SCENE PREMIERE
ÉRASTE, CRISPIN
IÏhaste, tenant le portefeuille de Gérant*. Ah I mon panne Crispin , je perds toute espérance. Mon oncle ne saurait reprendre comioissanee : L'art et les médecins sont ici superflus ; Le pauvre homme n'a pas à vivre une heure au plus. Le legs universel qu'il prétendoit me faire, Comme tu vois, Crispin, 11e m'enrichira guère.
CBISP1N.
Lisette et moi, monsieur, pour finir nos projets, Nous comptions bien aussi sur quelque petit legs.
taoiqu'un crue) destin , à nos désirs contraire , puise contre nous les traits de sa colère, Nos soins ne seront pas infructueux et vains; Quarante mille écus que je tiens dans mes mains , Triste et fatal débris d'un malheureux naufrage , Seront mis , si je veux , à l'abri de l'orage. Voilà tous bons billets que j'ai trouvés sur lui.
CRISPIN , voulant prendre les billet».
Souffrez que je partage avec vous votre ennui. Ce petit lénitif , en attendant le reste , Pourra nous consoler d'un coup aussi funeste.
ERASTE
H est vrai, cher Crispin ; mais enfin tu sais bien Que cela ne fait pas presque le quart du bien Qu'en la succession mes soins pou voient prétendre , Et que le testament me doonoit lieu d'attendre : Des maisons à Paris, des terres, des contrats, Offraient bien à mon cœur de plus charmants appas. Non que l'ardeur du gain et la soif des richesses. Me fissent ressentir leurs indignes foiblesses ; C'est d'un plus noble feu dont mon cœur est épris. Je devois épouser Isabelle à ce prix : Ce n'est qu'avec ce bien , qu'avec ces avantages , Que je puis de sa mère obtenir les suffrages : Faute de testament , je perds , et pour toujours , Un bien dont dépendait le bonheur de mes jours.
J'entre dans vos raisons ; elles sont très- plausibles : Mais ce sont de ces coups imprévus et terribles, Dont tout l'esprit humain demeure confondu, Et qui mettent à bout la plus mâle vertu. Pour marquer au vieillard sa dernière demeure, Omort, tu devois bien attendre encore une heure; Tu nous aurais tous mis dans un parfait repos , Et le tout se serait passé bien à propos.
BH4STB.
Faudra- t-il qu'an espoir fondé sur la Justice En stériles regrets passe et s'évanouisse? Ne saurais-tu, Crispin, parer ce coup fatal, Et trouver promptement un remède à mon mal ? Tantôt tu méditois un héroïque ouvrage : [courage. C'est dans les grands dangers qu'on voit un grand
CBISPIN.
Oui , je croyois tantôt réparer cet échec ; Mais à présent j'échoue, et je demeure à sec. Un autre, eu pareil cas, serait aussi stérile. S'il falloit, par hasard , d'un coup de main habile, Soustraire, escamoter sans bruit un testament Ou vous seriez traité peu favorablement, Peut-être je pourrais , par quelque coup d'adresse , Exercer mon talent et montrer ma prouesse : Mais en faire trouver alors qu'il n'en est point , Le diable avec sa elique , et réduit à ce point , Fort inutilement s'y casserait Is tête; Et cependant , monsieur, le diable n'est pas bête.