SCÈNE III
ARAMINTE, FINETTE; LE CHEVALIER, t p«n.
A1AMIHTE.
Wons reverrons Menechme aujourd'hui : quelle joie! Je ne puis demeurer en place , ni chez moi. Pareil empressement doit l'agiter, je croi. Comment me trouves-tu? dis, Finette.
FINETTE
Charmante.
Votre beauté surprend, ravrt , enlève , enchante. Il semble que l'amour, dans ce jour si charmant, Ait pris soin par mes main s de votre ajustement.
ABAKIHTR.
Cette fille toujours eut le goût admirable. (Apercevant le cheviller qui t'approche.) Ah! monsieur, vous voilà! Quel destin favorable, Plus que je n'espérois , presse votre retour ? Et quel dieu près de moi vous ramène ?
LE CHEVALIEB.
L'Amour.
AHAMINTB.
L'Amour ! Le pauvre enfant !
LE CHEVALIEB.
Votre aimable présence Me dédommage bien des chagrins de l'absence. Non, je ne vois que vous qui, sans art, sans secours, Puissiez paroltre ainsi plus jeune tous les jours.
Fi donc, badin ! L'amour quelquefois , quoique ab- A votre souvenir me rendoit-il présente ? [sente, Votre portrait charmant, et qui fait tout mon bien, Que je reçus de vous , quand vous prîtes le mien, Me consoloit un peu d'une absence effroyable : Le mien a-t-il sur vous fait un effet semblable ?
LE CHEVALIEB.
Votre image m'occupe et me suit en tous lieux ; La nuit même ne peut vous cacher à mes yeux. Et cette nuit encor, je rappelle mon songe , (O douce illusion d'un aimable mensonge ! ) Je me suis figuré, dans mon premier sommeil, Etre dans un jardin, au lever du soleil , Que l'aurore vermeille , avec ses doigts de roses , Avoit semé de fleurs nouvellement écloses ; La, sur les bords charmants d'un superbe canal ,
Qui reçoit dans son sein un torrent de existai , Où cent flots écumants, et tombant en cascades, Semblent Être poussés par autant de naïades ; Là, dis-je, «posant sur un lit de roseaux, Je vous vois sur un char sortir du fond des eaux: Vous aviez de Vénus et l'habit et la mine : Cent mille amours poussoient une conque marine , Et les zéphyrs badins, volant de toutes parts , Faisolent au gré des airs flotter des étendards.
FINETTE
Ah ! Ciel r le joli rêve !
AKAMINTE.
Achevée , je vous prie.
LE CHEVALIEB.
Mon âme , à cet aspect , d'étonnement saisie...
Et j'étois la Vénus flottant sur ce canal?
LE CHEVALIEB.
Oui, madame, vous-même, en propre original. L'esprit donc enchanté d'un si noble spectacle , Je me suis avancé près de vous sans obstacle.
AïtAJUKTE.
De grâce, dites-moi, parlant sincèrement. Sous l'habitue Vénus , avois-je l'air charmant, Le port noble et divin?
Le plus divin du monde ; Vous sentiez la déesse une lieue à la ronde. M 'étant donc avancé pour vous donner la main , Le jardin à mes yeux a disparu soudain; Et je me suis trouvé dans une grotte obscure, Que l'art embellissott ainsi que la nature. La, dans un -pie in repos, et couronné de fleurs , Je vo«s persuadois de mes vives douleurs. Vous vous laissiez toucher d'une bonté nouvelle , Et preniez de Vénus la douceur naturelle, Lorsque , par un malheur qui n'a point de pareil. Mon valet, en entraut, a causé mon réveil.
ÀBAHIHTE.
Je suis au désespoir de cette circonstance : Et voilà des valets l'ordinaire imprudence ! Toujours malà propos ils viennent nous trouver.
LE CHEVALIEB.
Mon songe n'est pas fait , et je veux l'achever.
ABAMINTli.
D'accord. Mais je voudrois que, pour vous satisfaire, Votre bonheur toujours ne fut pas en chimère , Et qu'un heureux hymen , entre nous concerté, Put donner à vos feui plus de réalité, [sommes, Mais j'en crains le retour : dans le siècle où nous Le dégoût dans l'hymen est naturel aux bomoies ; Et la possession souvent du premier jour' Leur ote tout le sél et le goût de l'amour.