‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 623 sur 1244 · H BRINS · texte numérisé non relu

H BRINS

Qu'auront-ils à nous dire?

JULIE

Sachons un peu , monsieur, par où j'ai mérité D'être par vous traitée avec indignité ? Loin de guérir d'un fou l'injuste défiance , Vous-même l'appuyez par votre complaisance ! Leandre ose douter de mon cœur, de ma foi , Et vous lui prêtez, vous, des armes contre moi! De vous deux , dites-moi , quel est le plus coupable? L'un de légèreté m'a pu croire capable; JEt l'autre montre un cœur indigne , Iflehe et bas , De feindre de l'amour, quand il n'en ressent pas.

DAHON.

Je ne prends point ici le parti de Léandre; Vouloir le disculper, serait trop entreprendre. C'est un amant jaloux, curieux, indiscret; Je ne sais point par où vous savez son secret : Hais enfin , il est vrai , qu'ennemi de lui-même , En von* aimant , madame, il n'est psi sûr qu'on l'aime, Contre ses sentiments j'ai long-temps combattu ; Non que de tels soupçons blessent votre vertu : Voua devez excuser le trouble qui l'agite*, Sa crainte est d'un amant peu sûr de son mérite.

Et vous, qui prétendiez me surprendre aujourd'hui. Monsieur, croyez-vous donc en avoir plus que lui ?

DAHON.

Non ; mais j'ai plus d'amour, plus de délicatesse ; Je porte un cœur exempt d'une telle faiblesse. Croyez-vous que ce cœur ait pu feindre avec vous ? Il fait, de vous aimer, son bonheur le plus doux;

Et , lorsque mon ami me proposa de feindre , Je sentois une ardeur que rien ne peut éteindre. Je ne le trahis point, lui-même il s'est trahi : Il m'a prié, pressé; moi, j'ai trop obéi. Enfin, si vous aimer, vous trouver adorable , Est un crime pour moi, Léandre en est coupable, Madame ; et vous seriez trop injuste en effet, De vouloir me punir d'un mal qu'un autre a fait

JULIE-

Par votre procédé vous m'avez outragée :

Si vous m'aimez , Damon , je suis assez vengée.

3V6JUKE, 1 Damon.

A votre excuse , vous, vous donnez un bon tour; La feinte ©choit plus qu'un véritable amour. Crispin , en cas pareil , comme elle je suis vive.

CBISFIN.

L'histoire de Léandre est celle de Lolive.

NIKINB.

Tout de bon?

Tout de bon; j'en jure par ma foi.

NÉBINE.

Le sot veut donc aussi me faire éprouver, moi ?

Ah! si je l'avoissu, bien loin de me défendre

J'ai regret au soufflet.

CBISPIN.

Si tu veux le reprendre. ■

Tant de fois assuré qu'il possédoit mon cœur, Léandre a pu douter de ma sincère ardeur! Que n'essuîrois-je point de son humeur jalouse, Quand uu nœud solennel m'auroit fait son épouse ? Le moindre objet , un rien troubleroit sa raison -. On ne se défait pas d'un semblable soupçon ; Et lorsque par malheur une âme en est saisie , Rien ne peut rassurer contre la jalousie. Non , Léandre jamais ne sera mon époux.

DAMON

Ah ! j'ose me livrer à l'espoir le plus doux. Souffrez donc qu'un amant respectueux et tendre, Sur l'heure , à votre père aille s'offrir pour gendre.

JULIE

Damon , c'est trop manquer aux droits ds l'amitié. En I c'est ( le croiriez- vous ) lai qui m'en a prié.

JULIE

Il vous en a prié , Leandre ?

DAHON.

Avec instance.

nbrikb.

Autre incident nouveau.

JULIE

Je me perds, plus j'y pense. Ah! c'en est trop; je sens de moment en moment

Augmenter ma colère et mon étonnement.

NBBINB.

Qui ne seroit surpris d'une telle sottise? Il a perdu l'esprit, ou bien il vous méprise.

JULIE

Ou folie , ou mépris , tout est égal pour moi ; L'un et l'autre m'oblige à dégager ma foi ; Et s'il est vrai,Damon, qu'un amant téméraire, Soigneux de m 'offenser, et sur de me déplaire, A cet excès d'outrage ait osé se porter....

DAMON

Mon cœur de quelque espoir pourra-t-il se flatter ?

, JULIE

Le mien, qu'en ce moment agite un trouble extrême, De ce qu'il doit sentir n'est pas bien sûr lui-même : Hais il faut que mon père, instruit de tout ceci....

DAMOW.

Madame , permettez que je lui parle aussi. Dans l'instant que par vous il apprendra l'offense. Vous me verrez m 'offrir pour hâter sa vengeance. Puis-je, de votre aveu, hii demander ie sien?

JTJLIB.

Souffrez que là-dessus je ne vous dise rien.

{Bllewri.} damon.

Serine?

mfBiifi.

J'entends bien, monsieur, laissez-moi faire : J'aigrirai comme il faut, et la Sue , et le père.

DAMON

J'attends tout mon bonheur d'un secourssi puissant; Toi, Hérine, attends tout d'un coeur reconnaissant.

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