‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 659 sur 1244 · MONT1N · texte numérisé non relu

MONT1N

Oui. Vous saurez, madame, Que mon maître, tranquille et sani trouble, vondroit Pouvoir être toujours un. mari de ssng-1'roid. '

H» ARGANTE

De sang-froid ! Ah !fl donc.

FRONTIN

En un mot , son système Est que l'on ne doit point épouser ce qu'on aime; Car en dépit des. mœurs et du ton d'aujourd'hui , n veut, malgré sa femme, être maître chez lui.

M» ARGANTE

Eh bien! il le sera , je lui livre l'empire.

Il l'aurait avec vous, cela s'en va sans dire : Mais...

M» ARGANTE

Il aime Julie?

DORANTE

Il faut vous l'avouer.

H» ARGANTE

Et si cruellement vous osez me jouer ?

DORANTE

Ah ! ne le croyez pas ; du cœur le plus sincère Je vous offrois la main-, mais j'étois téméraire D'espérer étouffer le feu que je ressens. La raison est pour vous ; ses vœux sont impuissants; Ils combattent sans force un penchant indomptable: L'amour ne peut souffrir que je sois raisonnable.

FRONTIN

S'il l'étoit , comme il craint d'être un mari jaloux , Pourroit-il faire mieux que d'être votre époux ?

M°» ARGANTE

Que dit cet insolent P Ai-je assez peu de charmes Pour ne pouvoir causer d'inquiètes alarmes ? Hélas ! "feu mon époux pensoit bien autrement; Il ne me laissoit pas en repos un moment : Avec Ini ma vertu sembloit être inutile.

FRONTIN.- -

Oh! mon maître avec vous seroît bien plus tranquille.

Oui, je vous en réponds.

H» ARGANTE

Tant de tranquillité Serait , à mon avis , une autre extrémité : Je hais l'emportement; mais il n'est rien qui flatte Cobime une inquiétude et tendre et délicate; C'est ainsi qu'avec moi voua vous cemporterier, N'est-il pas vrai ?

DORANTE

Madame...

M"> ARGANTE

Et bientôt vous verriez Que mon uistérité fut toujours invincible. Mille gens pour la vaincre ont tenté l'impossible ; Autant de malheureux.

DOUANTE.

Ah ! je n'en doute pas

M™ ABGANTE.

Qu'une austère pudeur relève les appas !. Tout voua parle pour moi ; je suis riche , encor belle, Comme vous le voyez ; vive autant que fidèle : Vous prévenant sur tout, je bornerai mes vœux A vous rendre , à vous voir l'époux 1? plus heureux ; Et je ferois si bien , que j'éteindrois la flamme Dont l'ardeur vous tourmente, en dépit...

DOSANTE. .

Ah! madame.

Que ne puis-je goûter un bonheur si parfait !

»"• ABGANTE.

Il ne tiendrait qu'a vous.

DOUANTS.

Inutile souhait I

M*» ABGANTE.

Non , non , j'espère encore.

DORANTE

Et moi je désespère.

Écoutez la raison.

DOSANTE.

Que je suis en colère Contre mon cœur !

M™ ABGANTE.

Allons, un généreux effort,

Et vous le dompterez.

DOSANTS.

Je m'en finnois à tort.

Plus je cpmbats l'amour, plus je sens qu'il redouble. Mes soupirs , malgré moi , Vous décèlent mon trou-

MIM ABOANTB. [ Me.

Soupirez , mon enfant , et puis regardez-moi ; C'est Je plus sur moyen de vous guérir.

LE CHBVALIEB.

Ma foi, Soit dit sans vous fâcher, je croîs tout le contraire. Vous avez , il est vrai , le secret de me plaire ; Mais son goût et le mien ne se ressemblent pas.

M™ ABGANTE.

Quoi donc! c'est pour vous seul que j'aurais des ap-

LE CHBV ALISE. ' ■ [pas?

Oui, mon eoeur, pour moi seul; et si vous êtes sage, Vous devez pour moi seul songer au mariage.

H<" ABGANTE, à Dorante.

Qu'en dites-vous , Dorante ?

DOSANTS.

. Il vous conseille bien.

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