LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
COMÉDIE EN CINQ ACTES, ET EN VERS
UPKÉSBNTÉB, POUB LA PR Bail EUE FUIS, LE LUNDI 9 JASVIER 1708.
AVERTISSEMENT
Cnrc comédie • été représentée , pour ht première bit , le lundi 9 juTfer 1 708. Elle eut un menai complet j et Ttngt rcps-éaeftlaUooa qae l'en en donne de mile dans
Voltaire a dit que qui ne te plafsoit point née Régnent u'étol t pu digne d'admirer Matière ; c'est surtout en Liui- Tim que nous paroi t deroir l'appliquer ce mot : Il n'est point de comédie d'un comique piua gel, et qui justtue mirai ce que disoit de noire aatenr le législateur an Parut**». Qadqn'iiD , croyant lai faire te eoar , traitoit Kegnerd de poêle médiocre : Despresui lui répondit qu'il n'était pu médiocrement plaisant.
Cependeot le comédie da Lioitahi, malgré mm loccèc, a été Ttrement oritlqnée. On a reproché en poète d'avoir ■aercté la décence et let bonnet boom a aoo goût pour la plaisanterie , de n'aioir introduit nr la eeeue une dee peraonnages rioieui , et d'aroir roula faire rire le publia, en mettant «oui aca joui dea friponneries faites pour mériter le dernier mppllce.
La BHBM de cea critiqua att nue lettre lueérée da ru Je nouveau Hercore Imprimé a Trévoux , en février 1T08, page 110. Comme cens lettre contient quelques ebrarvattoua justes , quoique trop aérerea, noua en rapporte* rona ici quelque* traita.
Apre» avoir rendu justice en général an mérite de la pièce et* sou «ftotlhéâml.ranouyoïe passe en revue les rsriurfpaux pereoimagm. Voici ce qu'il dit de Lisette.
■ C'eat une ails d'humour aiaeigale, et qui t*eat mite
■ dopait long-tampa en poMaarlon de dire an vieux Gé-
■ route tontea aca vérités , ou une bonne partie j et cela,
■ arec dm liberté qu'elle peut aTotr héritée de la Toi-
■ nette dn Malade imaginaire on de la Donne dn Tara latte, mai* dm pa* touU-bU avec lea mêmes grâces, i
On convient avec l'anonyme qu'il y a beaucoup de recaembiance entre Lkette et lea deux suivantes de Molière ; maii ou ajoute qu'elle u'ect paa tant au-deato» de ara modèle* qu'on tmidrolt le faire orotroi une la liberté qu'elle prend de donner «on avis sur tout, et le ton de
uiallrease qu'elle f'arroge, convient pariailemebt i la gouvernante d'un viens goutteux , dont elle caropaee tout le domestique , et arec qol elle vlvoit depuis long-lemp* arec beaucoup de faniiliari té. . .
« Pour Criipln ( continue le critique anonyme), valet du c neveu et amanldeclaré delà servante de Gérante, c'est
■ un valet a qui l'on vent donner de l'esprit, el dont ou lait
■ le principal intrigant de toute la pièce. Il est déjà veuf,
• et emploie , le mieux qu'il peut , se» talents et l'eipé-
< rleuce que l'âge lui donne, a seconder l'inclination qoll i a d'être fripon; Il jase beaucoup, promet merveilles,
• H met i tout, et tient le dé dam lea grandi desseins et
■ le* coupa d'importance. •
C'eat effectivement cet intrigant qui est le principal personnage de la pièce, et c'eat a lui qu'on reproche aussi d'être un fripon et un homme sana mesurs- Ce reproche ne devrait pas s'adresser particulièrement I Regnard. De tout tempe les poètes dramatiques oui mis des Intrigant! sur la seine, et ces intrigants sont toujours des fripons.
Si Molière emploie le secourt d'un hitriganlponrlruniner Pourceaugnac et le contraindre de retourner dans sa province , c'eat dans la dernière classe des Fripon* qu'il choisit aonSbriganl . Voici ctvnme 11 le peint lui-même : ■ C'eat un c homme qui, vingt fois en sa vie, pour servir u» amis, a
• généreusement affronté let galères , qui , au péril de ses t brasetdeieaépaulei,Hilniettrenoblementêflnle*aTea*
< lurette* plus difficiles, et qui est exilé de son pays pour
■ ienesaiscombiend'actionaliononihlesqu'ilagéuCreuse-
■ menteatrepritet.iNorine.qulsecoadeSbrigani, est digue d'an pareil collègue. Sbriganl , eu réponda ut au portrai t queuousvenousdecitcr.laiouedouigloireqn'cuea'esiac- > qiiise.Lorsqu'avectaut d'bonnételé(Iui dit-il), voeu pi-
neuacbei rona; lorsque voua flics gat lamment ce taux contrat qui ruina toute une famille ;
■ loraqu'aveo tant de grandeur d'anse, vous sûtes nier le * dépôt qu'on ions avûlt conflé et que d généreusement t ou voua vit prèler voire témoignage à (aire pendre ce*
■ deux personnes qui ne l'avofont paa mérité, i Lisette et Crispio ne août paa plus vioieui que Sbriganl et Nerino.
Regnard a fait d'ailleurs tout ce qu'il » pu pour rendre
ŒUVRE» DE BEGNARD.
on deox personnages odieux ; 11 r ouloll qu'il* fussent plaluots , mais il n'a pu voulu qu'ili passent intéresser. Lisette, gouvernante du viens Gérante, est une fflltl de ■nom suspecte*. Crispin n'Ignore pu qu'elle «vécu *c*n-
dalcusemeut avec son nmltre. Voici l'aveu qu'il en fait; il dit A Ératte , acte IV , Me» TU :
Elle est on peu de It famille.
Voire oncle, si l'on croit le lardon soudaltui, K 'a pas été toujours impotent et goutteux ; Et j 'ni dû lui laisser un peu de subsistance Fmn- l'acquit de sou ime et de nu conscience.
QuaataCrtsplo, qui est sur le point d'épouser Lisette , malgré la connaissance qu'il a de sa mauvaise conduite, c'est un homme t il , n» délkaleMO , et qui compte pour rien les mœurs et II probité.
Bien loin de savoir mauvais gré i Regnard d'avoir ainsi caractérisé ce» déni fourbes , nous croyons qu'il t s de l'art d'avoir rassemblé sur ces déni personnages tout ce qui pouToit les rendre méprisables; c'est le seul moyeu qui puisse excuser l'amusement que donnent leurs friponnerie) , et qui puisse empêcher que leur exemple do séduise.
On ne doit jamais se permettre, dam un drame, de taire faire I un personnage vertueux et intéressant une action honteuse qui démente ses principe*, et afTuiblisse l'intérêt qu'il atoll commencé d'inspirer. Ou n'a pu souffrir dans un drame moderne l'image d'un fils vêtant son père; tandis que, dan* la comédie de l'Avare, Géante traverse le théâtre , suivi do son valet qui emporte le trésor de son père Harpagon. Ces deux actions, qui sont exactement les mêmes, oui néanmoins produit de* efTei* bien différents. La dernière fait rire aux dépens du vieil avare qui reçoit la jusle punition da sa sordide avarice , el l'antre a généralement révolu).
En voila uses pour justifier Bagnard , at ponr répondre A la critique des auteurs du Théâtre fraoçoi». Lisette, disent-ils , est une soubrette d'awei mauvais exemple ; Ils lui passent les bouillons de bouche et postérieurs qu'elle prend soin de donner A Géronte: mais il leur semble qu'une honnête fille o'anroit pat dû ajouter ;
De ma main II les trouve meilleurs :
Aussi . uns me targuer d'une vaine science. J'entends ce métier-11 mieux jut fille ue France.
Une Bile honnête tan* doute ne te teroft pu parmi* un pareil propos. Hais Lisette n'est pas et ne devoil pu être une personne honnête : amante et complice de Crispin , elle devolt être peinte de* même* couleurs.
Par une tnlle de leur premier raisonnement , lu même* auteurs trouvent mauvais que Crispin toit instruit du lardon scandaleux qui attaque la réputation de la soubrette qu'il est sur le point d'épouser. C'est, disent-Us, le propre d'un homme dépourvu de délicatesse.
Non* répétons encore que le poêle auroit manqué son but , s'il eût rendu Crispin susceptible de quelque espèce d'honneur que ce toit. Aussi, non coulent de loi faire épouser de sang-froid nne coquette. Il le peint encore comme un homme accoutumé à supporter dé pareils affronts, et qui le* compte même ponr si peu, qu'il *e permet
d'en rallier. Voici commentil parle di
et ce qui met le-comble i son effronterie , c'est a Lisette ,
qu'il doit épouser , qui! tient ee discours ;
Ha premier* femme était assex gentille; ' Ene Bretonne vive, et coquette surtout, Qu'Kriste, que je sers, trouvott fort de son goût. Je Crois, comme toujours II lut ilmédes daines, Que nous poumons bien être alliés par les femmes ; SI de monsieur Géronte il s'en rtudruit bien peu Que par 11 Je ne fusse un arrière-neveu.
Un troisième personnage , sur lequel s'exerce la critique de r»nooyme, est l'apothicaire CUstorel. r Le dernier c de tons les personnages, dit-il, du du moins celui que ja > mets le dernier, parce qu'il est le plus innlile,... est un
* M. Clfttorel, dont le nom seul vous 1er» aisément devi-
■ ner la profession. C'est un apothicaire, révérence usar-
■ 1er, mais un «pothicaire renforcé, qui est tout A la foi* a et l'apothicaire et te médecin el le chirurgien du vieila lard. Quoiqu'il renferme en lui seul tous cet trois degré* s do la Faculté , 11 n'es est pu pour cela d'an plu grand
* volume, et on en fait un petit homme conlrefsit,* peu" s pria de 1» taille et de la figure du diable boiteux : je ne
ne voit pu que lu apothicaires que les entres hommes : mais il ne a faut pu chicaner la-dessus. Connue c'est nne espèce de a personne épisodique , et qui sert si peu* la pièce, que
■ quand elle n'y seroil pas, cale n'en serait pu moins a complète, on* pu, en cette qualité, le bâtir comme a on a roulu. On prétend qu'il faut de eu sortes d'objets c an parterre... Ponr von* dire vrai, j'aurais mauvaise a idée de son goût, si un nom tiré de la seringue, etana fret gentillesses de cette nature , lui faisoient grand plati sir A entendre. Molière a mis en jeu les apothicaires, a mai* Il l'a Ut i propos, et par 11 il a plu. C'est nue cefaose A quoi ceux qui travaillent pour le théâtre ne font
■ pas assex d'attention : parce qu'un médecin , un apolhia cuire , ont réuni sur lé théâtre , ils croient qu'il n'y a
* qu'A y maître du médecins et du apothicaire* ; et ils
■ ne songent pas que eu personnages ont réussi , non pu
■ parce que c'étaient des médecins et du apothicaires, a niais parcequeeeim&lccinxetapomkairesétoient dans « leur place et parioienl * propos. •
Voll* nne sortie bien longue contre une caricature épisodique que le poète a insérée dan* sa pièce , uns antre dessein que celui de faire rire , dessein qui lui a parfaitement réussi. On ne peut disconvenir que ce personnage soit inuiile; on avoue avec le* critiques que son rûlea beaucoup de ressemblance arec celui de Purgon dans U Malade imaginaire; mail il n'est nullement frai que ce personnage suit déplacé el qu'il fasse lort A la pièce.
La petitesse de a taille n'est pu aussi Indifférente qu'on se l'Imagine; elle donne An mutinerie, A sa colère, A m orgueil, nn caractère de ridicule original et îles plu puisant* : c'est le Rngotin do fioman comique , qui vsndrolt beaucoup moins , s'il étoit d'une taille et d'une slructnrn ordinaires. Quant A ton nom , H est tiré de ta profusion, ainsi que cous de* Porgon et du Dlsfoirus.
Non que nous approuvions l'usage oh sont lu cou*- .iieotde jowrcoroleen uwrcluuitsiir les genoux , ou de
AVERTISSEMENT SDR LE LEGATAIRE UNIVERSEL.
En esl-ll moins au goût du spectateur ?
Je le soutiens, et ne suis point (lalteur, De notre ■cène 11 «il l'ut enchanteur.
Il y (ail rire , il badine avec grlce ,
r par an entait : ce* charges trop ooMa ne Ignet que des tréteau de* foires, la traitemblanoe m goût en tout également choqués.
■ n'entendons pu ce que l'anonyme veut dire en i ce personnage de n'être point placé I pro- II entend qn'il est purement épisodfque et que la xrroit te passer de sa présence, non* sommet de i. S'il prétend qne a'eat nn personnage déplacé, n ne motive l'apparition et qui choque la vr*i-
i» croyant qn'il te trompe.
al «t le médecin et l'apoibicaire de Gérante j eo
Si II loi rend se* soins. Il apprend que ce vieux
s toage I ee marier, et qu'il a pria ce parti tant
1 ; ta bile du petit Esculape s'échauffe ; 11 écart
ton BMlade le quereller comme il content, et lepo-
jir de sa fatie eo loi annonçant qu'il l'abandonne. Cette
«eue, Briquée peut-être sur celle de Porgou du Malade
maginairt. n'eit ni pi m déplacée, ni plu» dénuée de
Lee deux scènes
•Oriiqut
t lesquelles Crtapln
praud let noms el les .et de U nièce da Haine , pour Indisposer le vieillard contre cet deux parenti , et l'empêcher de leur laisser à chacun niie somme de vingt mille livret, sont, comme l'obaerre l'anonyme , imitées des inciennes •cène» Italienne*. On doit contenir arec lea criliquei qne cette nue eat d'une Intention ancienne , et qne c'ett on stratagème usé an théâtre. Hait «i Bagnard n'a pat le foible mérite d'atoir Imaginé ce* tcènei , il a celui de le* atoir snpérfenrement traitée», d'y atoir répandu ce comique, relie gaieté, qui lui étoiool propree, et qni en ont fait loul le anceea.
Le succès de cet aorte* de «ton, dont l'effet est toujours air an théâtre , dépend absolument de la manière dont elle» tout mise* en osurre. C'ett ainsi que , postérieurement * Régnant , Le Saga a iu plaire dans Criipin, rivol de Km maître, eo employant une scène imitée d'un ancien canevas italien , mais a laquelle il a ni donner font le charme de la nouveauté.
Onaprétendaqueleiujetdu Légataire iMivtrttl était tiré d'un bit arrivé du temps de Kegnard. nous n'avons paadeconnoitaancedecefait Quoiqu'il en soit, l'auteur en a tiré le plut grand parli , et en a composé nue pièce qui mérite une place distinguée dans notre IMatre.
L'auteur de la lettre critique dont nous atout cité plusieurs trait», a prétendu nue le jeu des acteurs atoit beaucoup contribué an succès de la pièce, et qu'elle perdroit i la lectnre. Se prédiction ne s'est pas vérihée ; et c'ett t ce critique que Palaprat aojjewa le rondeau suivant :