US CHEVILLES
Je suis né , tu le sais , assez près de Péronne, D'un sang dont la valeur ne le cette à personne. Tu sais qu'ayant perdu père, mère, et parents, Et demeurant sans bien dès mes plus tendres ans, Las de passer mes jours dans le fond d'une terre, Je suivis à quinze ans le métier de la guerre. Un frère seul resta de toute la maison , Avec un oncle avare , et riche , disoit-on. En différents pays j'ai brusqué la fortune , Sans que l'on ait de moi reçu nouvelle aucune; Et je sais, par des gens qui m'en ont fait rapport, Que depuis très-long-temps mon frère me croit mort.
VALENT»
Je le sais; et de plus , je sais que votre mire' Mourut en accouchant de vous et de ce frère ; Que vous êtes jumeaux , et que votre portrait En toute sa personne est rendu trait pour trait ; Que vos air» dans les siens sont si reconnoissables. Que deux gouttes de lait ne sont pas plus semblables.
- LE CHEVALIBB. '
Nous noua ressemblions , mais si parfaitement , Que les yeux les plus fins s'y trompoient aisément; Et notre père même , en commençant à croître , Nous attachoit un signe afin de nous connottre.
VALBSTIN.
Vous m'avez dit cela déjà plus d'une fois ;
Hais que fait cette histoire au trouble où je vous
LE CHEVALIBB. [VOIS?
Ce n'est pas sans raison que j'ai l'âme surprise , Valent in. A ce frère appartient la valise; Et j'apprends , en Usant la lettre que je tiens , Que notre oncle est défunt , et qu'il laisse ses biens A ce frère jumeau , qui doit ici se rendre.
VALENT»
La nouvelle en effet a de quoi vous surprendre.
LK CHEVALIER
Écoute, je te prie, avec attention.
Ceci mérite bien quelque réflexion.
(irnt) , „ « Je vous attends , monsieur, pour vous remettre • comptant les soixante mille écus que votre oncle
■ vous a laissés par testament, et pour épouser
■ mademoiselle Isabelle , dont je vous af plusieurs
■ fiais parlé dans mes lettres : le parti vous con- «-.vieot fort, et son père Démophon souhaite cette
■ affaire avec passion. Ne manquez donc point de
■ vsais rendre au plus tôt a Paris , et faites-moi la « grâce de me croire votre très-humble et très-
■ obéissant serviteur,
■ Robebtik.»
Robertin , c'est le nom d'un honnête notaire Qui travaillait pour nous du vivant de mon père. I-a date, le dessus, et le nom bien écrit, Dans mes préventions confirment mon esprit. Mon frère, pour venir au gré de cette lettre , Comme moi , sa valise au coche aura fait mettre ; Et dans le même temps , ce rapport de grandeur, De cachet et de nom a causé ton erreur : Et Je conclus enfin , sàus être fort habile, Qoe mon frère est déjà peut-être en cette ville.
VALENT! H
Cela pourrott bien être; et je suis stupéfait De* effets surprenants que le hasard a fait. Il faut que justement je fasse une méprise , Et que notre bonheur vienne de ma sottise. Nous trouvons en un jour un vieil oncle enterré , Qui laisse de grands biens dont il vous a frustré : Un frère qui reçoit tous ces biens qu'on lui laisse. Et qui vient enlever encor votre maîtresse. Voila loutàla fois cinq ot) six incidents Capables d'étourdir les plus habiles gens.
LE CHEVALIBB.
Nous ferons tête à tout ; et de cette aventure Je conçois dans mon cœur un favorable augure.
Soixante mille écus nous feroient grand besoin.
LE CHEVALIBB.
Il faut , pour les avoir, employer notre soin.
Ils sont a moi, du moins, tout autant qu'à montrera;
Mais il faut déterrer le frère et le notaire.
Va, cours, informe-toi, ne perds pas un moment.
YAxnrxiB.
Vous connoissez mon zèle et mon empressement ; Et s'il est à Paris, j'ai des amis fidèles. Qui, dans une heure au plus, m'en diront des nou-
LE CHEVALIBR. [velles.
Je vais chezAramînte, elle sait mon retour; Il faudra feindre encor que je brûle d'amour. Elle n'a nul soupçon de ma nouvelle flamme. Tu sais le caractère et l'esprit de la dame ': Elle est vieille , et jalouse à désoler les gens ;
OEUVRES DE REGNARD
Ses airs et ses discours gont tous impertinents; Enfin c'est une folle , et qui veut qu'on la flatte : Quoiqu'un rayon d'espoir pour mon amour éclate, Incertain du succès , je la veux ménager. Retourne à la douane , au coche , au messager. Hais Araminte sort. Va vite où je t'envoie... (Vilcotln emporte Li malle et Mil)