ÉRASTE , CRISPIN , LISETTE
LISETTE
Ah ! monsieur, apprenez un accident terrible ; Monsieur Geronte est mort.
ÉBASTB.
Ah! Ciel! est-il possible?
CBISFIIf. i
Quoi! l'oncle de monsieur seroit défunt ?
LISETTE
Hélas! [bas.
II ne vaut guère mieux, tant le pauvre homme est Arrivant dans sa chambre et se tramant a peine , Il s'est mis sur son lit sans force et sans haleine \ Et , roidissant les bras , la suffocation A tout d'un coup coupé la respiration ; Enfin il est tombé , malgré mon assistance, Saus voix, sans sentiment, sans pouls , sans conéhaste. [nois sauce.
Je suis au désespoir. C'est ce dernier transport
>TMu redEfcMOrighute.oM acte n'eu dhfeé qu'en buU
Où tu l'as mis, Crispin , qui causera sa mort.
CBISPIN.
Moi , monsieur !De sa mort je ne suis point la cause ; Et le défunt , tout franc, a fort mal pris la chose. Pourquoi se saisit-il si fort pour des discours? J'en voulois à son bien , et non pas à ses jours.
. KBASTE.
Ne désespérons point encore de sa vie; II tombe assez «auvent dans une léthargie Qui ressemble au «répaft , et nous alarme fort.
WSKTTK.
Ah 1 monsieur, pour le coup , il est à moitié mort ; Et moi , qui m'y connois,jedis qu'il faut qu'il meure , Et qu'il ne peut jamais aller encore une heure.
ÉBASTB.
Ah ! juste Ciel ! Crispin, quel triste événement I Mon oncle mourra donc sans faire un testament; Et je serai frustré , par cette mort cruelle'. De l'espoir d'obtenir la charmante Isabelle ! Fortune, je sens' bien l'effet de ton courroux 1
LISETTE
C'est à moi de pleurer, et je perds plus que vous.
CBISPIR.
Allons, mes cbers enfants, il faut agir de tête, Et présenter un front digne de la tempête : Il n'est pas temps ici de répandre des pleurs; Faisons voir un courage au-dessus des malheurs.
ÉBASTB.
Que nous sert le courage, et que pouvons-nous chupik. [faire?
Il faut premièrement, d'une ardeur salutaire, Courir au coffre-fort , sonder les cabinets , Démeubler la maison , s'emparer des effets. Lisette , quelque temps tiens la bouche cousue , Si tu peux : va fermer la porte de la rue; Empare-toi des clefs , de peur d'invasion.
LISETTE
Personne n'entrera sans ma permission.
CBispin.
Que l'ardeur du butin et d'un riche pillage N'emporte pas trop loin votre bouillant courage; Surtout, dans l'action, gardons le jugement. Le sort conspire en vain contre le testament : Plutôt que tant de bien passe en des mains profanes. De Geronte défunt j'évoquerai les mAnes ; Et vous aurez pour vous , malgré les envieux. Et Lisette , et Crispin , et l'enfer, et les dieux.
OEUVRES DE REGNARD