LE MEDISANT, ACTE I, SCENE IV
Lequel des doux partis vous convient davantage , Ou d'aller au couvent , ou d'entrer en ménage.
Marianne.
Comment donc! ou a mis la chose en question?
LISETTE
Oui, vraiment. Qu'avez -vous?
MARIANNE
Beaucoup d'émotion -, Je tremblée... Quel parti prétend-on que je prenne?
La chose a demeuré fort long-temps incertaine; Chacun sur ce sujet pensoil différemment, Et tous deux disputaient avec emportement.
Juste Ciel! Et, dis-moi, n'étoit -ce point ma mère Qui parloit de couvent?
Non ; c'étoit votre père.
LISETTE
J'ignore , à le voir si mutin , Sur quelle herbe Monsieur a marché ce matin : Mais il n'a point encor montré tant de courage. Quand jn suis arrivée, il avoit l'avantage; . Et, ce qu'on n'a jamais remarqué qu'aujourd'hui, Je l'ai vu sur le point.... d'être maître chez lui. Doit-on jurer de rien après cette aventure?
Non.
Comme ils souhaitoient cependant de conclure, On m'a prise pour juge , et moi j'ai prononcé.
Qu'as-tu dit?
LISETTE
Que Monsieur avoit fort bien pensé,
Que le seul nom d'époux vous causoit mille alarmes,
Et qu'un couvent pour vous aurait bien plus de char-
marluinb. [mes.
Ah, Ciell tu m'as perdue]
LISETTE
Eh quoi ! que dites-vous ?
Seriez-vous disposée à souffrir un époux? La physionomie est , ma foi , bien trompeuse. J'ai cru que vous brûliez d'être religieuse ; J'en aurais Juré, même; et....
Que tu juges mal! •
MARIANNE
Ton arrêt va m'être bien fatal!
LISETTE
Qu'est devenu le temps où la seule retraite Pou voit, me disiez -vous , vous rendre satisfaite?
Ah! par le dépit seul ce dessein fut dicté.
LISETTE
Ou vous avoit donc fait quelque infidélité?
MARIANNE
Tu te souviens du temps où je fus en Bretagne ? Lorsque j'y demeurai six mois à la campagne , Il venoit chez ma tante un jeune homme bien fait, Riche, noble.
LISETTE
n vous plut?
MARIANNE
Il me plot en effet.
Et bientôt il connut ma passion naissante. Comme il m'aima de même , il le dit a ma tante , Et la pressa si fort de nous unir tous deux , Qu'elle fut disposée à seconder nos voeux. On en parla d'abord au père de Léandre (C'est le nom du jeune homme) ; et, bien loin de se Ayant d'autres desseins, il emmena sonflls. [rendre,
Lebrutall
MARIANNE
Et jamais je ne l'ai vu depuis.
LISETTE
Vous vouliez au couvent pleurer votre disgrâce ; Mais comme avec le temps cette douleur se passe, Pour mieux vous consoler d'un amant si chéri, Vous croyez qu'il vous faut le secours d'un mari ; N'est-ce pas?
Je conviens de tout ce que tu penses.
LISETTE
Ob ! j'ai sur tout cela de grandes connolssances.
MARIANNE
Et tu veux qu'un couvent ?...
LISETTE
Pour sonder votre cœur, J'ai voulu tout du long vous en faire la peur; Mais j'ai très-bien jugé, dès votre plus jeune âge, Que vous aviez les yeux tournés au mariage : Et je l'ai si bien dit, que, par cette raison, On pense à vous donner Kichesource ou Damon.
MARIANNE
Ma mère est pour Damon , je n'en fais aucun doute.