'intelligence; Je t'aime dans le fond , et plus que l'on ne pense.

Et je tous aime aussi plus que tous ne pensez.

ALBBBT.

Un bel amour, vraiment, à me casser le nez ! niais je pardonne tout , et te donne promesses Que tu ressentiras l'effet de mes largesses , Si tu veux me servir dans une occasion.

LISETTE

Voyons. De que) service est-il donc question ?

ALBBBT.

Tu sais depuis long-temps que sur le fait d'Agathe J'ai , comme on doit avoir, l'âme un peu délicate. La donzelle bientôt prendroit le mors aux dents, Sans la précaution que près d'elle je prends. Chez la dame du bourg jusqu'à quinze ans nourrie, Toujours dans le grand monde elle a passé sa vie : Cette dame étant morte , un parent me pria D'en vouloir prendre soin , et me la confia. L'amour, depuis ce temps, s'est glissé dans mon âme, Etj'ai quelque dessein d'en faire un jour ma femme.

unrn Votre femme? fi donc 1

ALBBBT.

Qu'entends-tu par ce ton ?

LISETTE

Fi! vousdis-jc.

ALBERT

Comment ?

LI8BTTB.

Eb! fil fi! vous dit-on.

Vous avez trop d'esprit pour faire une sottise ; Et j'en appellerais à votre barbe grise.

ALBBBT.

Je n'ai point eu d'enfants de mon hymen passé ; Et je veux achever ce que j'ai commencé , Faire des héritiers dont l'heureuse naissance De mes collatéraux détruise l'espérance.

LISETTE

Ma foi , faites , monsieur, tout ce qu'il vous plaira , Jamais postérité de vous ne sortira :

C'est moi qui vous le dis.

ALBBBT.

Et pourquoi donc?

USBTTE.

Que sais-je?

ALBBBT.

Qui t'a de deviner donné le privilège ? Dis donc , parle, réponds.

LISBTTB.

Mon Dieu , je ne dis rien :

Sans dire la raison, vous la devinez bien. Je m'entends , il suffit.

ALBBBT.

Ne te mets point en peine :

Ce sera mon affaire , et point du tout la tienne.

LISBTTB.

Ah ! vous avez raison.

Tu sais bien qu" ici-bas [pas.

Sans trouver quelque embûche on ne peut faire un Des pièges qu'on me tend mon âme est alarmée. Je tiens une brebis avec soin enfermée : Mais des loups ravissants* rôdent pour l'enlever. Contre leur dent cruelle il la faut conserver : Et pour ne craindre rien de leur noire furie , Je veux de toutes parts fermer la bergerie, Faire avec soin griller mon château tout autour, Et ne laisser partout qu'un peu d'entrée au jour. J'ai besoin de tes soins en cette conjoncture , Pour faire , à mon désir, attacher la clôture.

LISETTE

Qui? moi I

ALBBBT.

-Je ne veux pas que cette invention Paroisse être l'effet de ma précaution.

Agathe, avec raison , pourroit être alarmée De se voir, par mes soins , de la sorte enfermée ; Cela pourrait causer du refroidissement : Mais , en fille d'esprit , il faut adroitement Lui dorer la pilule, et lui faire comprendre Que tout ce qu'on en fait n'est que pour se défendre, Et que, la nuit passée, un nombre de bandits N'a laissé que les murs dans le prochain logis.

LISBTTB.

Mais croyez-vous, monsieur, avec ce stratagème , Et bien d'autres encor dont vous usez de mime , Vous faire bien aimer de l'objet de vos vœux ?

ALBBBT.

Ce n'est pas ton affaire ; il suffit , je le veux.

LISBTTB.

Allez , vous êtes fou de vouloir, à votre âge ,

Pour la seconde fois tâter du mariage ;

Plus fou d'être amoureux d'un objet de quinze ans ,

Encor plus fou d'oser la griller là-dedans.

Ainsi , dans ce dessein , funeste en conséquences ,

Je compte la valeur de trois extravagances,

Dont la moindre va droit aux Petites-Maisons.

ALBBBT.

Pour me conduire ainsi j'ai de bonnes raisons.

LISBTTB.

Pour moi , grâce aux effets de la bonté céleste , J'ai, jusqu'à présent, eu de la vertu de reste; Mais si j'avais amant ou mari de ce goût , Ils en auraient , parbleu , sur la tête et partout.

OEUVRES DE REGNARD

Si vous me choisissez pour prendre cette peine , Je vous le dis tout net , votre espérance est vaine. Je ne veux point tremper dans vos lâches desseins : Le eas est trop vilain , je m'en lave les mains.

ALBBBT.

Sais-tu qu'après avoir employé la prière ,

Je saurai contre toi prendre un parti contraire ?

Pestez , jurez , criez , mettez-vous en courroux , Vous m'entendrez toujours vous dire qu'un jaloux Est un objet affreux à qui l'on fait la guerre, [terre ; Qu'on voudrait de bon cœur voir à cent pieds sous Qu'il n'est rien plus hideux ; que Satan , Lucifer, Et tant d'autres messieurs habitants de l'enfer, Sont des objeti plu* beaux , plu* ebirmauti. pin ilmablei, De* bourreaux moins erneli et mena» inrapporUblei , Que certains jaloux , tels qu'on en voit en ce lieu. Vous m'entendez. J'ai dit. Je me retire. Adieu.

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