‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 809 sur 1244 · LA COMTESSE , VALÈRE , PASQUIN · texte numérisé non relu

LA COMTESSE , VALÈRE , PASQUIN

LA COMTESSE

Que faites-vous là, monsieur? pourquoi n'êtesvous pas auprès de ma Bile? faut-il qu'elle vienne voua chercher ?

■ VALÈM.

Vous m'avez défendu , madame, de me trouver tête à tête avec elle.

LA COMTESSE

Est-ce que je la quitte jamais ?

VÀLÈItE.

Je craignois que vous ne fussiez en ville.

LA COMTESSE

Vous êtes devenu bien circonspect. Je ne m'étonne plus si ma fille se désole. Je ne voutoj s pas appuyer ses soupçons; mais je vois qu'ils ne sont mie trop bien fondés.

VALSHE.

Comment donc, madame?

LA COMTESSE

Ail! je ne puis plus douter de votre indifférence pour eue ; apparemment que vous àves oublié de quel sang elle est née ? Merci de moi 1 ai Bertrand de la Pépinière, grand-père de son trisaïeul, étoit encore en vie, il vous apprendroit le respect que vous devez aux personnes de sa race. '

VCl.tBB. ■

Eh! madame, il n'est point question ici de généalogie; et s'il s'agissoit de disputer d'ancêtres...

. FASQPin.

Nous avons dans notre famille un certain Guillaume, qui vaut bien votre Bertrand, sur ma parole.

Ml

LA COMTBSBB.

Plaisante noblesse que celle de ce pays-ci, où l'intérêt fait Ja plupart des mariages !

PASODIIT.

I) est vrai que depuis l'alliage des traitants, nous avons, dn coté de nos mères , moins deGùillaumes et de Bertrands que' de Champagnes et de Poitevins.

' LA COMTESSE

Et parce une vous n'avez pour tout mérite que eetui d'être gens de cour, vous prétendez , mes

VALÈEE.

Eh palsambleu ! madame, pour qui me prenezvous donc? pour un Céladon? Il me semble qu'Angélique n'a pas lieu de se plaindre. Il y a deux grands mois que je l'aime.

PASQUIM.

Deux mois! ce sont deux siècles pour des amants comme mon maître.

LA COMTESSE

Je vous entends mon poulet; vous vous tassez d'être heureux, et de l'être cent Ibis plus que vous ne le méritez.

TALBBB.

Je n'ai point mis dans mon marché que je l'aimerai toute ma vie, et tous lès égards du monde ne me feroient pas soupirer malgré moi.

' Quand il y auroit vingt Bertrands dans votre famille.

LA COHTBSSB. ' ,

Si bien que vous ne voulez plus l'aimer.

VÀLEHE.

Je n'en sais rien. Cela reviendra peut-être. Mais pour aujourd'hui, je ne m'y sens pas de disposition.

PASQDIN.

Il y a des jours malheureux.

LA COMTESSE

Voilà un discours bien impertinent ! Vous n'épouserez donc point Angélique?

PASQnrN.

Cela n'empêche pas.

Cela n'empêche pas P

Eh I non. Est-ee l'amour qui fait les n Au contraire, on ne doit épouser que les personnes qu'on n'aime point.

La comtesse.

La maxime me parait nouvelle. Oh bien! dans nos familles, nobles de province , le mariage et l'amour ne vont jamais l'un sans l'autre.

Il y a plus de deux siècles qu'ils ae se sont trouvés ensemble dans la famille de Honsienr.

LA COMTESSE

Jour de Dieu I quand il sera thon gendre,. je le ferai marcher droit. Je veux que ma fille ait un mari qui l'adore.

VALEB1. ,'

Cherchez vos benêts en province.

Chaque pays , chaque mode. . ,

VALEBE.

Voulez-vous que je vous parle naturellement , madame P S'il se présente quelque autre parti que moi pour Angélique, je vous conseille, en ami , de lui donner la préférence.

PA8QHIS. >

Tenez, voilà. le meilleur conseil qu'il donnera peut-être de sa vie.

LA COMTESSE

Fort bien. C'est-à-dire que vous manquez à votre parole quand il vous plaît. Apparemment c'est là encore une coutume que vous avez héritée de vos ancêtres.

■S'en doutez pas.

LA COMTESSE

Voilà un beau titre! Pour moi, je suivrai la coutume des miens en pareille occasion.

VALÈHE.

Quelle est-elle ?

Je vais vous la dire en deux mots. Quand on a promis mariage à une fille de ma race, et que la chose a fait du bruit dans le monde, nous ne dispensons jamais détenir cette promesse. Cependant nous ne prenons point les gens à la gorge. Nous avons même l'honnêteté de ne leur rien dire, s'ils sont assez hardis pour retirer leur parole. Nous observons seulement une petite formalité.

Une petite formalité?

Oui. Si la fille qui reçoit un affront a son père vivant, il passe son épée au travers du corps de celui qui veut se dégager. S'il ne reste qu'une mère à la fille, son plus proche parent pTend.h place du défunt; il va trouver monsieur l' inconstant, et il lui brûle la cervelle d'un coup de pistolet. Vous êtes l'inconstant ; monsieur de la Pépinière ne vit plus , le constn d'Angélique est céans; vous entendez ce que cela veut dire-

VALEB1.

Dieu me damne ! madame , votre m

» méfait

PAsounc.

Et moi aussi. Je la trouve bouffonne. Àh!ah' ahlabt

LA COMTESSE , M donnant no ttslfld.

Tiens, maraud, apprends le respect que tu mt dois, (a Viierc. ) Vous , prenez votre parti , et qur je sache au plus tôt votre réponse. Sinon , dan; une heure vous serez expédié. Adieu , monsieur; je suis votre très-humble servante.

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