SCÈNE VI
GÉRONTE, ÉRASTE, LISETTE, LE LAQUAIS de Gérante.
Voyez comme je prends paaniptement mon parti I De l'hymen tout d'un coup me voilà départi.
LISETTE
I) faut chanter, monsieur, votre nom par la ville. Voilà ce qui s'appelle une action virile.
tum.
C'étoit témérité , dans l'âge ou vous voilà ,
, fie*r«ux, goutteux, et pis que tout cela,
De prendre femme , et faire , en un jour si célèbre , Du flambeau de l'hymen une torche funèbre.
GÉBONTB.
Hais tu louois tantôt mon dessein et mes feux.
BBASTB.
Tantôt vous faisiez bien , et maintenant bien mieux.
GÉBOHTE.
Puisque je suis tranquille, et qu'un conseil plus sage Me guérit des vapeurs d'amour, de mariage , Je veux mettre ordre au bien que j'ai reçu du Ciel , Et faire en ta faveur nn legs universel, Far un bon testament.
BBASTB.
' Ah!monsieur,jevousprie, Epargnez cette idée à mon âme attendrie : Je ne puis, sans soupir, vous ouïr prononcer Le mot de testament; il semble m'annonoer, Avant qu'il soit long-temps , le sort qui doit le sui- Et le malheur auquel je ne pourrai survivre: [vre, Je frémis , quand je pense à ce moment cruel.
GÉBONTB.
Tant mieux; c'est un effet de ton bon naturel. Je veux donc te nommer mon légataire unique. J'ai deux parents encor pour qui le sang s'explique : L'un est flls de mon frère, et tu sais bien son nom. Gentilhomme normand, assez gueux, ce dit-on; Et l'autre est une veuve avec peu de richesse, La fille de ma sœur, par conséquent ma nièce ', * Qui jadis dans le Maine épousa , quoique vieux , Certain baron qui n'eut pour bien que ses aïeux. Je veux donc, en faveur dé l'amitié sincère Qu'autrefois je portois à leur père, à leur mère , Leur laisser à chacun vingt mille écus comptant.
LISETTE
Vingt mille écus I Le legs seroît exorbitant. Un neveu bas-normand, une nièce du Maine, Pour acheter chez eux des procès par douzaine , Jouiront , pour plaider, d'un bien comme cela I Fi I c'est trop des trois quarts pour ces deux cancreagb bonté, [là.
Je ne les vis jamais; ce que je puis voua dire. C'est qu'ils se sont tous deux avisés de m'écrire Qu'ils vouloient à Paris venir dans peu de temps, Pour me voir, m'embrasser, et retourner contents. Je crois que tu n'es pas fâché que je leur laisse De quoi vivre à leur aise, et soutenir noblesse.
N'étes-vous pas , monsieur, maître de votre bien ?
OEUVRES DE REGNARD
Tout ce que vous ferez , je, le trouverai bien.
L1SETTB.
Et moi , je trouve mol cette dernière clause , Et de tout moD pouvoir à ce legs je m'oppose. Mais vous ne songez pas que le laquais attend.
GÊBOHTB.
Je vais l'expédier, et reviens à l'instant.
LISETTE
Ave/- vous oublié qu'une paralysie
S'est de votre bras droit depuis un mois saisie ,
Et que vous ne sauriez écrire ni signer ?
Il est vrai : mon neveu viendra m'accompagn er ; Et je vais lui dicter une lettre d'un style Qui de madame Argante échauffera ■ la bile ; J'en suis bien assuré. Viens, Éraete; suis-moi.
ÉBASTE.
Vous obéir, monsieur, est ma suprême loi.