L'IRRESOLU, ACTE IV, SCÈNE VIII
H» ARGANTE
Et pourquoi vient-il donc m'en donner l'assurance ? Me le proposer même ?
LB CHEVALIER
Oh ! pourquoi ?
II» ARGANTE
Oui.
LE CHEVALIER
Je pense Qu'il tous l'a fait connottre amplement.
M"» ARGANTE
Et par où?
LE CHEVALIER
Par où? Voici le fait. Le pauvre diable est fou,
M"» AHOANTB.
Vous l'êtes donc aussi. Renoncer à Julie Pour vouloir m'épouser, c'est la même folie.
Distinguons, s'il vous plaît. Je suis gueux et cadet ; Une mère fort riche est justement mon fait.
M"" AUGANTB.
Oui, vous aimez mon bien, et non pas ma personne.
LE CHEVALIER
J'adore l'un et l'autre, adorable pouponne.
Vos traits et votre argent, votre argent et vos traita,
Ont par leur union d'invincibles attraits.
M™" ARGANTE
Mais Julie a du bien.
LE CHBVALIER.
Pas tant que vous, ma reine.
Vosbillets au porteur sont d'un poids qui m'entraîne. Et me fait succomber : mes belles qualités Vous entraînent aussi : l'un par l'autre emportés , Moi , tantôt le plus fort, vous, tantôt la plus forte, Nous nous laissons aller au poids qui nous emporte; Et par ce mutuel et doux emportement, Nous nous trouvons liés indissolublement.
Indissolublement! L'expression est belle.
LE
Oui.
M"' ARGANTE
Mais à mou oreille elle est un peu nouvelle.
Je le crois bien , ma foi. Je viens de l'inventer [ter. Exprès pour vous surprendre, et pour vous encban-
»m' ABGAKTK.
Vous y réussissez.
, L.Ë CHEVALIER
, Tout de bon, ma princesse, Je veux être pour vous un héros de tendresse. Vous me rendrez plus fou qu'un vieillard amoureux, Et nous nous piquerons d'extravaguer tous deux ;
Nous nous aimerons même après le mariage.
W™ ARGANTE'
Vous promettez beaucoup.
LB CHEVALIER
Je tiendrai davantage.
Ttn' AHGANTB.
Qui m'en sera garant ?
LB CHEVALIER
Ma vive passion.
M™ AHGANTB.
Nos Ages ont un peu de disproportion.
LB CHEVALIER
Bon 1 trente ans plus ou moins, c'est une bagatelle.
M™ ARGANTE
Mais enfin, je commence à u'étraplussi belle, Du moins , a ce qu'on dR.
LE CHEVALIER
Qui le dit a menti ; Vous avez mille appas ; c'est un fait garanti Par mes yeux , par mon cœur. Malheur au témérai- Au fat qui m'osera soutenir le contraire i [re,
(tneUMt Si m*ln*ur U garde de un èpée.) Ceci vous défendra contre le monde entier, Et de votre beauté je suis le chevalier.
M"*' ARGANTE
Je n'y puis plus tenir, vous m'allez rendre folle.
LE CHEVALIER
Et vous, vous m'enchantez; vous êtes mon idole. Vous me verrez toujours.. .. Donnez-moi cette main .
lll In
Quand nous marlrons-nous?
M"" ARGATÏTE.
Peut-être dès demain.
LE CHEVALIER
Dorante en même temps épousera Julie.
H" ARGANTE, tlvoment.
Ah t ne m'en parlez point.
Aufiez-vous la folie De balancer encore entre Dorante «t moi ?
M" ARGANTE
Non pas. Mais le dépit...
LE CHEVALIER
Mais le don de ma foi N'est qu'à ce prix. Je veux vous avoir tout entière: Et, pour m'en assurer, la plus-sûre manière, C'est que de votre amant vous fassiez un beau-fils.
M™ ARGANTE
Vous êtes donc jaloux?
LB CHBVALIER.
Princesse , à votre avis , Ai-jetort? Vous l'aimiez. Mais, s'il est votre gendre,
OigmzedbyGoOgle
Yousn'aurez rien sur lui désormais à prétendre.
M1™ AKOANTB.
Mais tous donnant parole....
LE CHEVALÏKB.
Oui , parole ! Non , non, Cela ne suffit pas ; l'amour est un fripon.
H"» ARGANTB.
Donnez-moi , tout au moins, le temps de me résou- LB CHEVAL1EK. [dre.
Pas un instant.
M™ ABGAItTB.
Bon Dieu , quel tyran !
LE CHKV ÀLIEfl.
Que la foudre M'écrase en ce moment, si je souffre un délai. Décidez tout a l'heure, ouk parbleu, je romprai.
M.™ ABGANTB , IrHlement.
Puisque tous le voulez , dites-lui qu'il espère.
LB CHEVALIER
Je lui porte parole , et j'amène un notaire. San* adieu , mon amour.