L'IRRESOLU, ACTE I, SCENE VII
Eh bien ?
Des femmes qui jamais ne chicanent sur rien , Et de qui la douceur égalant la sagesse..,. La difficulté gtt à trouver cette espèce : ■ On dit qu'elle est fort rare ,' et je le dis aussi ; Mais je crois , tout de bon , qu'elle se trouve ici. , Célimène et Julie....
' Oui, l'une et l'autre est sage:
l'en augure fort bien , mais point de mariage.
FRONTIN
Biais tout à l'heure encor vous m'avez assuré....
DOIAKTS.
J'ai changé de pensée , et je m'en sais bon gré.
FRONTIN
Monsieur, permettez-moi de vous dire une chose : Ne résolvez plus rien sans y mettre une clause.
- douante.
Une clause? Et pourquoi ?
-FBONTIN.
C'est qu'en peu de moments Vous avez quatre fois changé de sentiments.
pOEiNTE.
Quatre fois!
FKOHÏIN.
l'out autant.
BORANTB.
Je ne )e saurais croire.
- FHONTIN.
J'en vais faire la compte , il est dans ma mémoire. Item,«n «'éveillant, mon maître que voilà i Souhai toit une femme.
DOSANTE.
Oui, je sais bien cela.
fhontin.
Plus, s'étant habillé, roondit maître, trop sage,, A blasphémé vingt fois contre le mariage. Item , il est sorti , disant que son retour He serait , au plus tôt, que vers la fin du jour; Hais, un quart d'heure après, est rentré pour medi- Qu'il s'alloit marier : ce qui m'a fait bien rire, [re Item, le susdit maître* en ce susdit moment, Dît au susdit Frontin , que craignant prudemment Pour son front délicat quelque sensible outrage, Ou d'une prude au moins l'humeur fière et sauvage, Il renonce à jamais au lien conjugal.
Le tout bien supputé , se monte le total , Qui ne me paraît pas rehausser votre gloire , A quatre sentiments , sauf erreur de mémoire
DOUANTE.
Quand il ©st.question , Frontin , de s'engager Par les nœuds de l'hymen , on n'y peut trop songer.
FRONT»
Mais, sur tout autre fait, comme sur cette affaire, Vous ne savez jamais ce que vous veniez faire. Voua rêvez?
BORANTB.
Après tout , de l'humeur dont je suis, Je pourrai mieux qu'un autre éviter les ennuis. Et tous les accidents dont l'hymen nous menace. Oui , je sais les.moyens de parer ma disgrâce. De faire que pour moi l'hymen ai t des douceurs ; Quand on fait un bon choix , c'est le lien des cosutb. Un mari complaisant, libéral, jeune et tendre, Au bonheur d'être aimé peut aisément prétendre , Si, lorsqu'il se marie, il possède le cœur De celle dont il veut faire tout son bonheur. Son exemple est puissant sur l'esprit de sa femme. Vertueux , il soutient la vertu de son flme ; Rempli d'égards pour elle, H en est respecté; Fidèle, il la maintient dans sa fidélité. Mille exemples enfin font aisément connottre Que souvent les maris sont ce qu'ils veulent être. Maigre les mœmdQ temps, je vew ne rendre bearetu , En bornant à ma femme , et mes soins , et mes vœux; Et , plus amant qu'époux, toujours la politesse Suivra les doux transports de- ma vive tendresse. Voilà le vrai moyen d'être en repos, chéri , Et de faire au galant préférer le mari.
FHONTIN.
La chose en ce temps-ci me parait difficile : Quiconque y réusait peut passer pour habile ; Mais ce miracle-là vous étoit réservé.
DORANTE
Oui , je prétends me faire un bonheur achevé.
FHONTIN.
Voyons donc maintenant à choisir des deux belles. Votre coeur penche-t-il également pour elles ?
non an te. .
Si je l'en crois, Frontin, mon choix est déjà fait.
N'aimez-vous point Julie?
DOUANTS.
Oui, je l'ai me en effet :
Son aimable enjoument me ravit et m'enchante.
Quel brillant! quel éclat!
FEONTIN.
Elle est vive et piquante ; Ses yeux, quoique muets, demandent clairement Ce que sa bouche n'ose expliquer nettement.
Faut-il t'avouer tout? Dès que je l'envisage, Je n'ai plus de raisons contre le mariage.
' frontin.
Ma foi, ni moi non plus. Or donc , sans biaiser, Il faut nous dépécher, monsieur, de l'épouser.
DOBAHTB.
M'y voilà résolu... Hais pourtant, quand j'y pense, Sa sœur est bien aimable.
FBONTIN.
Elle est d'une indolence !...
DOSANTE.
Tu nommes Indolence un gracieux maintien , Une douce langueur, un modeste entretien ; Tout ce qui fait enfin que l'on ne peut, sans crime, Lui refuser au moins la plus parfaite estime. Oui , quoique , malgré moi , Julie ait tous mes vœux, Je gens qu'avec sa sœur je serois plus heureux.
FEOlfTIH.
Prenons donc celle-ci. Bon 1 le voilà qui pense. Votre choix est-il fait?
D0HA5TJÏ.
Non , je suis en balance : Je ne sais que résoudre; et d'une et d'antre part...
FBONTItf.
Tenez, m'en croirez-vous? choisissez au hasard.
DOHAtrra.
Non , Frontin , mais je sais un moyeu infaillible Pour sortir d'embarras.
FBCWTTIf.
Seroit-il bien possible P
- D0J1AKTE.
Si l'une des deux sœurs a du penchant pour moi , Dès que je le saurai , je lui donne ma foi. Celle qui m'aimera sera la plus aimable.
FBOHTIH.
Parbleu! cette pensée est assez raisonnable. Nérine peut savoir leurs secrets sentiments ; Elle m'aime ; il est sûr que jamais deux amants N'ont de secrets entre eux ; outre que , d'ordinaire, Toute fille suivante est peu propre à se taire. Je vais sur ce sujet la faire raisonner.
non an te.
J'attendrai ton retour pour me déterminer.