‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 646 sur 1244 · L'IRRESOLU, ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

L'IRRESOLU, ACTE II, SCENE VIII

DOBANTE.

Se te trompes-tu point ?

NÉBIKB.

.le le sais d'elle-même.

Avant votre départ, je l'a vois soupçonné ; Votre retour fait voir que j'ai bien deviné. .

DOSANTE..

Pour moi , je n'en jugeais que selon l'apparence , J'avois presque compté sur son indifférence.

NÉBINE.

Aussi, quand j'ai taché d'éelaircir mes soupçons, Si tous saviez combien elle a fait de façons! Elle Tonloit parler. Une honte secrète L'empéchoit tout-à-coup d'avouer sa défaite; Elle s'efforcoft même (admirez sa pudeur J) Jusques à se cacher' le trouble de son cœur; ■ Hais enfin son amour a trahi son adresse : Un mouvement jaloux m'a marqué sa tendresse.

DOSANTE'.

Ah! que cette pudeur relève ses appas, Et que j'aime k la voir dans un tel embarras! Qu'un amant délicat, apprenant ses alarmes. Ses troubles, ses combats, trouve en elle de char- Quel trésor est un cœur qui n'a jamais aimé, [mest Et qui n'ose avouer que l'amour l'a charmé! Et qu'heureux est l'amant h qui le sort prépare Les solides plaisirs d'un triomphe ai rare! Conçois-tu bien, Frontin, jusqu'où va mou bonheur?

FBONTIH.

Oui, la pudeur, monsieur ; je suis pour la pudeur.

Et toi, ma chère enfant?

DOBAKTB.

Ah 1 sage Célimèn e, ' , D'un cœur irrésolu vous triomphez sans peine. Ouï, vous avez déjà mon estime et mes vœux; Vous m'aimez, et c'est vous qui me rendrez heureux.

IfBSINB.

Ainsi vous renoncez désormais à Julie?

DOBANTE.

.11 le faut bien, Nérine. Est-il une folie

Plus grande, que d'aimer qui ne noua aime pas ?

NBBINE.

Elle vomi aime aussi.

noirani'.

Bon ! nouvel embarras !

DOUANTE.

Je suis aimé, dts-tu, de Julie?

Oui, vraiment; Elle en a fait l'aveu tout naturellement ! Même elle a souhaité que l'on put vous l'apprendre, Et brûle de savoir ce Qu'elle en doit attendre. ■ Si vous voulez l'aimer, elle vous aimera;

Si vous la méprisez, elle se guérira;

Si vous êtes constant, elle sera fidèle;

Et si vous souhaitez vous onir avec elle

Par les nœuds de l'hymen, elle y borne ses vœux,

Et sera très-heureuse en vous rendant heureux.

FBOKTIN.

Eh bien! qu'en dites-vous?

DORANTS, tprti «VOÉr rtvé.

Ce qn'il faut que j'en dise?

On ne peut trop aimer cette aimable franchise; Et dans ce libre aveu, dont.je suis enchanté,. Je vois j^exces charmant de sa sincérité : Je voulois être aimé d'une fille sincère, Je la trouve en Julie, elle adroit de me plaire. - Sans la sincérité, qu'il faut toujours chercher, La plus rare beauté ne sauroit me toucher. Une femme sincère est un trésor si rare, [pare. Que» dès qu'on la rencontre, il faut qu'on s'en «n- Et quel bonheur encor, quand l'esprit, la beauté. Mille agréments sont joints à ta sincérité! Tous ces charmes, Frontin, se trouvent dans Julie, Et le sort m'offre en elle une fille accomplie.

F110NTIN.

Vous l'épouserez donc ?

IlOHANTE.

Oui, je vois que nos cœurs Sont...

FBONTIN.

J'entends, vous allez épouser les deux sœurs.

DOBANTE.

Quel discours 1

Far ma foi, c'est la suite du vôtre.

NÉBINE.

Les prendrez-vons ensemble, ou bien l'une après DOBANTE. ■ [l'antre?

Je voudrois n'être aimé que de l'une des deux.

NÉBINE.

Je vous j'avois bien dit,- vous êtes trop heureux.

DOSANTE.

Le moyen de choisir?

NEBINB.

Votre aventure est rare, Et la plainte est nouvelle autant qu'elle est bizarre. Hais vous avez le don de charmer tous lès cœurs, Et vous ne savez pas encor tous vos malheurs.

DOSANTE.

Comment donc?

nbbiNe.

Je coonois une aimable pouponne Qui voudrait vous offrir au moins une couronne, Et qui, pour abréger les discours superflus, Vent payer votre coeur plus de cent mille écus.

FBONTIN.

Cent mille écus!

hébinb.

Comptant. , -

FRONTIN

Là peste! quelle .pomme!

Vite, dis-nous comment oette belle se nomme. Cent mille éciis, monsieur, en argent bien compté, Cela vaut la pudeur et la sincérité. ,

DOUANTE.

Tu railles.

NERt?ÏE.

• Non : l'amour, je crois, la rendra folle ;

On vient de me charger de vous porter parole.

FRONTIN

Veut-elle épouser? " ■

bebinb. ' Oui.

FRQNTIN.

Monsieur donne sa foi; Hais il faut ceotjouis de pot-dc-vin pour moi.

DOBATITK. .

Nérine, quelle est donc cette beauté charmante t

NKBINK.

Devinez. ...

doeànte!

Je ne puis.

HBBINB.

C'est...

IIOHAHTE.

Qui?

nfiBlNB. '

Madame Argante.

Ce qu'elle sent pour vous lui cause des transports...

DOUANTE.

Elle m'aime, dis-tu?

FRONTIN

J'en réponds corps pour corps; Voyons donc qui des trois aura la marchandise. D'un côté, la pudeur; de l'autre, la franchise; D'autre part, on nous yiéntoffrir cent mille écus : Ma foi, prenons l'argent, et laissons les vertus.

NÉRINE. '

Du siècle où nous vivons c'est assez là l'usage.

DOSANTE.

Qui ? moi , j'épouserais une femme à son âge !

FBOniiir.

Fort bien!

NÉRINE

1 Je vais les -faire espérer toutes trois,

Pour vous donner lé temps de fiier votre choix. Jusqu'au revoir, Frontin.

Adieu, belle poulette.

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