SAPOR, ISMÈNE, THÉONE
ISMÈNE
Mais , dieux 1 je l'aperçois ; il tourne ici ses pas. Dans le trouble où je suis ne m'abandonne pas.
SAPOB.
Enfin le Ciel, madame, à mes voeux moins contraire. Luit d'un rayon plus pur; il permet que j'espère : Il va m' ouvrir bientôt, en signalant mes coups , Le moyen de mourir ou de vivre pour voua. Sabinus , dam l'armée excitant sa puissance , Des Romains courroucés irrite la vengeance; Tout le camp mutiné s'arme en notre faveur, Et mon cœur tout entier se livre à la fureur. Mais que vois-je, grandsdieux ! et quel sombre nuage Vient obscurcir l'éclat de votre beau visage! [yeux? Quel changement! Pourquoi détournée -vous vos Depuis quel temps vous suis-je un objet odieux? C'est Sapor qui vous parle. Ah ! ma chère princesse, Jeta le» jeux fur moi. Quel nombre ennui voua preste ! Vous ne me dites rien? Ciel! que je sens d'effroi ! Serois-je donc trahi ? par qui ? comment? pourquoi? L'auroisrje pu penser ? Quel amour ! quelle glace ! Est-ce ainsi que vos yeux enflamment mon audace , Ces yeux où je venois prendre toute l'ardeur . Qui devoit animer et mon bras et mon cœur! Je vais vous arracher...
ISMENE
Hélas! qu'allez-vous faire?
SAPOB.
Pour voua dans les hasards je cours en téméraire ;
OEUVRES DE REGNARD
Je me livre au destin; quel que soit le danger, Sur les pas de la mort je vole tous venger. Mon courage inquiet depuis long-temps murmure De n'avoir du destin pu réparer l'injure; Et je suis criminel , aux yeux de l'univers , De vous avoir laissée un moment dans les fers; Cet univers saura que ce temps, ce silence, Servoient à méditer une illustre vengeance. Et que , tout malheureux et tout abandonné , J'étois digne du cœur que vous m'avez donné.
ISMBKB.
Hélas!
BAPOB.
Vous soupirez , je vois couler vos larmes. Et pourquoi verse- t-on du sang avec ses armes ? Cédons à la fureur.
ISMÈKE.
Tournez vos premiers coups Contre ce cœur ingrat qui ne peut être à vous.
SAPOB.
Qui ne peut ître à moi! Ciel! que viens-je d'entendre? Quelle secrète horreur dans moi va se répandre! L'ai-je bien entendu, grands dieux? J'en doute encor. Est-ce Ismène qui parle , ou bien suis-je Sapor ? Qui ne peut être à moi! C'en est donc fait, madame? L'amour, ce tendre amour, est banni de votre âme; Vos sens d'une autre ardeur sont enfin prévenus ; Tous m'aimiez autrefois , et vous ne m'aimez plus. Ne craignez point ici que ma bouche rebelle Vous accable des noms d'ingrate, d'infidèle, Vous fasse souvenir des serments et des pleurs Dont il vous plût jadis irriter mes ardeurs : Bon , pour vous reprocher votre injustice extrême, Je ne veux exciter contre vous que vous-même , Au lieu de condamner votre esprit inconstant, Je vous pardonne tout, si j'en puis faire autant. Vous me quittez, madame, et je me * rends justice, De mes cruels malheurs je suis le seul complice ; Indigne de vous plaire et de vous posséder, Méritois-je ce cœur que je n'ai pu garder ? Devois-je me llatter puisqu'il faut vous le dire , Que , toujours insensible aux charmes d'un empire, Votre amour s'irritant au milieu des malheurs , Vous oublieriez pour moi le trône et ses grandeurs? Espérois-je en effet que, malgré mille obstacles , Le Ciel en ma faveur prodiguât des miracles F Croyois-je que toujours. ..Ah! trop long-temps déçu, Malheureux que je suis! je ne l'ai que trop cru; Je me suis trop flatté d'une fausse promesse, Et du charme imposteur d'une feinte tendresse;
sr la leçon de l'édition demi . Dm sa anira caiiions , on ui i
Yoni m quitta, nwduu, cl ja nn nMt Jmtke.
Ma raison prévenue, et mon cœur enchanté... Non , je n'étois point fait pour tant de cruauté.
ISMÈNE
Étois-je faite aussi pour être si cruelle?
SAPOB.
Vous étiez faite, hélas! pour n'être point fidèle: Vous m'avez abusé d'un espoir trop flatteur; Je me croyois aimé , j'adorois mon erreur : Ne pouviez-vous encor quelque temps vous con- I s mène, [traindre?
Hélas! connoissez mieux en quel temps je veuxfeinsapob. [tire.
Je ne veux rien connottre; assuré de mon sort, Mes vœux les plus ardents m'entraînent à la mort; J'y vais avec plaisir : il faut du sang , madame, Pour achever d'éteindre une importune flamme; J'yt«r....
ISMÈNE
Que dites-vous? Ah! quelle aveugle erreur Vous fait chercher la mort avec tant de fureur? Vivez : si vous mourez , il faut que je vous suive.
SAPOB.
Hé! pourquoi voulez-vous maintenant que je vive? Abandonné, trahi, désespéré, vaincu, Madame , en cet état j'ai déjà trop vécu.
ISMÈNE
Quel trouble me saisit! Je tremble, je frissonne, Ah! Théone, fuyons. La force m'abandonne. Fuyons...
SAPOB.
Vous me fuyez dans ce moment fatal :
Vous courez vous jeter dans les bras d'un rival! Est-ce ainsi qu'autrefois, sensible à mes alarmes, Vous me voyiez courir dans les périls des armes, Lorsque , nous séparant par de tendres adieux, Vous me suiviez long-temps et du cœur et des yeux? Me fuyiez-vous ainsi , quand ma main fortunée Tenoit à mes drapeaux [a victoire enchaînée ; Quand , revenant vainqueur, j'étalois à vos pieds Le débris de l'orgueil des rois humiliés, Des javelots brisés, des aigles menaçantes. Du sang des ennemis encore dégouttantes. Des faisceaux arrachés, mille et mille étendards, Dignes fruits d'un héros, cueillis au champ de Mars? Tout couvert de lauriers , et tout brillant de gloire, Je ne me réservois , pour prix de la victoire. Que le plaisir charmant de vous la raconter, Et vous, madame, et vous, celui de l'écouter. Pour qui donc ai-je mis tant de villes en cendre? Pour qui couloit le sang que l'on m'a vu répandre ? Vous ne l'ignorez pas, j'allois de vos parents Apaiser, par mon sang, les mânes murmurants. Ce n'étoit pas assez qu'aux plaines de Larisse Mon bras leur eut offert un sanglant sacrifice ,