ROBERTIN , MÉNECHME , DÉMOPHON, ISABELLE, ARAMTNTE, FINETTE
DBMOPHON.
Ah', monsieur Robertin, vous venez justement; Et nous vous attendons avec empressement.
Je vois avec plaisir tonte la compagnie , Dans un jour plein de joie , en ce lieu réunie. Je crois que ma présence ici ne déplaît pas, Surtout à la future : elle a beaucoup d'appas ; Mais un époux bien fait , tel que l'Amour lui donne , Malgré tous ses attraits , manquoit à sa personne : Elle n'a maintenant plus rien à désirer.
MENECHMB.
Si ce n'est d'être veuve, et me voir enterrer : C'est ce qui met le comble an bonheur d'une femme.
ISABELLE
De pareils sentiments n'e nt rent point dans mon Ame.
bobBbtin, * tutelle.
Monsieur ne pense pas aussi ce qu'il vous dit. Votre beauté le charme autant que votre esprit. Je stipule, pour lui, que c'est un honnête homme.
MKNECriME. à Robertin.
Vous vous moquez , monsieur.
BOBBBTIlt.
Et dans lai l'on renomme La franchise du cœur qu'il a par préciput.
MBMECMMS , | ■oberua.
Je voudrais pouvoir être avec vous but à but. C'est vous qui des vertus êtes le protocole; Et pour vous bien louer, je n'ai point de parole.
Puisque , comme je crois , vont êtes tous d'accord , Il nous faut procéder.
ABAMINTF.
Rien ne presse si fort.
A ce bel hymen , moi , s'il vous plaît , je m'oppose; Et j'en ai dans les mains une très-juste cause.
DÉMOPHON
Vous direz vos raisons et vos griefs demain, Ma sœur. Ne laissons pas d'aller notre chemin.
BOBEBTIN.
Voici donc le contrat...
HENSCHKB.
Mais, monsieur le notaire, Avant tout , finissons une certaine affaire Qui, plus que celle-là, me tient sans doute an cœm.
Tout ce qui vous convient est toujours le meilleur. Je n'aurois pas nsé de tant de diligence , Si vous n'étiez venu chez moi me faire instance De vouloir achever le contrat an plus tôt.
KBKBCHKB.
Vous m'avez vu chez vou%?
Oui, n
HÉNBCHME.
Quand?
BOBBBTIlt.
Tantôt...
HBNBCHHB.
Qui? moi? moi?...
BOBEBTIH.
Vous ; oui , vous. Au logis où j'habite , Vous m'avez fait l'honneur de me rendre visite : Mais je l'ai bien payé. Soixante nulle écos N'ont pas rendu vos pas ni vos soins superflus.
OEUVRES DE REGNARD
MÉNF.CHftTE.
Entendons-nous un peu. Que voulez-vous donc dire?
Voua vous divertissez , vous avez de quoi rire.
Je ne ris nullement , et me fâche à la fin.
Ne vous nommez- vous pas, s'iUvous platt, Robert in?
-BOBEBTIN.
Oui, l'on me nomme ainsi.
MENECHME.
N'étes-vous pas notaire?
EOBEBTIN,
Et , do plus , honnête homme.
MÉNECHMB.
Oh! c'est une autre affaire.
N'aviez-vous pas chez vous soixante mille écus A moi?
BOBEBTTN.
Je les avois ; mais je ne les ai plus.
MENECHME.
Comment donc ?
BOBEHTIR.
IN" 'es t-ce pas Ménechme qu'on vous nomme ?
Sans doute.
BOBEBIIH.
C'est à vous que j'ai remis la somme, En bon argent comptant , ou billets au porteur , Dont j'ai votre quittance ; et c'est la le meilleur.
MBSECHMR.
Quoi ! monsieur, vous auriez le front et l 'insolence...
Quoi! monsieur, vous auriez l'audace et l'impu* uéhechme. (dence...
De dire que j'ai pris soixante mille écus ?
BOBEKTin.
De nier hardiment de les avoir reçus?
MBHECHME,
Voilà , je le confesse , un homme abominable.
BOBIBTIN.
Voilà, je vous l'avoue, un fourbe détestable.
DÉMOPHON, M mettant entre dirai.
Hé 1 messieurs , doucement ; je suis pour vous hon- Et je ne sais ici qui croire de vous deux. [ teui,
ISABELLE
Monsieur pourroit-il bien avoir l'âme assez noire...
ABAMINTE.
Oui, c'est un scélérat , qui du crime fait gloire.
FINETTE
Faites-lui. son procès; et, s'il en est besoin , Je servirai toujours contre lui de témoin.
Ménechme, valentin, démophon, araminte, isabelle, robertïn, finette.
. vàlestin. [buge,
Hé ! qu'est-ce donc, messieurs? Voilà bien du gra-
De notre différend cet homme sera juge ;
Il ne m'a point quitté, je m'en rapporte à lui.
Qu'il parle.
(a Valcntin.)
Ai-je reçu quelque argent aujourd'hui De monsieur que voilà ?
VALENT»*
Sans doute, eu belle espèce.
Soixante mille écus , que votre oncle vous laisse , Vous ont été comptés en argent ou valeur.
MBNECKME, le prenant an roliel
Ah! maudit faux témoin! malheureux imposteur ! Tu peux soutenir...
▼ALXHXIIt.
Oui , je soutiens que la somme A tantôt été mise entre les mains d'un homme Semblable à vous d'habit , de mine, de hauteur , Qui prétend épouser la fille de monsieur ; Il s'appelle Ménechme , il est de Picardie ; Et, si vous le niez, c'est une perfidie. Je lèverai la main de tout ce que j'ai dît.
Vous voyez s'il se peut un plus méchant esprit, Plus noir, plus scélérat. Hélas ! qu'alliez-vous faire? Je vous embarquois la dans une belle affaire !
Je vous prenois, monsieur, pour un homme de Mais je vois à présent que vous ne valez rien, [bien ;
AEA.MINTE.
Après ce qu'il m'a fait, il n'est point d'injustice. De crimes , de noirceurs , dont il ne soit complice.
FINETTE, à Ménechme.
Traître! te voilà donc à ta fin confondu ! Sans autre procédure, il faut qu'il soit pendu.
MÉKECHMB.
Non, je ne pense pas que l'enfer soit capable De vomir sur la terre, en sa rage exécrable , Deshommes, des démons si méchants que vous tous; Et... je ne puis parler , tant je suis en courroux.