LES MENECHMES, ACTE V, SCENE VI
LE CHEVALIER, MÉNECHME , DÉMOPHOS, ARAMINTE, ISABELLE, ROBERTIN, VA- LENTIN, FINETTE.
LB CHEVALIER , i pari.
Ma présence , je crois , est ici nécessaire , Pour découvrir le fond d'un surprenant mystère.
DÉUOPHON, apercevant le chevalier.
Qu'est-ce donc que je vois ? ,
BOBERTIN, apercevant le chevalier.
Quel prodige en ces lieux!
ARAMINTE, apercevant le chevalier.
Quelle aventure, 6 Gel I Dois-je en croire mes yeux ?
PINRTTE, apercevant le chevalier.
Madamejencsais si j'ai le regard trouble,
Si c'est quelque vapeur ; mais enfin je vois double.
MlbiECUME, apercevant le chevalier.
Quel objet se présente , et que me fait-on voir ? C'est mon portrait qui marche , ou bien c'est mon
LE CHEVALIER, a Mcorclime. [miroir.
Pourquoi prendre , monsieur , mon nom et ma figu- Je m'appelle Ménechme, et c'est me faire injure, [re?
MENECHME, k part.
Voilà , sur ma parole , encor quelque fripon !
(m cheviller.) Et de quel droit , monsieur , me volez - Vous mon Je ne m'avise point d'aller prendre le votre, [nom?
LB CHEVALIER
Pour moi, des le berceau, je n'en ai point eu d'autre.
hbubchhb.
Mou père, en son vivant , se fit nommer ainsi.
LE CHEVALIEB.
Le mien, tant qu'il vécut, porta ce nom aussi.
En accouchant de moi l'on vit mourir ma mère.
LB CHEVALIER
La mienne est morte aussi de la même manière.
MÉKBCHMS.
Je suis de Picardie. ..
LB CHBVALIBB.
Et moi pareillement.
MBNBCHMB.
J'avois un certain frère, un mauvais garnement , Et dont, depuis quinze ans, je n'ai nouvelle aucune.
LE CHEVALIEB.
Du mien, depuis ce temps» j'ignore la fortune.
Ce frère, étant jumeau, dans tout me ressembloit.
LB CHEVALIER
Le mien est mon image ; et qui me voit , le voit.
Mais vous qui me parlez , n'étes-vous point ce frè-
LB CHEVALIEB. [ re ?
C'est vous qui l'avez djt : voilà tout le mystère.
MEtlECHME.
Est-il possible? & Ciel!
LE CHEVALIEB.
Que cet embrassement Vous témoigne ma joie et mon ravissement. [contre! Mon frère , est-ce bien vons? quelle heureuse ren- Se peut-il qu'à mes yeux |a fortune vous montre?
MÉNECHME
Mon frère, en vérité... Je m'en réjouis fort : Mais j'avois cependant compté sur votre mort.
FINETTE, i Araminte.
En tout ceci, madame, il n'y va rien du nôtre ; Quoi qu'il puisse arriver , nous aurons l'un ou l'audBmophor. [ tre.
L'incident que je vois, certes, n'est pas eommun.
( a Isabelle. ) Il te faut un époux ; en voilà deux pour un : Choisis le bon pour toi , ma fille , et te contente.
ISABELLE, reconnaissant la marque du chapeau dit cbeTiller.
Puisque vous m'accordez le choix qui se présente , Portée également de l'une et l'autre part ,
{ Elle donne la main an chevalier. ) Je prends monsieur : Il faut en courir le hasard.
ARAMINTE, prenant Ménechme par le bru.
Et moi , je prends monsieur.
MÉNECHME, i Annuité.
Il semble , à vous entendre , Que vous n'ayez ici qu'à vous baisser et prendre.
VALENT IN, prenant Ficelle par le. bras. Puisque chacun ici prend ce qui lui convient, Par droit d'aubaine aussi , Finette m'appartient.
BOBERTtN, prenant la denxtrêrea par le brai. [slruïse Moi, je vous prends tous deux. Je veux que l'on m'in- En quelles mains enfin cette somme est remise. L'un de vous a touché soixante mille écus.
LE CHEVALIER, a HoberUn.
N'en soyez point en peine, et je les ai reçus. C'est moi qui, pour la mienne , ayant pris sa valise, Ai su me prévaloir d'une heureuse méprise. C'est luiqui, pour un legs, vient d'arriver ici : C'est moi qu'on a cru mort, et qui m'en suis saisi: C'est moi qui, dans l'ardeur d'une feinte tendresse,
(ni
A madame autrefois ai fait uue promesse;
Et c'est moi qui, depuis, brûlant des plus beaux feux,
A l'aimable Isabelle ai porté tous mes vœux.
Vous m'avez donc trahi , vous , monsieur le notaire ?
ŒUVRES DE REGNARD
EOBEBIIN.
Je n'ai rien fait de mal dans tonte cette affaire, Et j'ai du testateur suivi l'intention.
H laisse à son neveu cette succession : Monsieur l'est comme vous ; vous n'avez rien a dire.
LE CHBVALIER.
Aux arrêts du destin , mon frère , il faut souscrire. Mais vous aurez bientôt tout lieu d'être content ; Pourvu que, sans éclat, vous vouliez à l'instant, En épousant madame, acquitter ma parole.
MÉNECHME
Comment donc ! voulez-vous que j'épouse une folle?
tm«WTR, an cheviller.
Et de quel droit, monsieur, me faites-vous la loi ? Je vous trouve plaisant de disposer de moi !
LE CHEVALIER, 1 Méuetluae et à Araminte.
Suivez tous deux l'avis d'un homme qui vous aime. Vous vouliez m'épouser, c'est un autre moi-même. Et, pour vous faire voir quelle est mon amitié, De la succession recevez la moitié:
Que trente mille écus facilitent l'affaire.
MENECHMB, embraisani le chevalier.
A ce dernier trait-là je reconnois mon frère.
Ça , ma reine, épousons, malgré notre discord. Nous nous sommes tous deux chanté nouilles à tort , Moi vont nommant friponne , et von m'ippeUnt traître. Nom iMm pw, pour Ion, l'honneur de nom connoltre. Bien d'autres, avant nous, en formant ce lien. S'en sont dit tout autant, et se connoissoient bien.
mum, Moi, quand cène seroitqne pour la ressemblance, Je voudrois l'épouser, sans tant de résistance.
Si je pouvois un jour me résoudre à ce choix , Je le ferois exprès , pour vous punir tous trois. Vous n'avez, je le vois, que mon bien seul en vue; Mais, en me mariant, votre attente est déçue. Oui, je l'épouserai , pour me venger de vous, Lui donner tout mon bien, et vous désoler tous.
MÉNECHHE.
Ce sera très-bien fait.
DBHOPBON , ui chevalier.
Vous, acceptez ma fille, Puisqu'un coup du hasard vous met dans ma famille. Je voulols un Ménechrae : en lui donnant la main , Vous ne changerez rien à mon premier dessein.
LB CHEVALIER
Dans l'excès du bonheur que le destin m'envoie, Mon cœur ne peut suffire à contenir sa joie.
TALEMTIH.
Chacun, Finette, ici songe a se marier; Marions-nous aussi, pour nous désennuyer.
A ne t'en, point mentir, j'en aurais grande envie: Mais je crains...
VALENT! N
Que crains-tu?
FINBTTB.
De faire une folie.
TAUKT1N.
J'en fais une cent fois bien plus grande que toi ; Et je ne laisse pas de te donner ma foi.
Messieurs, j'ai réussi dans l'hymen qui s'apprête ;
De myrte et de laurier je vais" ceindre ma tête:
Mais si je méritois vos applaudissements,
Ce jour mettroit le comble a mes contentements.
FIN DES HENECHHES.