SCÈNE II
AURÉLIEN, FTAMIN.
AUHÉLIKN.
Eh bien 1 Fîrmin , eh bien ! verrai-je la princesse P Viendra-t-elle en ces lieux ?
mmit.
Seigneur , elle s'empresse A remplir vos désirs, et bientôt , sur mes pas, Ismène à vos regards Tiendra s'offrir.
AUBBLIEH.
Hélas!
munit - Vous soupirez, seigneur ; et votre Ame abattue Semble , dans ce moment , redouter cette rue. Vous tremblez !
AUBÉLIEN.
Je rougis du trouble où tu me vois.
Toute ma fierté cède au feu que je conçois ; Et l'amour, me forçant a rompre le silence, Par ce honteux aveu commence sa vengeance. Fîrmin , je fais venir Ismène dans ces lieux Pour soumettre mon cœur au pouvoir de ses yeux, Lui dire qu'un hymen à mes jours nécessaire Doit nous joindre aujourd'hui.
PIBMIN.
Seigneur , qu'allex-rous faire?
Vous Bavez quel ' empire est commis à vos soins.
AUBXXJMJ.
Je serais plus heureux, si je le savois moins.
raton.
Je tremble des malheur s que le Ciel vous apprête : A combien de fureurs offrez-vous votre tête ! Je vois déjà, seigneur , vos chefs et vos soldats, D'un prétexte apparent couvrant leurs attentats , Et se nommant tout haut vengeurs de la patrie , Obéir en secret à leur propre furie.
La haine des Romains, ardents à se venger , Ne souffre point au trône aucun sang étranger : Cent massacres fameux en ont teint notre histoire. Vous aurez beau, seigneur , opposer votre gloire , Des moissons de lauriers, votre rang, vos Yertus,
H etl celle de <750.
OEUVRES DE REGNARD
Des rois chargés de fers , des tyrans abattus : [ dre. En vain de ces remparts vous voudrez vous défen- Quand la liberté parle , on ne veut rien entendre. Le Romain , attentif à ses premiers destins , Ne verra plus en vous que le sang des Tarqui us ; Et , cet affront rendant ses fureurs légitimes , De toutes vos vertus il vous fera des crimes.
Ainsi que toi , Firmin , je prévois les malheurs Où d'un aveugle amour m'exposent les erreurs : Mais je verrais la foudre à partir toute prête S'allumer dans les cieux et menacer ma tête, La. foudre et ses éclats ne pourraient m'alarmer : Le sort en est jeté , j'aime et je veux aimer. Que le sénat , jaloux de cet hymen , murmure, Qu'il arme l'univers pour venger cette injure; Contre tout l'univers je soutiendrai mes droits , Et saurai me soustraire au caprice des lois : Je maintiendrai sans lui l'honneur du diadème; On me l'a confié, j'en rends compte à moi-même : Qu'on se rapporte à moi ; la gloire des Romains Ne peut être remise en de meilleures mains. Depuis que j'ai reçu les rênes de l'empire , Aux lois de mon devoir j'ai pris soin de souscrire, Et dans ce dur chemin où j'ai su m'avance r, Ce n'est pas s'égarer que de s'y détasser.
FJBMÏN.
Oui, seigneur, jamais Rome, en un jour de victoire, De traits plus glorieux ne marqua sou histoire ; L'éclat dont aujourd'hui le sénat est frappé , N'est que de votre gloire un rayon échappé : Mais vous devez encore arracher à l'envie Les traits dont elle peut attaquer votre vie , Ne pas vous en remettre à nos neveux déchus ■ A peser vos erreurs avecque vos vertus. Du chemin de la gloire on ne sauroit descendre, Que la trace n'en soit difficile à reprendre : En vain par mille exploits on a su s'avancer , Pour un égarement il faut recommencer.
Il ne sied qu'au coeur foible, aux hommes ordinaires, A se lasser bientôt dans ces routes austères, Et se flatter encor, fiers et présomptueux , Qu'un seul jour de vertu peut faire un vertueux. Ah ! qu'il est beau, seigneur, au vainqueur de la ter- Qui déchaîne a son gré le démon de la guerre, [ re, Qui tient tout sous ses lois, de borner son pouvoir Au terme généreux prescrit par son devoir ; De laisser sa vertu seule dans la balance L'emporter sur le poids de toute sa puissance !
Tous tes conseils, Firmin, ne sont pins de saison, Et mes sens égarés ont séduit ma raison ; Une secrète voix, qui ne sauroit se taire. Me prescrit mieux que toi ce que je devrais faire, Et contre cet amour m'aurait fait révolter , Si mon coeur un moment avoit pu l'écouter. Que fais-je cependant dont ma gloire s'offense P Me voit-on de l'empire oublier la défense ? Quels tyrans sont en paixP quels Romain s sont pros- Mes arrêts au sénat de sang sont-ils écrits ? [crits? L'univers me voit-il , couvert d'ignominie, Traîner dans le repos une indolente vie? Pour fruit de mes travaux, pour prix de mes exploits, Je ne veux qu'être un jour arbitre de mon choix. Saîs-je donc du sénat ou le maître ou l'esclave ? Attendrai-je à la fin qu'il m'insulte et me brave; Qu'il décide mon sort? Firmin, n'en parions plus ; L'amour est mon vainqueur; tes soinssont superflus. Maison vient. Que je sens de trouble dans mon âme 1