‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 668 sur 1244 · J.UI.1E · texte numérisé non relu

J.UI.1E

Il peut se promener sans le moindre scrupule; Cela m'amusera : j'aime le ridicule , Surtout quand il excelle; et le vôtre est parfait. Nous préférer ma mère .est un excellent trait. Comique, original.

( Elle rit daloolE m toroe . )

Qu'en dites-vous ?

DORANTE. -

J'enrage.

fille me pique au vif.

FEONTtN.

Quoi ! pour un badinage Vous vous déconcertez?

DORANTE

C'est du mépris.

FRONTIN

D'accord.

Voulez-vous vous venger ! fiez encor plus fort. Allons, gai....

Sais-tu friisn que ton impertinence....

Pourrait bien à la fin....

JULIE

Vous me bouda* , je pense; On veut vous égayer, vous prenez l'air grondeur. Est-ce que ma galté vous donne de l'humeur?

FRONTIN, à Julie, d'un ton vif.

Vous avez tort aussi de n'être pas fâchée : Il voit que tout-à-coup vous voila détachée ; L'amour-propro en pâtit.

DORANT E

Faquin , qui dît cela?

FBONTIN.

Qui me le dit , monsieur? L'état ou vous voilà. C'est assez , croyez-moi , jouer la comédie : Malgré vous et vos dents , vous adorez Julie , Et vous l'adorerez , j'ose vous en jurer.

JULIE

Non; il me haïra s'il ne me voit pleurer.

L'IRRÉSOlU, ACTE IV, SCENE IV.

fhontin.

Cela se pourroit bien.... Vous voua mettra à lire Dans le moment qu'il croit que votre cœur soupire. Je vous le dis tout net , cela n'est point plaisant : Un tendre désespoir est bien plus amusant.

jolie. [mes,

Puisqu'un air douloureux auroit pour lui des char- Je veux bien, par bonté, verserdèux ou trois larmes. Mon cher Dorante, bêlas ! me quitter pour ma sœur ! Quel triomphe pour elle, et pour moi quel malheur 1

{BDefdiitfepleanr.)

Cela vous plaît-il mieux ?

DOUANTS.

Vous m'Insultez , madame Ce procédé cruel vient d'étouffer ma flamme.

JULIE

Quoi! vous m'aimiez encore , et voua voûtiez chanïnoNTiH. [ger?

Eh 1 vraiment oui , madame , afin de se venger.

JULIE

De qui?

FnoNTrn.

De vous.

JULIE

Pourquoi?

FBOirnif. \

Vous êtes trop charmante, Voilà votre défaut, et cela le tourmente.

Et par quelle raison ?

FEONÎI*.

C'est qu'il veut commander : Mais quand on aime trop, il faut toujours céder.

JULIE

Monsieur aime l'empire?

FBOHTIH.

Et l'empire suprême.

JULIE

Comment uous accorder? Je l'aimerais de même.

DOEANTE.

Vous l'aimeriez , madame ?

JULIE

Autant que vous , du moins , J'aime l'indépendance : on perdrait tous ses soins A vouloir me gêner , et jamais de ma vie Je oe prendrai la loi que de ma fantaisie .

FBOKTIK.

C'est parler nettement à son futur époux.

JULIE

Lui ! nous avons rompu.

. FBOKTHI.

(k Damât.) Rompu! Le croyez-vous?

DOBAITTS.

Sans dou te je le crois , si madame est sincère.

Tout naturellement voilà mon caractère ; Soyez sûr que jamais je ne me contraindrai , Que c'est ma volonté que je consulterai , Et peint celle d'autrùi.

nOKTIH.

Si par hasard la votre..,.

JULIE

Elle me conduira plus sûrement qu'une autre. En prenant un époux j'engagerai ma foi, ', Et , tant qu'il m'aimera , je lui réponds de moi.,

FBOXTIIt.

S'il étoit libertin ?

JULIE

.Oh ! c'est une autre affaire.

FHONTIN.

Cela n'a pas besoin du moindre commentaire.

Mais vous ne risquez rien; car vous êtes tout fait Pour aimer votre femme.

' DORANTE

Oui , je sens en effet Que je l'adorerai < quoi qu'on en puisse dire ; Et les nxeurs d'aujourd'hui ne pourront me séduire

' JULIE

Ni moi non plus.

DOSANTE.

Ht vous ?

JULIE

J'en ferais bien serment. J'aimerais un mari qui serait mou amant ; Pour l'en récompenser, je serais sa maltresse.

DOSANTE.

Et peut-être un peu trop.

- JOLIE

. Si ce terme vous blesse , Je m'en vais m' expliquer. Quand on s'aime, je croî Que le désir de plaire est la suprême loi : Sur deux coeurs bien unis l'amour seul a l'empire ; Mais rien n'est plus choquant que de s'entendre di- Je veux, je neveux pas. Avec moi, ce ton-là [re. Réussirait très-mal.

Retenez bien cela.

DOUANTE, 1 FroDUn.

Oui , madame en effet aime l'indépendance.

JttLlB.

Il faut, départ et d'autre, égale complaisance : L'obéissance aveugle est fort de votre goût : Mais au mien ce serait un très-mauvais ragoût; Et, s'il font achever de me faire connoître ,

J'aîmerois un mari , je Itaïrois un maître. Je croisque vous voilà bien dûment averti : Et, si mon tour revient, prenez votre parti.

Il est tout pris, madame. Un pareil caractère, Puisqu'il faut, à mon tour, vous parler sans mystère, Me semble un peu scabreux , et ne me tente pas : Celui de votre sœur a pour moi plus d'appas, Je m'y tiens.

JULIE

C'est bien fait : ma sreur est doucereuse ; Hais une humeur pareille est bientôt ennuyeuse : Rien n'est fastidieux comme l'égalité.

J'aime à voir, dans l'humeur, de la variété :■ Un caractère vif, un peu d'étourderie, Produisent à la fin quelque tracasserie ; Cela réveille , on songe au raccommodement , Un mari se ranime, et redevient ornant; Voilà ce que j'ai su d'une parente habile , Dont la vie est heureuse et n'est jamais tranquille.

DORANTE

Pour moi , je n'aime point tant de variété. Rien n'est plus de mon goût que l'uniformité. ,

JULIE

Monsieur aime l'ennui.

La paix en dédommage.

JULIE

Ma sœur vous la promet, portez-lui Votre hommage; Moi, je vais voir ma mère, adoucir son aigreur, Pour voua faire jouir d'un tranquille bonheur.

, DDBAKTE.

Parlez-vous tout de bon?

JULIE

; C'est ma plus forte envie , Dût-elle me coûter le repos de ma vie.

DORANTE

De votre vie ? 0 Ciel !

FfiOKirrs.

Ah 1 sexe dangereux!

Vous voilà subjugué par trois mots doucereux.

Eh ! puis-je y résister?

FBONTLN, l.piri

Quelle foible cervelle I ; SCÈNE V.

Page 1