‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 718 sur 1244 · LE BARON, VALÈRE, LISETTE · texte numérisé non relu

LE BARON, VALÈRE, LISETTE

LB BARON

Apptocbez-vous, monsieur.

LISETTE

Son, c'est bien débuter.

LB BARON

Voyons si vous aurez le front de résister

Au dessein que j'ai pris touchant votre personne.

VALÈRE

Je ne sais qu'obéir à ce qu'un père ordonne.

LISETTE . bu ta Baron.

Allons , ferme , monsieur, poussez-le comme il faut.

LE BARON , 1 Luette.

Ai-je bien pris mon ton?

LISETTE

Encore un peu plus haut.

LB BARON , encore pli» gravement.

Pour votre sœur et vous j'ai des desseins en tête; Il faut qu'à m'obéir l'un et l'autre s'apprête. Je m'en vais m' expliquer . Surtout plus de Damon, Ou bien préparez-vous a quitter la maison.

VALÈRE

Mais contre mou ami quel sujet vous irrite ?

LE BARON

Son caractère.

VALÈRE

Au reste, il a tant de mérite !...

LE BABON.

Médisant comme il est , pour trancher en deux mots, Fut-il pariait d'ailleurs, il a mille défauts.

valère. [nesse.

Ce penchant n'est, monsieur, qu'un défaut de jeu- Comme il m'écoute assez, je le reprends sans cesse; Et j'espère...

LE BARON

Espérez autant qu'il vous plaira ; Pour ma fille , jamais il ne l'épousera.

LISETTE, gmemcnt. ■

Monsieur de Richesource est destiné pour elle , Et nous vous martrons à sa soeur Isabelle.

VALERE

A sa sœur? Ah ! monsieur, ne me l'ordonnez pas.

lx baron. [pas.

Comment donc! Elle est riche , elle a beaucoup d'ap-

YALÈKE.

Je le Crois; mais enfin un obstacle invincible Rend pour moi désormais cette affaire impossible.

LE BARON

Et pourquoi?

VALBRB.

J'aime ailleurs.

LUETTE

Ah ! si vous n'avez pas de prétextes meilleurs , Vous prendrez , à coup sûr, la femme qu'on vous valèrb. [dmnt.

Non; je mourrai plutôt.

Et quelle est la personne Qui vous plaît P

VALÈRB.

Je ne sais.

LE BARON

Vous moquez-vous de moi?

VALÈRB.

ri on , mon père ; je parle ici dé bonne foi ; Celle qui m'a charmé m'est encore inconnue.

LISETTE

Bon, bon! il extravague.

LB BARON

Oùl'avei-vousdoncTiB?

- VALÈRE

Je la vis hier au bal , où son déguisement r Me cacha quelque temps- un objet si charmant ; Mais sa danse, son air, et sa taille parfaite. Portèrent à mon cœur une atteinte secrète. Je voulus lui parler, pour voir si son esprit Répondoit dignement à tout ce que j'ai dit : Sa conversation me toucha davantage , Etjebrûlois de voiries traita de son visage, Lorsqu'un homme inconnu , tout rempli de fureur, Par un trait singulier me causa ce bonheur.

LE BARON

Vous nous contez, mon fils , de rares aventures.

VALÈRE

Il s'emporte contre elle aux plus basses injures. Que ne lui dit-il point ? J'arrête ce brutal ; Et notre différend alloit troubler le bai : L'inconnue aussitôt, pour finir la querelle, Se démasque. A mes yeux elle paroît si belle, Que ses charmants attraits s'emparent d e mon cour, Et contre l'insolent redoublent ma fureur: Mais sitôt qu'il la voit : Excusez-moi , madame. Lui dit-il , je croyais que vous fussiez ma femme ; Je sais qu'elle est ici pour certain rendez-vous ;

Page 1