‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 520 sur 1244 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

, SAPOR, kuI.

Enfin dépouillons-nous d'une feinte apparence; Déchirons maintenant ce voile de constance Où ma faiblesse a su si long-temps se cacher ; Il n'est plus de témoins pour nous la reprocher. Ouvrons enfin la scène, exposons à la vue Les sentiments secrets d'une âme toute nue. Éclatez, mes regrets trop long-temps retenus ; Je vais mourir bientôt, je ne me plaindrai plus. Voila pour quel usage tin me laissoit la vie ! Ciel, tu me résepvois à cette perfidie! Eh bien! es-tu content ? la fortune et l'amour H'ont-ils assez joué l'une et l'autre à leur tour ? O trop flatteur espoir, détruit dans sa naissance ! A quel point se réduit toute mon espérance ! Je vais mourir; et pour comble d'horreur, hélas ! Ismèneest infidèle et nemeplaindra pas.

Je né voua verrai plus, ingrate, encore aimable; Je ne vous verrai plus ! quel mot épouvantable ! Je tremble, je frémis, je sens couler mes pleurs ! Ah! qui peut exciter ces indignes terreurs ? Est-ce la mort, grands dieux ! qui cause mes alarmes? Est-ce l'amour trahi qui m'arrache des larmes ? Je ne sais : mais, hélas! renonce-t-on au jour, Quand on ne peut encor renoncer à l'amour? Qui pourra vous aimer autant que je vous aime, Quand , de vos cruautés m'étant puni moi-même , Je serai descendu dans l'infernale horreur ? Mais quel transport jaloux s'élève dans mon cœur? Quoi! L'on vous aimera (j'en frémis quand j'y pense), Et je ne vivrai plus pour venger cette offense 1 Ah t de quels soins cruels viens'-je ici m'affliger? Ismène encor vivra, c'est trop pour me venger. Elle a pu me trahir, l'ingrate! sera-t-elle Pourun nouvel amant plus que pour moi fidèle? Non , je serai vengé dans le sein du trépas. Hais, tandis que je vis, vengeons-nous par mon bras. Quel autre mieux que moi puniroit cet outrage? Que l'amour dans mon cœur se convertisse en rage :

OEUVRES DE REGNARD

D'un orgueilleux rival allons percer le flanc,

Et noyons son amour dans les Ilots de son sang.

Courons, qu'attendons-nous ? qu'il périsse!...

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