AH OBLIQUE
Est-ce à lui qu'il faut le dire ? M'enviez-vous le plaisir de vous entendre parler de la sorte sur mou sujet?
VALÈBB.
Ha fol, mademoiselle , je crains de vous fatiguer par dea redites ennuyeuses.
PA*QCTH.
Vous cou ooissez bien peu les femmes; est-ce
qu'elles se lassent de s'entendre dire des douceurs?
ANGÉLIQUE
Pasquin a raison. Surtout ces éloges nous flattt-ut quand ils viennent de personnes que nous aimons.
VALÈBB.
Chacun a sa méthode en aimant. Pour moi , quand j'ai dit une fois -que j'aime, je suis persuadé que j'ai rempli tous les devoirs d'un amant , et je ne trouve rien de plus fade , ni de plus ennuyeux , que ces soupirants qui sont toujours aux pieds de leurs maîtresses, et qui leur parlent tout uu jour, sans leur dire autre chose que ce qu'ils leur ont dit mille fois. Que vous êtes belle ! queje vous aimel je mour rois plutôt que de vous être infidèle. Promettez-moi , ma charmante , que vous m'aimerez. toujours. La belle répond sur le même ton, et c'est toujours à recommencer. A force de se servir de ces tendres expressions, on les rend insipides , et à la fin on est tout étonné qu'on se parle d'amour, et que l'on ne s'aime plus du tout.
ANGÉLIQUE
On ne peut pas mieux justifier l'indifférence : vous lui donnez des couleurs qui la rendraient aimable, si j'étois personne à prendre le change : mais , Valère, croyez-moi , vous n'avez que de l'esprit, et je vois bien que vous n'avez point d'amour.
VALÈBE.
Je n'ai point d'amour! Je ne vous aime pas, moi ! (APamuin.) Tu vois comme on me traite. Qui a tort de nous deux , Pasquin ?
C'est celui de vous deux qui ne dit pas la vérité.
VALÈRE
Ce garçon connaît mes plus secrètes pensées; il peut vous en rendre de bous témoignages.'
Ah! je vous en réponds.Mon maître est l'homme de France qui aime le plus ; il n'a qu'un défaut , c'est qu'il aime trop.
VALEBE.
Assurément.
C'est ce- que je lui reprochois encore tout à l'heure.
ANGÉLIQUE
Je ne m'en aperçois pas ; et quoique vous fassiez la satire des amants empressés , je vous soutiens que l'amour ne se fait cônnoltre que par les assiduités, par les protestations, les services. Il vaut mieux dire cent fois les mêmes choses , que de ne pas parler de sa tendresse. Non, Valère , vous ne m'aimez point.
VALÈRE
Oh ! palsambleul mademoiselle, s'il ne tient qu'à jurer , je vous ferai des serments.
PASQTJIM.
Il vous jurera qu'il vous aime assez pour on homme qui doit vous épouser.
Voilà ce que c'est. Je vous suis destinée pour femme : ce titre vous déplaît d'avance. Queje pense différemment ! Plus je songe que vous serez mon époux , et plus mon cœur s'attache à vous sincèrement. Dans les cœurs tendres et vertueux, il se forme les passions les plus violentes, quand le devoir autorise l'inclination.
Tenez, mademoiselle, voilà les pins belles choses du monde ; mais je vous jure en conscience que mon maître n'entend point cela. Ce n'est point là le jargon qu'on parle aujourd'hui, et je ne croîs pas qu'il y ait beaucoup de femmes à Paris qui l'entendissent, à moins qu'elles ne portassent des lunettes et qu'elles ne fussent de la vieille cour. Vous êtes toute fraîche émoulue de la province : il Tant vous apprendre comme on fait l'amour en ce paysci. On entre dans une assemblée ou dans une compagnie : on regarde , on choisit entre toutes les dames celle qui revient davantage : on lui jette de tendres œillades, on lui fait des mines, on cherche à lui parler, on lui parle. La déclaration se (ait dès le premier abord ; si la belle s'en scandalise , ce qui n'arrive guère, on s'en moque, et on n'y revient pas : si elle prend la chose de bonne grâce, on lui fait des protestations; elle y répond, voilà qui est fait : ensuite on court ensemble an bal, aux spectacles ; on médit du prochain , on prend du tabac, on boit du vin mousseux, on avale des liqueurs, on passe des nuits au Cours ; on ne songe qu'au plaisir , on le cherche ensemble tant qu'on a du goût l'un pour l'autre. Dès que l'ennui se met de la partie , le monsieur tire d'un côté , la dame tire de l'autre, et on va s'accrocher ailleurs. Voilà de quelle manière naissent, .s'entretiennent et finissent les belles passions d'aujourd'hui.
ANGÉLIQUE
Je ne m'étonne pas si les hommes sont si polis présentement, et si la galanterie est sur un si bon pied.
C'est la guerre qui cause ce dérangement -là. Les jeunes gens étoient accoutumés à brusquer des places ; ils ont voulu brusquer les femmes. La paix remettra tout dans son ordre naturel.
ANGELIQUE
Je veux que vous m'aimiez autrement que cela ,