AURÉLIEN
Cher ami, ce grand jour éclairera ma honte; Et, parmi tant de rois, jecrains qu'on ne mécompte.
SABINUS
Seigneur, que craignez- vous? quelle vaine terreur Vous dérobe à vous-même , et saisit votre cœur? Depuis que l'Orient est joint à votre empire, Est-il quelque conquête où votre bras aspire? Le soleil, trop content d'éclairer vos états, Ne s'y lasse jamais , etjie s'y couche pas : Vous commande?. , seigneur, du couchant à l'aurore, Le Scythe vous révère , aussi bien que le Maure : Le Tage avec le Rhin s'incline devant vous , Et d'un juste tribut honore vos genoux. D'oùnalt dans votre cœur l'ennui qui vous traverse? De quelques mouvements soupçonnez- vous la Per- Et , tenant dans vos fers Zénobie et Sapor, [se? Est-il quelque ennemi que vous craigniez eocor?
AUBÉLIEK. ■
Non, non, je ne crains plus d'ennemis que moi-mè- Cher Sahinus, enfin, te le dirai-je? j'aime, [me:
SABINUS
Vous aimez! vous, seigneur, à l'Amour immolé!
Jamais de plus de feux un cceur ne fut brûlé; Et jamais empereur, suivi de la victoire, Ne se vit plus à plaindre au comble de la gloire. Pour garantir mon cœur d'un funeste poison , J'appelle à.mon secours ma fierté, ma raison, J'oppose à mon amour mon rang et ma naissance, Le sénat , la vertu , vingt ans d'indifférence : Hélas! tout me trahit et me quitte en un jour; Fierté, raison, vertu, tout me livre à l'amour.