ZÉNOBIE, THÉONE
Enfin nous la voyons cette grande journée
Qui de tout l'Orient règle la destinée ;
Nous la voyons, Théone , et nos bras désarmés
Rougissent sous les fers dont ils sont opprimés.
Nos honneurs sont détruits : cette grandeur supré-
Ces armes, ces soldats, ces rois, ce diadème, [me,
Cet éclat triomphant qui brilloit dans ma cour,
Tout s'est évanoui dans l'espace d'un jour.
Ton âme, en ce montent, d'étonnement saisie,
Reconnott-etle encor la Hère Zénobie,
Qui , vengeant un époux et deux fils par ses mains,
Fit pâlir le sénat , et frémir les Romains ;
Et , faisant de leur camp un champ de funérailles,
Les fit souvent pleurer du 'gain de leurs batailles ?
TédUondeini.
| HélaS ! ce temps n'est plus, Théone; et nos malheurs L'emportent, en un jour, sur toutes nos grandeurs. Il ne me reste rien de ma gloire passée Que le dur souvenir d'une pompe effacée ; Et cet amer retour, ce revers que je sens , De mes honneurs passés me fait des maux présents.
THÉ OHE.
En quelque état , madame, où le sort vous entraîne. Vous portez en tous lieux l'auguste nom de reine : On respecte toujours le mérite abattu ; Le malheur sert en vous de lustre à la vertu. Fille et veuve de rois...
lÉSOBIE.
Et c'est ce qui m'outrage :
A ces titres pompeux tu vois croître ma rage ; Je sens des mouvements de haine et de fureur Qui me rendent mon rang et le jour en horreur. Je pour rois , écoutant ùu transport légitime , M'arracher aux horreurs dont je suis la victime. On n'est point malheureux, lorsque l'on peut mou- II est mille chemins que je pourrais m'ouvrir; [rir.
(Elle montre un poignard caché aoua ta robe.) Ce fer toujours caché , le seul bien qui me reste , En tout temps , en tout lieu, m'offre un secours fu- Et je puis, insultant le sort et ses revers, [neste; Dérober aux Romains la gloire de mes fers. Hais, hélas! tu le sais, je suis mère; et ma fille, Débris infortuné d'une triste famille , M'attache encore au jour par des nœuds que le sang Et l'amour paternel ont formés dans mon flanc. Ismène , quel que soit l'excès de sa misère , Ismène encor peut-être a besoin de sa mère; Et pour survivre aux maux que l'on me voit souffrir Il faut plus de vertu cent fois que pour mourir. Que te dirai-je enfin F l'ardeur de la vengeance Entretient les lueurs d'une foible espérance. Le généreux Zabas aux Ronau* ni échappé , Dans nos communs malheurs Sapor enveloppé ,