‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 493 sur 1244 · SAPOR, ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

SAPOR, ACTE I, SCENE II

Toot flatte les transports de mon âme inquiète. La Perse va bientôt, apprenant ma défaite. Pour arracher son prince à d'odieuses mains , De soldats aguerris couvrir les champs romains. Tu sais bien que Sapor, digne sangd'Artaxe'rce, Est second fils du «» «F» règne dans la Perse; Que son père voulut, pour cimenter la pais. Avec les nœuds du sang nous unir à jamais, Afin que , plus a craindre en rassemblant nos haines, Nous n'eussions d'ennemis que les aigles romaines. Il proposa d'unir ma fille avec son fils : Ma gloire le vouloit , l'état y consentit ■ ; Et, destinant dès-lors un héritier au trône, Je promis à Sapor ma fille et ma couronne : Je l'adoptai pour fils; et le roi, dès ce jour, Envoya, jeune encor, ce prince dans ma cour. Nourri depuis ce temps dans le métier des armes. Il voit à tout moment croître Ismèneet ses charmes; Et ce jeune guerrier, charmé de ses appas, A fait naître l'amour au milieu des combats. Je vis avec plaisir cette naissante flamme , Qui, confirmant mon choix, s'emparoit de leor âme; Et je devois bientôt , par un hymen heureux , Affermir mon empire et couronner leurs feus : Mais du Ciel irrité la suprême puissance De ces cœurs amoureux détruit l'intelligence; Sapor voit sans espoir enchaîner dans ce jour Son bras par la victoire, et son cosur par l'amour.

THÉOME.

Madame , espérez tout d'un retour favorable; Le destin , quel qu'il soit , ne peut être durable : De cette même main qui verse les malheurs , Le Ciel, quand il lui plaît, vient essuyer les pleurs; A vos plaintes enfin il faudra qu'il se rende : Attendez tout de lui.

ZEEIOBIB.

Que veux-tu que j'attende De ces injustes dieux de la vertu jaloux , - Qui n'ont pu préserver mes fils ni mon époux, Et qui , m' abandonnant en prenant leur défense , N'ont pas justifie l'ardeur de ma vengeance? Que veux-tu que j'attendeîhélas! parle, dis-moi, Ne suis-je pas plus prompte à me flatter que toi? J'irai ( voilà le sort où je suis destinée ) , Tirai, traînant ma honte, à ce char enchaînée, Au milieu des faisceaux, parmi les étendards , De l'orgueil!*» Romain rassembler les regards 1 Spectacle d'infamie, esclave confondue , Des rayons du soleil je soutiendrai la vue! J'entends déjà les cris d'un peuple injurieux , Qui va m'anéantir de la voix et des yeux. • Est-ce lu , dira-t-il , la fière Zénobie ,

« Qui devait sous ses lois tenir Rome asservie ? « Voilà par quel triomphe elle vient se venger,. » Et les fers qu'aux Romains eVIe a voit fait forger. » Et, tandis que mon cœur dans les douleurs se noie, Je me verrai l'objet de la publique joie! Ses vainqueurs insultée, aux vaincus en horreur, Sur moi tout l'univers confondra sa fureur ! Ah ! j'en frémis déjà; ma vertu terrassée Succombe sous le poids d'une telle pensée. Non , je ne verrai point ces détestables jours : Que plutôt... Mais rompons d'inutiles discours : Ecoutons des transports dignes de mon courage;. Mettons le fer, le feu, le poison en usage, D'autres moyens encor. Toi , sans perdre de temps , Va, coursàSabinus, dis-lui que je l'attends.

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