MONT1N
Oui. Vous saurez, madame, Que mon maître, tranquille et sani trouble, vondroit Pouvoir être toujours un. mari de ssng-1'roid. '
H» ARGANTE
De sang-froid ! Ah !fl donc.
FRONTIN
En un mot , son système Est que l'on ne doit point épouser ce qu'on aime; Car en dépit des. mœurs et du ton d'aujourd'hui , n veut, malgré sa femme, être maître chez lui.
M» ARGANTE
Eh bien! il le sera , je lui livre l'empire.
Il l'aurait avec vous, cela s'en va sans dire : Mais...
M» ARGANTE
Il aime Julie?
DORANTE
Il faut vous l'avouer.
H» ARGANTE
Et si cruellement vous osez me jouer ?
DORANTE
Ah ! ne le croyez pas ; du cœur le plus sincère Je vous offrois la main-, mais j'étois téméraire D'espérer étouffer le feu que je ressens. La raison est pour vous ; ses vœux sont impuissants; Ils combattent sans force un penchant indomptable: L'amour ne peut souffrir que je sois raisonnable.
FRONTIN
S'il l'étoit , comme il craint d'être un mari jaloux , Pourroit-il faire mieux que d'être votre époux ?
M°» ARGANTE
Que dit cet insolent P Ai-je assez peu de charmes Pour ne pouvoir causer d'inquiètes alarmes ? Hélas ! "feu mon époux pensoit bien autrement; Il ne me laissoit pas en repos un moment : Avec Ini ma vertu sembloit être inutile.
FRONTIN.- -
Oh! mon maître avec vous seroît bien plus tranquille.
Oui, je vous en réponds.
H» ARGANTE
Tant de tranquillité Serait , à mon avis , une autre extrémité : Je hais l'emportement; mais il n'est rien qui flatte Cobime une inquiétude et tendre et délicate; C'est ainsi qu'avec moi voua vous cemporterier, N'est-il pas vrai ?
DORANTE
Madame...
M"> ARGANTE
Et bientôt vous verriez Que mon uistérité fut toujours invincible. Mille gens pour la vaincre ont tenté l'impossible ; Autant de malheureux.
DOUANTE.
Ah ! je n'en doute pas
M™ ABGANTE.
Qu'une austère pudeur relève les appas !. Tout voua parle pour moi ; je suis riche , encor belle, Comme vous le voyez ; vive autant que fidèle : Vous prévenant sur tout, je bornerai mes vœux A vous rendre , à vous voir l'époux 1? plus heureux ; Et je ferois si bien , que j'éteindrois la flamme Dont l'ardeur vous tourmente, en dépit...
DOSANTE. .
Ah! madame.
Que ne puis-je goûter un bonheur si parfait !
»"• ABGANTE.
Il ne tiendrait qu'a vous.
DOUANTS.
Inutile souhait I
M*» ABGANTE.
Non , non , j'espère encore.
DORANTE
Et moi je désespère.
Écoutez la raison.
DOSANTE.
Que je suis en colère Contre mon cœur !
M™ ABGANTE.
Allons, un généreux effort,
Et vous le dompterez.
DOSANTS.
Je m'en finnois à tort.
Plus je cpmbats l'amour, plus je sens qu'il redouble. Mes soupirs , malgré moi , Vous décèlent mon trou-
MIM ABOANTB. [ Me.
Soupirez , mon enfant , et puis regardez-moi ; C'est Je plus sur moyen de vous guérir.
LE CHBVALIEB.
Ma foi, Soit dit sans vous fâcher, je croîs tout le contraire. Vous avez , il est vrai , le secret de me plaire ; Mais son goût et le mien ne se ressemblent pas.
M™ ABGANTE.
Quoi donc! c'est pour vous seul que j'aurais des ap-
LE CHBV ALISE. ' ■ [pas?
Oui, mon eoeur, pour moi seul; et si vous êtes sage, Vous devez pour moi seul songer au mariage.
H<" ABGANTE, à Dorante.
Qu'en dites-vous , Dorante ?
DOSANTS.
. Il vous conseille bien.