ZENOBIE, ISMENE, SAPOR, THÉONE
SAPOB.
Je cède enfin, madame, à mon impatience; [ce. Les moments sont trop lents, je cours à la veugean- Sabinus ne vient point, il faut l'aller chercher; C'est trop long-temps ici l'attendre et se cacher; Il est temps maintenant que le Ciel se déclare. Quel que soit le trépas que le sort me prépare, Je mourrai satisfait tsi d'un coupable cœur, En versant tout mon sang , je puis laver l'erreur. Dans le temps que pour moi votre tendresse éclate, Je vous crois infidèle, et je vous nomme ingrate : Dans ce moment pourtant, vos yeuxen sont témoins, J'étois plus malheureux, je n'en aimois pas moins ;
Et, n'accusant que moi d'une fausse inconstance, Je vous gardois toujours un reste d'innocence; Non que par ces raisons je veuille m'excuser ; Peut-être qu'un moment j'ai pu vous accuser ; Et ce cruel moment , dont le retour m'accable , A vos yeux pour toujours doit me rendre coupable. Ah 1 périsse un soupçon né de mon désespoir, Et te crédule cœur qui le peut concevoir ! Je vole l'en punir. Vous m'aimez, je vous aime; Rien ne peut mieux venger l'amour que l'amour mê- Je m'arrache à vos yeux , vous ne me reverrez [me : Que triomphant ou mort.
ISMENE
Ah! prince, demeurez ; Je tremble pour vos jours. Aux coups de la tempête Laissez-moi présenter une moins chère tête. Si je vous exposois aux horreurs du danger, Ce seroit me punir bien plus que me venger ; Et, quoique vos périls m'apportassent des ■ char- Je serois mal payée encor de mes alarmes; [mes; D'antres me vengeront.
UPOI.
Madame , à cet emploi Que vous me refusez , qui destinez-vous? itMJnm.
Moi.
Dans les nobles transports du courroux qui m'ani- Si je vais à l'autel, ce n'eBt plus en victime; [me, J'y cours pour immoler un tyran odieux; Et mon bras va venger le crime de .mes yeux.
8APOB.
Je renonce a ce prix , madame, à la vengeance: Vous allez à l'autel flatter son espérance ; Ah! quand il y devroit expirer de vos coups, Mon cœur de son bonheur seroit encor jaloux. Non ; laissez-moi , madame, achever mon ouvrage : Moi seul j'espère tout du feu de mon courage ; Et, si je ne remets l'Orient sous vos lois. Je dispense les dieux d'appuyer mes exploits.