‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 41 sur 1244 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

M. GRIFON, MARINE.

M. 6F.IFOH.

Tu dis donc , Marine , que tu viens de la part de Léouor.

uim

Oui , monsieur, pour vous faire des excuses de ce qui s'est passé à votre entrevue.

H. GIUFON.

Elle revient à elle, j'en suis bien aise.

MAHISB.

Elle est au désespoir de n'avoir pu se contraindre devant madame sa mère unais elle dit qu'elle vous hait trop pour se faire la moindre violence.

M. GBIFOH.

Voilà un fort sot compliment. Je n'ai que faire de ces excuses-là.

MABItVB.

Elle sait trop bien vivre pour manquer à la civilité. Elle m'a aussi chargée de vous prier de ue point presser madame sa mère sur votre mariage , et de lui donner du temps pour s'accoutumer à une figure aussi extraordinaire que la vôtre.

M. QBIFOn.

Vous êtes une impertinente, ma mie; et je ne sais...

HABINB.

Je vous demande pardon , monsieur ; je vous respecte trop pour vous rien dire de mon chef qui vous déplaise. Ce sont les sentiments de ma maîtresse que je vous explique le plus clairemeut et le plus succinctement qu'il m'est possible.

M. GBIFOH.

Je ne veux point savoir ses sentiments, tant qu'elle en aura d'aussi ridicules.

HABINB.

Il ne tiendra pas à moi qu'elle ne change; et, quelque aversion qu'elle ait pour vous , elle ne laissera pas de vous épouser si elle m'en veut croire. Vous n'avez que votre Age , votre air et votre visage contre vous : dans le fond , je gagerais que vous avez les meilleures manières du monde.

h. gbifok, 1 part Voilà une insolente qui , à mon nez, me vient chanter pouille.

MABIKS.

Cest votre physionomie lugubre qui l'a d'abord effarouchée : elle en reviendra peut-être, et vous aimera à la 'folie; que sait-on? Voue ne seriez pas le premier magot qui aurait épousé une jolie fille.

H. GBIFON. 1 part.

Malgré tout ce qu'elle me dit, je ne veux point me fâcher ; elle peut me rendre service. ( moi. ) Tu me parois d'agréable humeur.

HABIIO.

Je suis assez franche, comme vous voyez.

H. GBIFOH.

C'est ce qui ■ me semble. Je' veux être de tes amis; et , si le mariage se fait, ne te mets pas en peine. Dis-mot un peu , en confidence , quelle sorte de caractère est-ce que Léonor, et que faudrait-il que je fisse pour lui plaire?

Vous n'avez qu'à mourir, monsieur; c'est le plus grand plaisir que vous lui puissiez faire,

Ce n'est pas là ce que je te demande. De quelle humeur est-elle ?

MARINE

Ah ! de l'humeur du monde la plus douce. Je ne lui connois qu'un petit défaut.

H. GBIFON.

Quel est-il?

MABIRB.

Cest, monsieur, que, quand elle s'est mis quelque chose en tête, et qu'on s'avise delà contredire, elle crie, elle peste, elle jure, elle bat, elle mord, elle égr aligne , elle estropie même en cas de besoin ; mais , dans le fond , c'est une bonne enfant.

H. GBIFOH.

Voilà une humeur bien douce vraiment) Et avec cela n'a-t-elle point quelque passion dominante?

MABINB.

Non , monsieur, rien ne la domine. Elle a du goût pour toutes les belles manières; elle vend, pour jouer, tout ce qu'elle a ; elle mfsrses nippes en gage pour aller à l'opéra et à la comédie , elle ■ court le bal sept fois la semaine seulement; elle fesse son vin de Champagne à merveille, et sur la fin du repas elle devient fort tendre.

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