‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 521 sur 1244 · SAPOR, ZÉNOBIE · texte numérisé non relu

SAPOR, ZÉNOBIE

SAPOB.

Ah! madame, Venez voir le désordre et l'horreur de mon âme; Venez, considérez l'état où l'on m'a mis : Vous ne direz jamais quels sont mes ennemis. Le jour m'est à présent une peine cruelle j- Je suis trahi, madame : Ismène est infidèle, Ismène, votre fille ! et dans quel temps, grands dieux! Lorsque je vais verser tout mon sang à ses yeux ; Et que mon bras, armé pour se rendre justice, Des destins ennemis va dompter la malice. Ah T que ne suivoit-elle encor quelques moments Le cours toujours trompeur de ses déguisements ? Par pitié, pour le moins, que ne me laissoit-elle Dans l'erreur où j'étoîs de la croire fidèle ? Que ne se faisoit-elle encore un peu d'effort ? Les dieux n'alloient-ils pas ordonner de ma mort ? J'aurois abandonné ma languissante vie Avecque plus d'amour et moins d'ignominie.

, ZBNOMH.

Prince, calmez l'excès de vos ressentiments; Le temps attend de vous d'autres emportements. D'un tyrannique amour déplorable victime , Ma fille est malheureuse , et voilà tout son crime : Son infidélité, dans ce jour malheureux, Bien plus que sa constance, a fait briller ses feux. D'amour et de terreur son âme combattue A de tendres frayeurs s'est à la fin rendue; Une loi trop cruelle arrachoit un discours Qu'elle ne prononçoit que pour sauver vos jours. Non que je veuille ici , trop pleine de tendresse, Faire grâce à l'amour , et cacher sa foiblesse. Si de meilleurs conseils avoient été suivis. Ma fille, vous et moi, nous serions tous péris, Plutôt qu'un lâche aveu fût sorti de sa bouche ; Mais enfin, plus sensible à l'ardeur qui la touche , Ismènea consenti, dans ce funeste jour, Pour sauver son amant, d'immoler son amour !

SAPOB.

Ah! que me dites-vous? Est-il bien vrai, madame? A ce flatteur espoir puis-je livrer mon âme? Quoi! malgré ses froideurs, Ismène, dans son coeur, Aurait désavoué ce discours imposteur?

Ces sentiments trompeurs , arrachés par la feinte ,

N 'et oient que des effets d'amour et de contrainte ? Ah ! pardonnez, Ismène, à mon aveuglement ; Pardonnez aux transports d'un trop crédule amant ; Je vous crois criminelle, et je suis seul coupable : Vous ne serez jamais à mes yeux plus aimable, Maintenant que je sais le prix de vos combats, Quequandvousmedirezquevousne m'aimez pas.

Mais peut-être, madame, une pitié secrète, Plus que la vérité, dans mon malheur vous jette : Car enfin deux amants , en cette extrémité, De la feinte aisément percent l'obscurité. Hélas ! d'un seul soupir elle eut calmé l'orage, Dissipé mes frayeurs, rassuré mon courage. Eh! contrainte à tenir un discours odieux. Son cœur ne pouvoit-il s'exprimer par ses yeux ?

ZKN0B1B.

Tout mentoit dans Ismène ; et ses regards timides Cratgnoient d'en trop apprendre à des témoins per- On l'observoit. [fides:

SAPOB.

Madame, ah ! que m'apprenez-vous ?

On l'obtervoil , grandi dieui ! Ah ! courons, bitooi-notu : Nos projets sont détruits ; tout est perdu, madame. Hélas! dans les transports qui déchiroient mon âme, Je n'aurai pu me taire; on saura... j'aurai dit... Je sens que dans mon cœur l'espoir s'évanouit. Tout est perdu , madame , et je vous ai trahie. Quel malheur! quel revers! dieux! quelle est donc ma Tous mes moments ne sont qu'un éternel retour [vie? De la crainte au dépit, de la rage à l'amour. Allons , courons finir mes jours et ma misère. Ciel , je ne serai plus l'objet de ta colère : Il ne te reste plus contre moi qu'un seul trait ; Je l'attends: tonne, frappe, et je suis satisfait.

ZÉHOBIB.

Il n'est plus temps ici de se répandre en plaintes ; Défendez votre cœur contre ces vaines craintes; Que ce nouveau malheur, et peut-être incertain , Fie serve qu'à hâter les coups de votre main. Dans mon appartement Sabinus va se rendre; De ses soins empressés nous devons tout attendre. Nous avons des amis touchés de nos malheurs. Et la pitié n'est pas éteinte en tous les cœurs. Enflammé par l'amour, animé par la gloire , Prince , je crois vous voir voler à la victoire.

SAPOB.

Allons, madame, allons; le succès est certain, Si je puis seulement avoir le fer en main.

Page 1