SCÈNE IV
ÏSMÈNE , THÉOHE.
ISHVBHE.
Théone , qu'ai-je dit ?
Quel trouble, en ce moment , vient saisir mon esprit?
Quel aveu, quel discours est sorti de ma bouche! N'as-tu pas remarqué cet air sombre et farouche, Ces regards incertains , où j'ai lu la fureur Et les jaloux transports qui déchirent son cœur ? Il mourra donc, Théone; et, parce que je l'aime, Il faudra que ma main l'assassine elle-même! C'étoit peu qu'en ces lieux conduit par son amour, Il eût abandonné les grandeurs de sa cour; Que, prodiguant pour moi son sang avec sa vie , Son bras de fers honteux sentit la barbarie; Je n'avois pas encore assez rempli son sort , Et j'étois réservée à lui donner la mort ! Hélas! tout me trahit; et toi-même, cruelle! Voilà , voilà l'effet de ta main criminelle : C'est toi qui , ce matin , par des soins imprudents, As voulu me parer de ces vains ornements ; C'est toi qui par ces nceuds, dont l'appareil m'offen- De mes cheveux épars as dompté la licence ; [se , C'est ce zèle indiscret , que je n'approu vois pas, Qui rallume l'éclat de mes foibles appas. Ah ! que tes soins cruels me von t coûter de larmes !
THÉONB.
Madame, quelque temps suspendez vos alarmes ; Le Ciel, en ce moment, touché de vos malheurs, Se prépare à tarir la source de vos pleurs ; Il vous ouvre un chemin pour monter à l'empire : Il ne tient plus qu'à vous.
ISKÈNE.
Ah I que m'oses-tu dire.
Cruelle? et jusque-là tu peux donc me haïr? Ta bouche , avec ta main , s'emploie à me trahir. J'irois, du vain éclat d'un empire éblouie, Aux yeux de l'univers montrer ma perfidie ! Et, pour un faux brillant, je vendrais eu un jour Fierté, haine, parents, gloire, vengeance, amour! Moi, j'irois, me couvrant d'une honte éternelle. Justifier les noms d'ingrate, d'infidèle! Ah ! périsse en mon cœur ce dessein odieux ! Je tremble, je frémis. Que plutôt à tes yeux... Mais allons l'informer de tout ce qui se passe ; Tâchons à détourner le coup qui le menace; A ses mortels ennuis je vais mêler mes pleurs. Dieux ! devroit-il s'attendre encore à ces malheurs ?