‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 513 sur 1244 · ZÉNOBIE, AURÉLIEN, ISMÈNE, F1RMIN, THÉONE · texte numérisé non relu

ZÉNOBIE, AURÉLIEN, ISMÈNE, F1RMIN, THÉONE

ZENOBIE , à Auréllen.

Il se répand un bruit que je ne crois qu'à peine; On dit que dans ce jour vous épousez Ismène : Ce bruit de bouche en bouche est jusqu'à moi venu , Et dans tout ce palais se trouve répandu. D'un doute qui, m'outrage éclairasse/ mon âme; Épousez-vous Ismène?

iURBLIEn.

Oui , dis ce jour, madame.

ZBN0B1B.

Et ma fille pour roit jusque-là s'oublier?

ADKELIEN.

Elle veut bien plutôt noblement s'allier.

ZÉNOBIE

Elle y consentîroit ! Non , je ne le puis croire ; Ma fille n'ira point , insensible à sa gloire , Immoler sa vengeance , et, vous donnant la main, Vendre le sang d'un père à son lâche assassin.

Monteroit-elle au trône où le corps de son père Fait le premier degré? Que prétend-elle faire? Depuis quand , en quel lieu , comment , et par quels Est-elle devenue arbitre de son choix ? [droits Sapor y consent-il ? H'avez-vous consultée? La voix de mon époux , l'avez-vous écoutée ,

< On Ht dam l'édition de 1TH i

Cette plaintive voix qui suit partout mes pas,

Et vous reproche un sang que vous ne vengez pas?

ISMÈNE

Et vous aussi, madame? Hélas! c'est trop de peines.

ZÉNOBIE

Non , ce n'est point mon sang qui coule dans tes vei- Je ne t'ai point portée, ingrate, dans ce sein, [ nés ; Et tu n'as , en naissant , sucé qu'un lait romain. Sont-ce là ces transports de haine et de vengeance Dont j'ai toujours pris soin de nourrir ton enfance ? Est-ce moi qui t'appris à trahir en un jour Les intérêts du sang , et les droits de l'amour ? Réponds-moi ; parle.

ISMÈNE

Hélas!

ZENOBIE.

Insensible! inhumaine!

Tu soupires ! Voilà les transports de ta haine, Fille indigne d'un nom que tu ne peux porter !

AU BRLIEN . .

Madame , jusqu'à quand voulez-vous m'insulter? N'avez-vous pas assez lassé ma patience ? Dois-je encor porter loin l'excès de ma constance? Mais parmi ces discours , dont je dois être las , Vous m'instruisez , madame; et jene savois pas Qu'en répandant sur vous un rayon de ma gloire , Je misse à votre front une tache si noire ; Et qu'un sceptre romain , par ma main présenté , Fût un crime pour vous à la postérité ; S'il faut même le dire , avec un œil sévère Ma fierté dès long-temps avoit vu le contraire; Et, soigneux de mon nom, j'ai craint jusqu'à ce jour D'intéresser ma gloire en ce fatal amour. Mais, madame, aujourd'hui plus sensible à ma flam- L'amour, de son ce té, vient entraîner mon âme. [me, Je n'examine point ici qui de nous deux Hasarde plus sa gloire un jour chez nos neveux: Quoi qu'il en soit enfin , quoi qu'on en puisse dire, Je le veux, je l'ordonne, et cela doit suffire; Dussé-je me couvrir d'un affront éternel , Je conduis dans ce jour votre fille à l'autel.

Vous , madame , arrêtez l'effet de ma puissance ; Mon amour est encor plus fort que ma vengeance. Tenez votre promesse : ici tout m' obéit ; Ces murs me rediront ce que vous aurez dit.

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