ZÉNOBIE, ISMENE, THÉONE
ZÉNOBIE
Enfin voilà l'abîme où j'étois attendue!
Dieux cruels , voyez-moi , suis -je assez confondue ?
ŒUVRES DE REGNÀRD.
Je verrai donc ma fille, amenée aux autels, Avouer sa foiblesse aux pieds des immortels! Mes yeux seront témoins...
1SH.ÈNK.
Àh ! de grâce , madame , De reproches affreux n'accablez point mon âme ; Victime infortunée, un destin malheureux , M'entraîna nt à l'autel , triomphe de mes vœux : Plaignez plutôt mon sort ; pour sauver ce que j'aime, J'immole mon amour, je m'immole moi-même; Sans ce dur sacrifice et cet hymen , hélas ! Ce jour est pour Sapor celui de son trépas.
ZBNOBIE.
Le jour de son trépas! dieux! quelle tyrannie 1 nuira.
Aui dépens de l'amour , il faut sauver sa vie.
ZBNOBIE.
Le barbare!
ISMÊNE.
Ah! madame, arrêtons son courroux.
ZBNOBIE.
Ah! périssons, ma fille, et Sapor avec nous. D'un indigne attentat sauvons notre mémoire; Nous ne vivons que trop déjà pour notre gloire '. Tout est ici soumis à la loi du trépas : Nous vivons pour mourir, mais nous ne naissons pas Avec un cœur exempt et de tache et d'offense , Pour en trahir jamais la sévère innocence : C'est pour tous les mortels un dépôt précieux , Qu'ils doivent rendre tel qu'ils l'ont reçu des dieux.
ISMENE
Quels combats!
ZËNOBIE, SABINUS, ISMENE, THÉONE. •adinus, à Zénobie.
Je vous cherche , et ma flamme outragée Vous promet tout, madame; oui, vous serez vengée; Un mouvement secret dans le fond de mon cœur Accuse ma foiblesse et blâme ma lenteur : Je venge mes délais par mon impatience; Vos beaux yeux dans mon cœur excitent la vengeance cœur d'aucun remords ne se sent combattu : [ce; Et vous servir, madame , est servir la vertu.
ZBNOBIE.
Quel changement soudain ! Qui cause dans votre âme Ce retour dans mon cœur ?...
BABINUS.
L' ignorez- vou s , madame?
■ Ce ven al conforme I l'édition de I7ÏI . Mua lamina Mlloni, on lit i
Ma M >ltw» déjà 19* tnp p«r «Mre gloire.
On vous aime, on me tue aujourd'hui dans ces lieux. J'en frémis ; l'empereur vous épouse à mes yeux ; Lui-même il m'a chargé de l'éclat de la fête. Détournons les éclats de ce coup sur sa tête , Prévenons ses desseins , détruisons ses projets; Changeons, par un seul coup, ses lauriers en cyprès; Que les flambeaux ardents de cet hymen célèbre Eclairent les moments de sa pompe funèbre ; Qu'il périsse à vos yeux.
. ZËNOBIE.
Prince , je vous entends ; Ce soin de me venger, ces nobles sentiments, Ces transports, ces fureurs dont votre ameest saisie, Je les dois à l'amour moins qu'à la jalousie.
SABINOS.
Et qu'importe , madame , à qui vous les deviez , Pourvu que le tyran tombe mort a vos pieds? Ce généreux courroux, confondu dans mon âme Avec l'emportement de l'ardeur qui m' enflamme , Ne vous marque que trop l'amour que j'ai pour vous: Mon cœur est amoureux autant qu'il est jaloux.
ZÉNOBIK.
Il faut vous détromper; l'éclat de cette fête , [prête. L'hymen que dans ces lieux par votr« ordre on ap- Ces flambeaux dont voire âme a conçu tant d'effroi, Tout ce que vous voyez ne se fait pas pour moi.
SABINUS
Ne se fait pas pour vous? Et pour qui donc, mada- Quel autre objet ici peut exciter sa flamme? [me?
ZËNOBIE.
Voilà l'objet fatal , et les coupables yeux Où l'empereur a pris cet amour odieux ; Amour plus que mes fers dangereux à ma gloire.
SABINUS
Vous voulez m'abuser; non, je ne puis vous croire: Je vous écoute moins que mes transports jaloux ; Et qui vous voit enfin ne peut aimer que vous. Quoi qu'il en soit, madame, il faut vous satisfaire; Le dessein en est pris, rien ne peut m'en distraire. Déjà par tout le camp mes fidèles soldats Sont, au premier signal , prêts à suivre mes pas. Lebruitdecethvmen.quivientdeserépandre, [dre: Me fait trouverons cœurs prompts à tout entrepren- Sévère, Albin, Plautus, pleins d'une noble ardeur, Des moments retardés accusent la lenteur. Allons, madame, allons; volons à la vengeance. Déjà plein des transports de mon impatience, J'ai couru chez Sapor en venant dans ces lieux ; Le succès du complot est écrit dans ses yeux. Je vais tout préparer pour ce grand sacrifice , Et contraindre le Ciel à nous être propice.
ZBNOBIE.
Ah ! suivez les transports dont vous êtes épris , Et songez que mon cœur en doit être le prix.