SCENE, IV. ' JULIE , KÉR1NE
IBLH attire en chaulant A en damant.
Je ne sais pas pourquoi mille gens , chaque jour , Sur un ton langoureux se plaignent de l'amour ,
Et cojflmenron soutient qu'une vive tendresse' Fait soupirer, gémir, et languir de tristesse : Pour moi , Kérine, j'aime, et j'aime de bon coeur : Cela n'a pourtant rien changé dans mon humeur.
FÉKINE.
Vous aimez? Cet aveu me paroît fort sincère. Oh! je ne suis pas Bile à t'en faire mystère. J'en sais qui ne sont pas aussi franches que vous. '
JULIE
Moi , j'aime et je le- dis , l'amour en est plus doux. D'amantes et d'amants chaque pays abonde ; Pourquoi rougir d'un feu qui brûle tout le monde ?
BÉBINE.
L'amour est en effet un puissant potentat. Le guerrier pétulant , le grave magistrat, Le doucereux abbé , le procureur avide , L'avocat babillard, et l'usurier perfide , . Le vautour son confrère, et tous les.animaux , Jeunes, vieux, doux, cruels, sur terre, dans Tes eaux, Tout est , bon gré , mal gré , soumis à son empire ; Ainsi l'on peut aimer sans craindre de le dire.
JOLIE
Les exemples, du moins', ne me manqueront pas.
NEBIHB.
Celui que vous aimez adore vos" appas, Sans doute?
A dire vrai , je n'en sais rien encore.
NBBIHE.
Comment I vous l'ignorez?
JULIE, eniautanL
Vraiment oui, je l'ignore.
HBIINE.
Hais je ne vois pas là de quoi rire et sauter.
JULIE
J'aime pour mon plaisir , et non pour m'attrister.
. HBHIHB.
Vous m'avourez, du moins, que cette incertitude Doit mettre en votre esprit un peu d'inquiétude.
JULIE
Point. Si celui que j'aime a de l'amour pour moi , Je veux, pour l'en payer, l'aimer de bonne foi. S'il prétend m'bonorer de son indifférence, Bien loin de me piquer d'une sotte constance,
Avant qu'il soit huit jours , je m'en consolerai , Et par quelque autre amour je me détacherai. De l'humeur dont je suis, vois-tu, rien ue m'afflige.
NBBlïfE.
J'aime assez cette humeur.
• - ■ JULIE
Pointde chagrin, te diïjt.
Il faut prendre l'amour comme un amusement.
NKHIHE.
Ne me direz-vous point quel est l'heureux amant...
JULIE
C'est Dorante.
IfBBlnB.
JOLIE
Oui , Dorante , toi-même.
Ne te paroît-il pas mériter que je l'aime ?
intBiro.
Je le trouve, au contraire, un cavalier parfait, Et j'approuve le choix que votre cour a fait.
JULIE
Ah ! je voudrais qu'il sut à quel point je l'estime.
IfÊBINB.
Ne souhaitez- vous rien de plus? •
JULlK.
Seroit-ce un crime De souhaiter aussi qu'il m'aimât tendrement?
KÉRIMB.
Non. Ne désirez -vous que cela seulement?
JULIE- " Hais je voudrais aussi, pour me prouver sa ûanimt. Qu'il pût me demander et m'obtenir pour femme.
NBBINB.
Ensuite.
JULIE
Ensuite , ensuite! OhJ demeurons-en là : Mes vœux , jusqu'à présent , ne passent point odi.
RBBINE.
Dorante, à ce qu'on dit, vous croit un peu volage, Et craint votre inconstance après le mariage.
Non. Dussent me railler les femmes d'aujourd'hui. Tous mes vœux,- tous mes soins ne seront que pour Hais à condition , pour prix de ma tendresse , [ lui. Que je lui tiendrai lieu de femme et de maîtresse. S'il s'en tient a l'estime et porte ailleurs |'aroour. ■
résine.
Vous n'êtes point ingrate ; à beau jeu , beau retour-
Eh! mais...
niBiRB.
Si vous .voulez suivre cette méthode, Je garantis bientôt le futur à la mode ; Car i| est statué par les lois d'aujourd'hui Qu'un mari do bel air n'aime jamais chez lui-