‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 609 sur 1244 · LE CURIEUX IMPERTINENT, ACTE 111, SCENE VIII · texte numérisé non relu

LE CURIEUX IMPERTINENT, ACTE 111, SCENE VIII

JULIE

Ne point vous obstiner à paraître discret. De mon perfide amant tous savez le secret. Pour quelque objet nouveau son Ame est attendrie ; Ne me déguisez rien; dites-moi, je vous prie. Tout ce que vous savez de cet attachement : Ses délais affectés , son refroidissement, Mettent mon triste cœur dans une incertitude... Ah t Damon ! tirez-moi de cette inquiétude.

» Alton.

S'il m'a dit son secret, sans me déshonorer, Quoique vous m'en pressiez , puis-je le déclarer?

JEL1B.

Quoi! l'état on je suis ne vous fait point de peine? Parlez, ou pour jamais soyez sûr de ma haine.

DAMON

Ah I ce serait user avec trop de rigueur Du pouvoir que vos yeux vous donnent sur mon

hbhine. [coeur.

Crispin , madame , en sait quelque chose peut-être. Allons , il faut qu'il jase au défaut de son maHre.

CBISPIN.

Diablezot !... Ce serait avec trop de rigueur... Employer le pouvoir... que vos yeux dans un coeur... Commeot «tra-tom dit , monrionrT... Enfla, meatianw*, Nous ne jasons pas , nous , comme vous autres femjulib. (mes.

Un si constant refus m'irrite et me surprend.

Je veux vous obéir, mon devoir le détend.

NÉBINE, S CrUpIn.

Es-tu l'esclave aussi d'un devoir ai farouche?

cbispin. [che.

Oui , j'ai tourné trois fois ma langue dans ma bou- Si chacun, comme moi , pesoit ainsi ses mots. On verrait moins de gens parler mal a propos.

RÉSINE

Oh ! parle.

CBISPIN.

Me sauter à la gorge, à la face!

NÉBINE.

Parleras-tu?

outrai.

Comment veux-tu donc que je fasse ?

Lorsque ta blanche main , me serrant le gosier... Je n'ai pas seulement la force de crier.

NKB.INB.

Il y paraît.

CBISPIN.

J'étrangle au moins. Monsieur, dirai-je ? DAMON.

Non.

HEHIia.

Il ne perle point , madame : étranglerai-je ?

JULIE

Cessez ce badinage , et sortons de ce lieu. Vous me refusez donc , Damon ?

DAMON

Madame...

JULIE

Adieu.

Au diable.

cbispin. *

Vous voyez comme on nous congédie.

DAMON

Il uni enfin parler, adorable Julie, Léandre vous trahit.

Perfide!

DAMON

Il est charmé D'un objet moins parfait dont il est moins aimé.

iuue.

Juste Ciel!

. NÉBINB.

Et LoUve ?

CBISPIN.

Il fait comme son maître.

Et te trouve ai laide a présent..,

NÉBINE.

Ah, le traître!

JULIE

Je sais donc de mon sort l'affreuse vérité !

NÉBINE.

Hora, les chiens?

cbispin.

Ce n'est pas par la fidélité.

NÉBINE.

Seriez -vous, comme moi, d'humeur entreprenante? Ne vous amusez point à faire la dolente : On change; hé bien ! suivons cet exemple, il est bon : J'aimerai Crispin, moi ; vous aimerez Damon.

CBISPIN.

Fort bien.

NÉBINB.

On ne saurait, en pareille occurrence , Pour punir deux ingrats trop hâter la vengeance.

CBISPIN.

Que Narine a d'esprit!

JOUE, k Damon.

Si j'aimois à changer, En recevant vos vœux je voudrais me venger. Oui, tout en vous, Damon, me parott estimable. Qu'à votre indigne ami je vous tiens préférable I Mais enfin son exemple est sur moi sans pouvoir : Il me trahit , l'ingrat ! jcfveux encor le voir, Je veux lui reprocher sa lâche perfidie; Et quand , par mes transports , il l'aura bien sentie , Si son perfide cœur est pour moi sans retour...

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