LE TRIPLE MARIAGE, SCÈNE VI
soupçonnera point que je sois ici ; outre qu'il m'a tu trop rarement pour me reconnoltre en cet état.
Et comment avez-vous fait pour voua introduire céans?
CLÉON
J'ai sa qu'il faisait venir chez lui des danseurs et des mu5iciens,jelesai engagés par quelque argent à m'y introduire comme un de leurs camarades. J'ai cru qu'il étoit à propos que l'Épine fut de la partie pour figurer avec moi. Il ne danse pas mal : je m'en tire passablement bien, et nous devons parottre l'un et l'autre dans le petit divertissement qu'on a préparé.
mbinra.
Et comment l'Épine pourra- t-il vous seconder? il est si ivre qu'il nepeut pas se soutenir. l'épine.
Que cela ne vous embarrasse point. Je n'ai jamais l'esprit si présent que quand j'ai bieu bu. Ma foi, j'étais né pour être musicien.
mil ira.
Il yparoit, tu t'es fort bien accommodé la-bas.
ISABELLE
Cet homme-là vous découvrira infailliblement. l'épine.
Eh fi donc ! est-ce que je ne sais pas bien que monsieur votre père , sauf correction , est un brutal qui ne veut pas que vous voyiez mon maître, et que mon maître a une rage d'amour qui l'oblige à vous voir malgré monsieur votre père. Far conséquent, il faut que mon maître vous voie sans que monsieur votre père le voie; et moi, comme un discret confisent , il faut que je vous voie tous deux sans rien voir. Allons, mes enfanta, profitons de l'occasion. Voilà la partie carrée. Faites tous deux la belle conversation, pendant que je m'amuserai avec cette friponne-là.
ISABELLE
Votre valet me cause de terribles inquiétudes.
CLÉON
Maraud! si ta me fais découvrir, je te donnerai cent coups de bâton, quand nous serons dehors. Je ne pouvois plus vivre sans vous voir, ma chère Isabelle.
l'épine. *
Ni moi sans t'embrasser, ma chère Nérine.
CLÉON
Puisque le Ciel me procure ce bonheur, il sera suivi de cette parfaite félicité après laquelle je soupire depuis si long-temps ; mais ne me faites plus appréhender pour votre vie, c'est la grâce que je vous demande à genoux.
ISABELLE
Oui, je vous le promets. Levez-vous, Cléon; si l'on vous surprenoit en cet état , tout seroit perdu.
CLÉON
Non , je ne me relèverai point qUe vous ne me juriez...
NBinnL Paix ! j'entends quelqu'un.