SAPOR, ACTE II, SCENE II
Oui, je te l'avouerai, Repais cette journée ■ Que le Ciel par malheur rendit trop fortunée , Où ton bras triomphant ramena dans ces lieux Une princesse, hélas! trop charmante âmes yeux; Je ne me commis plus , ma grandeur m'importune ; Je condamne les dieux , j'accuse la fortune ; J'erre dans ce palais, inquiet, incertain;' Je fuis , mais vainement : j'ai le trait dans le sein. A tout moment , l'objet dont mon âme est blessée Est présent à mes yeux , et flatte ma pensée ; En vain de cet objet je tâche à m'ecarter ; Je veux me fuir moi-même , et ne puis m 'éviter. Que ne la laissais-tu , la princesse orgueilleuse , . Porter aux ennemis sa beauté dangereuse ? Pourquoi l'arrêtais- tu sur le point d'échapper ? Pour me servir, hélas 1 n'osots-tu me tromper r* Ne présumois-tu pas , en voyant tant de charmes , Que la victoire un jour me coûterait des larmes ? Et ton bras'pouvoit-il , la mettant dans mes mains. Jamais faire un présent plus funeste aux Romains ?
sabinus.
Dieux! qu'est-ce que j'entends ? quelle foudre im- Hon flmeà ce revers s'étoit-elle attendue ? [prévue! Quoi! sur une captive attachant vos regards, Vous pourriez démentir la fierté des Césars !
AURKLIEH.
Ah 1 cruel , qu'as-tu fait?
Ce que je devois faire , Ce qu'au bien de l'état il étoit nécessaire; Et l'Orient, soumis à vos lois pour jamais, Assure à tout l'empire une éternelle paix.
At'BBIJEH.
Et que m'importe, hélas! du repos de la terre? Que me sert d'étouffer le flambeau de la guerre , Si j'allume en mon sein des feux plus violents, Et dérobe à mon cœur le repos que je sens ? Tout l'Orient conquis, l'Afrique avec l'Asie, Ne me rendront jamais ma liberté ravie ; Et l'univers entier est pour un empereur Trop cher, quand il le doit acheter de son cœur. J'aime cependant, j'aime; et, malgré moi, mon âme Est en proie aux fureurs de sa nouvelle flamme : Ce feu trop retenu ne peut plus se celer ; Et je ne puis , enfin , et me taire et briller. Rome, dans ce moment, et l'armée, attentives, Attendent quel sera le destin des captives ; Ce jour le prescrira : je destine au soleil D'un sacrifice heureux le pompeux appareil. J'attends tout de tes soins; va, que le camp s'ap- A célébrer l'éclat d'une si grande fête. [prête
Pour rendre à l'univers ce jour encor plus beau , L'hymen en ma faveur brûlera son flambeau. Ismène, dans ces lieux par mon ordre conduite, Vabientot de son sort par ma bouche être instruite; Je l'attends. Mais on vient. Ha gloire et mon amour Se reposent sur toi de l'éclat de ce jour.