J.UI.1E
Il peut se promener sans le moindre scrupule; Cela m'amusera : j'aime le ridicule , Surtout quand il excelle; et le vôtre est parfait. Nous préférer ma mère .est un excellent trait. Comique, original.
( Elle rit daloolE m toroe . )
Qu'en dites-vous ?
DORANTE. -
J'enrage.
fille me pique au vif.
FEONTtN.
Quoi ! pour un badinage Vous vous déconcertez?
DORANTE
C'est du mépris.
FRONTIN
D'accord.
Voulez-vous vous venger ! fiez encor plus fort. Allons, gai....
Sais-tu friisn que ton impertinence....
Pourrait bien à la fin....
JULIE
Vous me bouda* , je pense; On veut vous égayer, vous prenez l'air grondeur. Est-ce que ma galté vous donne de l'humeur?
FRONTIN, à Julie, d'un ton vif.
Vous avez tort aussi de n'être pas fâchée : Il voit que tout-à-coup vous voila détachée ; L'amour-propro en pâtit.
DORANT E
Faquin , qui dît cela?
FBONTIN.
Qui me le dit , monsieur? L'état ou vous voilà. C'est assez , croyez-moi , jouer la comédie : Malgré vous et vos dents , vous adorez Julie , Et vous l'adorerez , j'ose vous en jurer.
JULIE
Non; il me haïra s'il ne me voit pleurer.
L'IRRÉSOlU, ACTE IV, SCENE IV.
fhontin.
Cela se pourroit bien.... Vous voua mettra à lire Dans le moment qu'il croit que votre cœur soupire. Je vous le dis tout net , cela n'est point plaisant : Un tendre désespoir est bien plus amusant.
jolie. [mes,
Puisqu'un air douloureux auroit pour lui des char- Je veux bien, par bonté, verserdèux ou trois larmes. Mon cher Dorante, bêlas ! me quitter pour ma sœur ! Quel triomphe pour elle, et pour moi quel malheur 1
{BDefdiitfepleanr.)
Cela vous plaît-il mieux ?
DOUANTS.
Vous m'Insultez , madame Ce procédé cruel vient d'étouffer ma flamme.
JULIE
Quoi! vous m'aimiez encore , et voua voûtiez chanïnoNTiH. [ger?
Eh 1 vraiment oui , madame , afin de se venger.
JULIE
De qui?
FnoNTrn.
De vous.
JULIE
Pourquoi?
FBOirnif. \
Vous êtes trop charmante, Voilà votre défaut, et cela le tourmente.
Et par quelle raison ?
FEONÎI*.
C'est qu'il veut commander : Mais quand on aime trop, il faut toujours céder.
JULIE
Monsieur aime l'empire?
FBOHTIH.
Et l'empire suprême.
JULIE
Comment uous accorder? Je l'aimerais de même.
DOEANTE.
Vous l'aimeriez , madame ?
JULIE
Autant que vous , du moins , J'aime l'indépendance : on perdrait tous ses soins A vouloir me gêner , et jamais de ma vie Je oe prendrai la loi que de ma fantaisie .
FBOKTIK.
C'est parler nettement à son futur époux.
JULIE
Lui ! nous avons rompu.
. FBOKTHI.
(k Damât.) Rompu! Le croyez-vous?
DOBAITTS.
Sans dou te je le crois , si madame est sincère.
Tout naturellement voilà mon caractère ; Soyez sûr que jamais je ne me contraindrai , Que c'est ma volonté que je consulterai , Et peint celle d'autrùi.
nOKTIH.
Si par hasard la votre..,.
JULIE
Elle me conduira plus sûrement qu'une autre. En prenant un époux j'engagerai ma foi, ', Et , tant qu'il m'aimera , je lui réponds de moi.,
FBOXTIIt.
S'il étoit libertin ?
JULIE
.Oh ! c'est une autre affaire.
FHONTIN.
Cela n'a pas besoin du moindre commentaire.
Mais vous ne risquez rien; car vous êtes tout fait Pour aimer votre femme.
' DORANTE
Oui , je sens en effet Que je l'adorerai < quoi qu'on en puisse dire ; Et les nxeurs d'aujourd'hui ne pourront me séduire
' JULIE
Ni moi non plus.
DOSANTE.
Ht vous ?
JULIE
J'en ferais bien serment. J'aimerais un mari qui serait mou amant ; Pour l'en récompenser, je serais sa maltresse.
DOSANTE.
Et peut-être un peu trop.
- JOLIE
. Si ce terme vous blesse , Je m'en vais m' expliquer. Quand on s'aime, je croî Que le désir de plaire est la suprême loi : Sur deux coeurs bien unis l'amour seul a l'empire ; Mais rien n'est plus choquant que de s'entendre di- Je veux, je neveux pas. Avec moi, ce ton-là [re. Réussirait très-mal.
Retenez bien cela.
DOUANTE, 1 FroDUn.
Oui , madame en effet aime l'indépendance.
JttLlB.
Il faut, départ et d'autre, égale complaisance : L'obéissance aveugle est fort de votre goût : Mais au mien ce serait un très-mauvais ragoût; Et, s'il font achever de me faire connoître ,
J'aîmerois un mari , je Itaïrois un maître. Je croisque vous voilà bien dûment averti : Et, si mon tour revient, prenez votre parti.
Il est tout pris, madame. Un pareil caractère, Puisqu'il faut, à mon tour, vous parler sans mystère, Me semble un peu scabreux , et ne me tente pas : Celui de votre sœur a pour moi plus d'appas, Je m'y tiens.
JULIE
C'est bien fait : ma sreur est doucereuse ; Hais une humeur pareille est bientôt ennuyeuse : Rien n'est fastidieux comme l'égalité.
J'aime à voir, dans l'humeur, de la variété :■ Un caractère vif, un peu d'étourderie, Produisent à la fin quelque tracasserie ; Cela réveille , on songe au raccommodement , Un mari se ranime, et redevient ornant; Voilà ce que j'ai su d'une parente habile , Dont la vie est heureuse et n'est jamais tranquille.
DORANTE
Pour moi , je n'aime point tant de variété. Rien n'est plus de mon goût que l'uniformité. ,
JULIE
Monsieur aime l'ennui.
La paix en dédommage.
JULIE
Ma sœur vous la promet, portez-lui Votre hommage; Moi, je vais voir ma mère, adoucir son aigreur, Pour voua faire jouir d'un tranquille bonheur.
, DDBAKTE.
Parlez-vous tout de bon?
JULIE
; C'est ma plus forte envie , Dût-elle me coûter le repos de ma vie.
DORANTE
De votre vie ? 0 Ciel !
FfiOKirrs.
Ah 1 sexe dangereux!
Vous voilà subjugué par trois mots doucereux.
Eh ! puis-je y résister?
FBONTLN, l.piri
Quelle foible cervelle I ; SCÈNE V.