‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 689 sur 1244 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

DORANTE, FRONTIN

Enfin, vous voilà libre, et, selon votre envie, Votre père consent que vous quittiez Julie. Vous allez vous en voir éloigné pour jamais. Voyez quelle bonté ! Prévenir vos souhaits!

DORANTE. M pi

Tais-toi. Dès ce jour même il veut qu'on se sépare ! Cet empressement- là me semble assez bizarre. Il m'a parlé, d'ailleurs, avec une hauteur.... Quoi! si de cet hymen je faisois mon bonheur, Il exigerait donc le plus prompt sacrifice Des plus tendres désirs 1 Ah t c'est un* injustice : N'est-il pas vrai, Frontin? etj'atteiidois de lui.... A-t-il dit qu'il falloit la quitter aujourd'hui ? Réponds.

Vous m'avez dit de garder le silence; Je suis dans le respect et dans l 'obéissance.

DORANTE

Oh 1 fais trêve une fois & tes fades discours.

( il •Arrête tout court.) Ne pouvoit-il pas bien attendre quatre jours ? Parle donc!.... Non-, tais-toi.

( Il M Jette oui un fauteuil. )

Rappelons nos idées.

Cet ordre , dans le fond, s'accorde à mes pensées; Je dois partir bientôt , et mon père a raison...

(En M levut bnuqaeroeeL ) Mais quoi! dès aujourd'hui quitter cette maison, Frontin ?

FRONTIN

Délibérez s'il faut que je réponde ; Car je suis discret , moi.

DORANTE

Que le Ciel te confonde!

(Biète.) Va-t'en trouver Julie.

FBOKT1N.

Oui.

Non; reste, en ce lieu.

FRONTIN

Soit.

DORANTE

Je m'en vais lui dire un étemel adieu.... Ah! jamais ma douleur ne pourra le permettre.... Approche cette table ; il faut , par une lettre , L'informer que mon père est cruel jusqu'au .point D'exiger....

FRONTIN

Pour le coup, jene me tairai point; Car ne vouliez- vous pas rompre ce mariage?

DORANTE

Il est vrai; mais enfin on aurait pu.... (Il écrit.} FRONTIN.

Je gage

Que tous n'êtes pas sûr de ce que tous pensez : Vous écrivez trois mots , puis vous les effacez .

DOB ANTE , âpre* avoir écrit.

Porte-lui ce billet, et fais-lui bien entendre

Que mon père.... Attends donc. Avant que de le

Tudiras.... [rendre,

CD rèpraad le billet i «pria l'avoir ta , U le déchire. )

FHONT1K.

. Bon! voilà le billet déchiré.

DORANTE , ITec transport.

On veut m'en séparer; mais je l'épouserai. Éloignez-vous de moi, trop importuns scrupules, Fades raisonnements et craiutes ridicules. Mon esprit suit mon cceur, l'amour est ma raison, Et la raison pour moi n'est plus qu'un noir poison.

FBOHTIN.

Oui, oui , défaites- vous de cette tracassière.

DORANTS.

Je m'en vais me jeter aux genoux de mon père Et de madame Argante ; et , si je n'obtiens rien , Pour faire mon bonheur il est un sûr moyen.

FllOKTIN.

Quel est-il , s'il tous plaît ?

DORARTB.

J'enlèverai Julie.

HffllB.

Fort bien. J'ai souhaité, monsieur, toute ma vie, D'assister une fois à quelque enlèvement, Et je m'en vais avoir ce divertissement.

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