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SAPOR, ACTE II, SCENE IV

Malgré tous vos dédains, je suis sur d'être heureux. Madame , on n'a jamais ressenti tant de feux ; Et, quel que soit l'excès de votre horreur extrême, Votre cœur me hait moins que le mien ne tous aime. Si c'est assez pour tous qu'un ■ empire romain. Je tous l'offre en ce jour, madame, avec ma main.

ISMBKB.

A moi , seigneur ! à moi ! Songez. . .

AURÂLIEN.

A vous, madame.

Quel don plus précieux voua prouverait ma flamme ? Uo empereur, bientôt maître de l'univers, Seroit-il un captif indigne de vos fers ?

ISHSNB.

Je l'avouerai , seigneur, une telle victoire TV éblouit point mes yeux par l'éclat de sa gloire ; Et je dois renoncer sans peine à la grandeur Qn'il fandroit acheter aux dépens de mon coeur. Il ne m'est plus permis d'accepter de couronne , Si Sapor, plus heureux . à mon front ne (adonne; Et même le présent de l'empire romain M'est odieux, seigneur, offert d'une autre main.

AL'RÉLIB H . [re ?

Que m'apprenez -vous donc ? et que m'osez -vous di- Sapor?... Si de sa main vous attendez l'empire, Vos vœux avec les siens vers le Ciel adressés Ne seront pas encor dans ce jour exaucés. Je crois peu que l'état où le Ciel l'abandonne Soit le plus court chemin pour arriver au trône : Je pourrois me tromper; et, pour sortir des fers, Peut-être que Sapor a cent chemins ouverts. Mais, sans trop pénétrer, peut-on savoir, madame , Par quel heureux secret il a touché votre Ame ? Car enfin vous l'aimez.

ISHBNB.

Seigueur, jusqu'à ce jour Mon cœur ignore encor ce que c'est que l'amour *. J'avouerai seulement qu'en ma plus tendre enfance , Qnand ma jours p! m sereins conloieal dtM Ijjnffocence, Une mère , avant moi , formant ces nœuds si doux, Me choisit , de sa main , ce prince pour époux. Depuis ce temps, hélas! source d'inquiétude, Je me fais de le voir une douce habitude ; Chaque jour, chaque instant vient irriter l'ardeur Qui , flattant mes désirs , s'empare de mon cœur. Quand je le vois , seigneur, une furtive joie Dans mes yeux indiscrets malgré moi se déploie; Mon cœur, en ce moment, de plaisir pénétré. Vole au-devant de lui, dans mon sein trop serré:

Quand je ne le vois plus , une langueur secrète Entretient les ennuis d'une flamme inquiète; Et, séduite souvent d'un souvenir flatteur, Je le cherche et lui parle en secret dans mon cœur. Mes yeux ne s'ou vrent plus que pour voir ses alarmes, Que pour le regarder, ou pour verser des larmes : Plus sensible à ses maux que je ne suis aux miens , Mes fers sont à mon bras moins pesants que les siens; Je le plains plus cent fois qu'il ne se plaint lui-même. Ah! si l'on aime ainsi, j'avouerai que je l'aime.

AUHÉL1EN.

N'en doutez point, madame , à ces signes secrets

On reconnott assez l'amour et ses effets ;

Par de plus doux transports il ne sauroit paroi tre.

ISUBHB..

J'ai donc senti l'amour, seigneur, sans le connottre: A ce tendre penchant mon cœur accoutumé De sa naissante ardeur ne s'est point alarmé, [vre , Trouvant dans mon amour mon devoir même à sui- J'ai commencé d'aimer en commençant de vivre; Et , le temps confirmant mes feux de jour en jour, Sapor n'a plus tenu mon coeur que de l'amour. Je ferais plus encor; je donnerois ma vie Pour lui rendre un moment sa liberté ravie. Oui, prince, je te l'offre; et je meurs à tes yeux; Puisse ma mort calmer la colère des dieux ! Trop contente , en mourant, de te le pouvoir dire . Ayant vécu pour toi, c'est pour toi que j'expire. Mais ma raison s'égare et je me sens troubler. Seigneur, en ce moment , je croyois lui parler.

AUB8LIBK.

A ces égarements , à ces transports , madame , Vous m'instruisez assez des ardeurs de votre âme ; Mais apprenez aussi qu'un empereur romain N'est point accoutumé de soupirer en vain; Qu'un amant couronné de plus d'un diadème , Prétend être entendu quand il a dit qu'il aime. Pour ne devoir qu'à vous le don de votre cœur, J'oubliois tous les noms de maître, de vainqueur ; Et, m'anandonnant trop aux transports démon Ame, Je ne me suis paré que de ma seule flamme. Mais, madame, un moment songez ce que je puis, Qui vous êtes, quel est Sapor, et qui je suis; Songez que de nommer un rival qui m'offense , C'est presque de sa mort prononcer la sentence : Je vous laisse y penser.

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